Note sur l'enquête de "Théâtre s en Bretagne" intitulée :
"L'offre du spectacle vivant dans les structures de diffusion en Bretagne. Saison 2003-2004"

voir l'enquête

Le parti pris
Cette enquête a été réalisée à partir des "plaquettes des 65 établissements culturels publics présentant une programmation régulière" (Aucun critère de fréquentation ou de jauge des salles n'a été pris en compte).
À l'arrivée on retrouve, évidemment, ce que l'on avait mis au départ : une vision très officielle de la culture en Bretagne, conforme à la fonction de gardien du temple à laquelle semble se consacrer "Théâtre s en Bretagne". Pluralité et diversité étant d'emblée éliminées, la perception de l'art vivant aujourd'hui en Bretagne se résume à la culture institutionnelle. À focaliser l'attention sur une partie d'un ensemble, on finit par oublier cet ensemble. On comprend désormais mieux la signification de ce "s" qui se traîne à la queue de "Théâtre s en Bretagne". La pluralité a, en effet, bien du mal à suivre !
Mr Lafite, directeur de "Théâtre s en Bretagne", devine lui-même le malaise que va créer son enquête auprès de nombreuses compagnies professionnelles ainsi éliminées de son champ d'analyse (une bonne cinquantaine). Dans sa "Conclusion partielle" (en effet !), il avoue que "le prisme quelque peu déformant des programmations des établissements culturels ne rend compte que partiellement de la réalité"(p.22). C'est pourtant à partir de ce prisme déformant que beaucoup de financeurs et décideurs vont désormais se faire une idée du travail des uns et des autres, au vu d'un rapport qui se veut "indicateur intéressant des choix de programmation et d'action auprès des publics" (p.4) (c'est nous qui soulignons ce pluriel qu'on aurait bien aimé voir explicité)

Le résultat
-La liste des compagnies, groupes et orchestres pris en compte (page 17 et 18) est singulièrement atrophiée. L'apport des compagnies non citées est renvoyé à l'insignifiance "des formes ponctuelles (sic) d'action culturelle" (p.4), même si ces compagnies s'activent depuis des années à un travail de fond permanent sur leur secteur et si les structures institutionnelles profitent à plein d'un public qu'elles ont contribué à dénicher et à former.
-Comme ce concept de "saison" exclu la période estivale (période où les médiateurs culturels se mettent en vacances de la culture !) les spectacles programmés de juin à septembre ne font pas partie de l'univers culturel de "Théâtre s en Bretagne". C'est le cas de toute la musique dite "traditionnelle" qui est répertoriée sous le qualificatif "autres musiques" et ne pèse plus que pour 16% dans la culture bretonne.
-Seuls 8 conteurs, comptant pour un total de 24 représentations, apparaissent en Bretagne, une région qui regroupe pourtant un bon tiers des conteurs de l'hexagone.
-Erik Marchand n'a chanté qu'une seule fois durant la saison dernière. Y-F Kéméner, disparu des statistiques, est sans doute mort.
-Strollad Ar Vro Pagan, avec seulement 2 spectacles, aura certainement du mal a justifier ses subventions auprès de ses financeurs, de même que le duo Aumont-Pabœuf ou Melaine Favennec (une seule représentation).
-Aucune des 97 représentations assurées par le TNP en 2003-2004 (cf. la liste précise sur le site web du TNP), ne se trouve répertoriée. Là aussi les financeurs (CG et CR BZH), grossièrement induits en erreur par ce prisme déformant, risquent de faire les gros yeux.
-Disparues les compagnies Chimère, Tuchen, Théâtre en mouvement, Masques en mouvement, Manteau d'Arlequin …etc…etc.

Une autre méthode
Une autre méthode, sociologiquement plus significative, aurait pourtant pu être utilisée. Elle consistait à recenser toutes les compagnies professionnelles de Bretagne (130 à 150 ?) en leur demandant la liste de leurs créations ainsi que celle de leurs diffusions en Bretagne à l'année (non à la saison). Nous aurions eu une image plus fidèle du foisonnement culturel de notre Région, qui ne se limite pas, heureusement, aux belles plaquettes quadrichromées, aux seules institutions officielles et au seul public intello fréquentant leurs temples.

Jean Kergrist 9/01/0