N°190

octobre 2017
Télécharger Feuilleter Archives
 
X
Inscription à la lettre d'info :

  • Quoi ?
  • Quand ?
    Date début

    Date fin
    ok
  • Où ?
     ok
    et à 20 km autour ok
  • Qui ?
Recherche cartographique

Accueil > Le magazine > Carte blanche Retour

Marie Dilasser : Guerlédan, un paysage à écrire

30 juin 2015
Marie Dilasser : Guerlédan, un paysage à écrire


Quittez la houle grise et bleue qui borde la majeure partie de la Bretagne, enfoncez-vous dans les terres et vous remarquerez qu’en quittant la mer, c’est la terre qui se soulève. Houle de végétations et de roches figée dans une tempête. Si vous poussez jusqu’à Tregnanton (Saint-Gelven), vous pourrez compter six collines au milieu desquelles un tronçon du canal de Nantes à Brest trouve encore son chemin dans une vasière traversée d’écluses, bordée de maisons en ruines, d’ardoisières et d’arbres pétrifiés. Lieu et place du lac de Guerlédan. Sauf qu’il n’y a plus de lac. L’air a remplacé l’eau et les poissons ont cédé leur place aux humains et autres mammifères.
La pièce de théâtre Montag(n)es s’ancre dans ce lieu ambivalent, la vallée/le lac, d’abord déserté par les hommes puis déserté par les poissons. Les personnages se cramponnent à un paysage incertain, capricieux, tour à tour accueillant et hostile, les collines poussent de toutes parts provoquant de nombreux dégâts humains, ne reste plus que quelques rescapés qui vivent là et tentent de raconter à leur manière leur histoire et celle des collines, toutes les deux indissociables. Ils habitent le paysage autant que le paysage les habite, les collines se sont mises à pousser en eux. Miroir inversé du village calme et paisible de Danléguer’, Eléndragu, Erdéglan, Danléregu’, et cetera, tera, ra, à chacun son Guerlédan. 


Extrait.

Narration. Toutes ces collines sont magnifiques, rien à redire. On respire, on se détend, on admire.
    - Faudrait pas croire qu’elles se sont dressées là seulement pour nous apporter calme, vue et sérénité. On les a corrigées pour que nous puissions y vivre, y chasser et nous y promener sans difficulté majeure.

Narration. Quand nous arrivons tout en haut de certaines d’entre elles, nous pouvons admirer cette campagne qui se déploie à perte de vue. Silencieuse, arborée là où on a voulu des arbres, habitée là où on a voulu des habitations et champêtre là où on a voulu des champs, soumise. Tendez l’oreille sur ce calme rural, appréciez la sagesse de ce troupeau de collines. 
    - Le problème, c’est qu’aucun être vivant ne peut supporter en permanence tant de calme, de sérénité et de soumission. C’en est même trop pour les pandas et les paresseux.

Narration. Vous avez trouvé les habitants cordiaux et courtois à quelques exceptions près. Ce cadre y est pour beaucoup. Aucune violence. Douceur et harmonie.
    - Détrompez-vous. Cette cordialité et cette courtoisie ne sont qu’une apparence. Aucun être vivant ne peut supporter en permanence tant de cordialité et de courtoisie. Parlez-en aux commerçants et aux pangolins. Non. Quelque chose bouillonne à l’intérieur des bois, à l’intérieur des roches, à l’intérieur des habitations. Quelque chose brûle dans la chair des habitants d’Édengral. Une guerre lente, une lente rébellion, la guerre des lents.
 
Questions à ceux et celles qui se sont fait piéger par la vase  :
Trop habitués au bitume, aviez-vous oublié que quand on s’aventure sur une surface molle, on s’enfonce ? Ou était-ce une manière de retrouver vos racines profondes ? Peut-être vouliez-vous entrer en contact avec la nature en faisant corps avec la vase ? Ou alors rêviez-vous de voir des pompiers de près ? Comprenez-vous mieux l’expression "être dedans jusqu’au cou" ? Saviez-vous qu’en en sortant, vous pouviez vous faire déchausser et défroquer ? Votre regard sur ceux et celles qui sont dedans jusqu’au cou au sens figuré a-t-il changé ?
Vous pouvez venir vous entretenir de tout cela avec moi au bar-tabac-épicerie Le Gwenn Ha Du à Saint-Gelven, j’y suis très souvent fourrée.


Marie Dilasser


---


Marie Dilasser est auteur dramatique (théâtre contemporain). Elle a notamment travaillé avec Michel Raskine, Simon Delétang, Nicolas Ramond, Le Préau (Centre dramatique régional - Vire), le Théâtre de Folle Pensée... L’artiste partage sa vie entre l’écriture et la tenue du bar-épicerie Le Gwenn Ha Du, à Saint-Gelven.
Son nouveau texte, Montag(n)es, Marie Dilasser l’a écrit en regardant le lac de Guerlédan se vider. Découvrez cette création théâtrale entre le 17 et le 26 juillet à Tregnanton, sur la commune de Saint-Gelven, dans le cadre de Résurgence ! Événement théâtral en eaux sèches (projet d’Itinéraires Bis)


En savoir plus sur l’artiste : www.theatre-contemporain.net/biographies/Marie-Dilasser



Photo : Marie-Dominique André

Derniers commentaires

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.