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Je dis, messieurs, que les réductions sur le budget spécial des
sciences, des lettres et des arts sont mauvaises doublement : elles sont
insignifiantes au point de vue financier, et nuisibles à tous les autres
points de vue. Ce système d'économies ébranle d'un seul coup tout cet
ensemble d'institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base
du développement de la pensée française. Et quel moment choisit-on pour
mettre en question toutes ces institutions à la fois? Le moment où elles
sont plus nécessaires que jamais, le moment où, loin de les restreindre,
il faudrait les étendre et les élargir. Eh! (...) quel est le grand
péril de la situation actuelle? L'ignorance. L'ignorance encore plus que
la misère (...). C'est à la faveur de l'ignorance que certaines doctrines
fatales passent de l'esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau
confus de multitudes. Et c'est dans un pareil moment, devant un pareil
danger, qu'on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces
institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de
détruire l'ignorance! Sur ce point, j'en appelle, je le répète, au
sentiment de l'Assemblée. Messieurs, il n'y a pas que la prudence
matérielle au monde. Les précautions grossières, les moyens de force, les
moyens de police ne sont pas, Dieu merci, le dernier mot des sociétés
civilisées.
Victor Hugo |