N°187

juillet-août 2017
Télécharger Feuilleter Archives
 
X
Inscription à la lettre d'info :

  • Quoi ?
  • Quand ?
    Date début

    Date fin
    ok
  • Où ?
     ok
    et à 20 km autour ok
  • Qui ?
Recherche cartographique

Accueil > Le magazine > Carte blanche Retour

Christophe Duffay (direction artistique et comédien) : Entretien avec un addict…

1er janvier 2014

Christophe Duffay, du Théâtre du Totem, adapte et met en scène "Le Joueur" de Goldoni. Pour le Cri de l’Ormeau, il s’amuse ici à nous parler de sa propre addiction.

Christophe Duffay (direction artistique et comédien) : Entretien avec un (...)


 Alors comme ça, c’est au collège que vous y avez goûté pour la première fois ?
- Oui. Je devais avoir 12 ans. Mais j’ai vite abandonné. Ce n’était pas mon truc. C’était juste comme ça, pour essayer. C’est au lycée qu’a commencé réellement ma dépendance. A cause d’un camarade.
- Pourquoi ne pas avoir refusé, tout simplement ?
- J’étais intimidé. Il m’a dit : "Tu vas voir, ça va développer ton imaginaire et ta créativité !". Et moi, naïvement, je pensais qu’en acceptant, mes notes en français s’en ressentiraient. Ce qui m’aurait arrangé car à cette période, on ne peut pas dire que j’étais un "foudre littéraire"…
Et puis surtout, il y a eu cette prof bizarre qui a insisté : "Viens ! On manque de garçons !". Bon, me retrouver avec une majorité de filles n’était pas pour me déplaire. Mais j’étais plutôt accro au sport, alors s’enfermer pendant trois heures dans une salle obscurcie par des rideaux, avec ce que j’imaginais être les marginaux ou pseudo-intellos du lycée…
Et la première séance a été une révélation. J’y ai tout de suite pris goût. J’étais mordu, happé, drogué… Et les rendez-vous se sont enchaînés... Trois ans, cela a duré…
- Mais une fois le bac en poche, vous avez quitté le lycée. Vous auriez pu vous défaire de cette emprise.
- C’est ce que j’ai tenté de faire ! Je me suis même lancé dans des études scientifiques. Rien à faire ! C’était plus fort que moi. Un soir, j’ai rejoint un groupe. C’était incroyable ! On avait la chance d’avoir deux "leaders" pros qui fournissaient le contenu et assuraient la distribution. Quatre années durant, ils nous ont guidés. On s’est évadé avec Carlo, Boris, Eugène et compagnie. Et le jour J, l’extase ! Une libération d’adrénaline et de dopamine dans tous le corps. Sueur froide mêlée d’excitation avant le moment suprême, désinhibition et plaisir extrême ensuite, avant la descente et la décompression finale…
- Et vos parents ?
- Je finissais par leur mentir, pour ne pas les inquiéter… Ils n’auraient pas compris.
- Vous n’avez pas été tenté de fuir ?
- Si… Je suis parti. Direction : l’Hispanie. Mais une fois là-bas, le manque s’est fait ressentir. J’ai résisté un temps à la tentation. Mais comment s’en débarrasser ? Et puis un jour, dans un couloir de l’université, on proposait un cours : Subversion et Surréalisme dans le Théâtre français du début du vingtième siècle. Là, je me suis dit : "Comme cure de désintoxication, et pour m’en dégoûter, il n’y a pas mieux !" Bien mal m’en prit. J’ai replongé… C’était une autre expérience, un enivrement plus analytique, un voyage spirituel et intellectuel en compagnie d’Apollinaire, Jarry…
- Et lorsque vous êtes revenu ?
- Service militaire ! Et j’ai saisi cet appel du contingent comme une aubaine, la seule solution pour m’en sortir. Ah, l’armée… un cadre adapté ! Une enceinte gardée fourmillant d’officiers ne pourrait que m’aider à rentrer dans le droit chemin et la normalité. Mais je n’avais pas réalisé que j’allais encore rencontrer d’autres addicts. Pour tuer l’ennui des longues plages d’inactivités, nous nous sommes instinctivement retrouvés. Nous avons investi et retapé un vieux cinéma désaffecté.
- Et on vous a laissés faire sans sourciller ?
- C’est bien là le drame. Nous montions des textes engagés, dérangeants, sur l’oppression, le racisme… Un colonel nous a même convoqués suite aux représentations. Nous nous attendions à voir tomber la sanction, la privation de notre liberté d’expression, qui nous auraient une bonne fois pour toutes détournés de notre addiction… Mais non. Au contraire : des encouragements, des félicitations.
- Et alors ?
- Plus possible de faire machine arrière. De mon addiction était née une vocation.
- …
- Mais est-ce vraiment possible de s’en sortir quand on est sans cesse sollicité ?
- Que voulez-vous dire ?
- Eh bien, prenez par exemple le Cri de l’Ormeau. Ouvrez-le et vous verrez la pléthore de propositions tentatrices…


Christophe Duffay
Angers, fin des années 80. Christophe Duffay découvre la scène, sous la conduite d’un certain Hubert Lenoir, fondateur du Théâtre du Totem. Parallèlement à des études de langues étrangères, il parfait sa formation d’acteur. En 1997, il s’installe à St-Brieuc et travaille avec le Totem. Il en reprend la direction artistique en 2007 et monte L’Epreuve de Marivaux puis Portrait de famille de Bonal. Il joue en rue avec Cirkatomik et la Cie du Deuxième (Nantes). Il a collaboré aussi avec la Cie du Chien Bleu (St-Brieuc). Cette année, il adapte et met en scène avec Zouliha Magri : Le Joueur de Goldoni. Il y incarnera Florindo, un joueur compulsif, endetté, et prêt à tout pour se renflouer… Création vendredi 24 janvier à Bleu Pluriel à Trégueux.

 

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.