Les tribulations d’un Ormeau en Art Rock 2004

Vendredi 28 mai
Radical comme changement ! On est en plein boulot un vendredi après-midi, on s’arrête et quelques instants plus tard on se retrouve à une représentation du Royal De Luxe ! Ca y est, on vient de démarrer pour 3 jours de folie. Bonne idée d’être allé voir Royal De Luxe ce jour : moins de queue et beau temps (fallait voir les jours suivants !). Fidèle à Art Rock depuis 20 ans, le Royal surprend toujours. Cette fois-ci il ne s’agit plus de machinerie énorme, mais plus de théâtre comique, avec quand-même de beaux effets spéciaux, tel un camion qui flambe, une tempête de neige…
En attendant la soirée, une visite aux installations d’art numérique au Musée. Surtout été fasciné par une vidéo montrant le public d’un match de foot au Brésil, absolument pas documentaire mais quasiment œuvre d’art abstrait visuel. Trois fois je l’ai vu !
Pour cette première soirée, étant personnellement plutôt branché jazz, j’ai choisi de rester à la Passerelle. Ca commence par Vivisector, spectacle de danse multimédia où 4 danseurs interagissent avec des projections visuelles sur leurs corps, produisant des effets magiques hallucinants. Les avis du public ont été très partagés sur ce spectacle. J’ai beaucoup aimé, mais je reconnais qu’il y avait quelques longueurs, comme également dans le spectacle suivant, le concert électro-jazz du trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer. Heureusement qu’il y a Art Rock pour que les Briochins connaissent cette tendance importante de l’évolution actuelle du jazz, l’électro-jazz !
Suite au Forum avec Robotobibok, groupe de Wroclaw en Pologne. Wroclaw est depuis très longtemps le siège d’un bouillonnement jazzistique très important. Même du temps d’avant la chute du rideau de fer, le jazz y était très présent, malgré des autorités résolument défavorables. J’ai le souvenir impérissable d’un festival dans cette ville il y a une vingtaine d’années, avec une ambiance délirante, comme un îlot de liberté anachronique dans un monde répressif. Les Robotobibok sont les dignes héritiers de cette culture forte. Leur musique a beaucoup de personnalité, mêlant avec enthousiasme les instruments acoustiques aux technologies électroniques.

Samedi 29 mai
15h au Forum de la Passerelle : Tinariwen. Un des grands moments de ce cru 2004 ! Les inventeurs du rock touareg. Un passionnant mélange entre la musique occidentale moderne et la tradition du désert. Magnifique présence scénique avec leurs grandes tenues touareg et une magnifique choriste-danseuse. Et une question : comment peuvent-ils brancher leurs guitares électriques au fin fond du Sahara ?
16h30 : débat « Culture en danger », réunissant quelques dizaines de professionnels de la Culture de la Région, pour faire le point sur la lutte des intermittents du spectacle depuis qu’a été signé (par CFDT, CGC, FO et MEDEF) le 26 juin 2003 un nouveau protocole condamnant en fait la carrière de nombreux artistes et techniciens du spectacle. Pour compenser les effets de ce protocole,le Gouvernement a proposé la mise en place d’une caisse complémentaire qui serait financée par les collectivités locales. Ce désengagement de l’Etat serait donc financé par les impôts locaux, et serait en contradiction avec le principe fondamental de la solidarité nationale en matière de chômage. Proposition donc inacceptable. Un autre niveau de débat lancé par Christian Provost : différences entre les artistes créateurs et les interprètes, la partie « cachée » (création) du travail artistique, la part de créativité dans l’acte de création.
Thierry Simelière de son côté est frappé par la solidarité entre artistes et techniciens, et entre créatifs et interprètes.
En soirée, j’aurais bien aimé assister à la carte blanche de Miossec, mais le Cri de l’Ormeau ne disposait que d’une accréditation presse de 2è classe (!) et s’est vu refusé l’accès.
Je me suis consolé d’excellente façon. Un détour par Art Bist’Rock m’a amené au Piccadilly où jouait String 22. Cet excellent groupe de Ploubalay est mené par le chanteur Sylvain Jouannin, ancien Strasbourgeois immigré en Côtes d’Armor depuis 1998, comme moi ! Je connaissais Sylvain depuis une vingtaine d’année, quand il faisait ses débuts au café-concert l’Ange d’Or, dont je m’occupais (café qui a aussi connu les débuts par exemple de Lavilliers en 74, de Kat Onoma…). On pourrait classer Sylvain du côté de Thomas Fersen et de Sanseverino, avec beaucoup de pêche, de charisme. Un appel à René Lorre : pense à programmer String 22 au Piano Bleu, s’il te plaît.
Détour ensuite par Poulain-Corbion où jouait Keziah Jones. Ouais. Tout le monde disait que Rokia Traoré, qui passait plus tôt dans la soirée, avait donné un des plus beaux moments du festival.
Et puis bien sûr le Forum de la Passerelle pour s’achever, et s’entendre dire que la soirée Miossec était un moment très fort. Ne remuez pas le couteau dans la plaie SVP ! Grosse fatigue !

Dimanche 30 mai
Une conférence de presse pour se mettre en forme : présence de 12 directeurs de grands festivals d’été qui ont pondu un magazine intitulé Festivals. L’initiative vient de Jean-Paul Roland, directeur des Eurockéennes de Belfort. Tiré à 30 000 exemplaires, l’idée est de faire mieux connaître ces festivals, leurs histoires, qui sont des histoires de passions, leurs coulisses, leurs problèmes, leurs réalités, leurs personnalités.
The Art of Urban Dance : des performances hip hop époustouflantes.
Passage à Poulain-Corbion : An Pierlé, excellente chanteuse-pianiste flamande, beaucoup de personnalité et de talent. Franz Ferdinand, peut-être très bien (c’est ce que tout le monde dit), mais sono tellement forte que j’ai eu vraiment mal aux oreilles et ai dû partir. Signalons en passant que la sono est souvent trop forte et un peu « purée » de son (mon humble avis). Une idée pour les années suivantes : distribuer des boules Quiès.
Une heure d’extase : Gob Squad Super Night Shot. Pendant l’heure qui précède la représentation, ces 4 Berlinois, chacun muni d’une caméra vidéo qui tourne sans interruption, se promènent en ville chacun de son côté, à la recherche d’un héros supposé donner une nouvelle personnalité à la ville. Amour, action, aventure… Puis projection immédiate du film sur 4 écrans, accompagné par de la musique mixée live. Œuvre magnifique, émouvante. Un des grands moments d’Art Rock 2004 !
Retour à Poulain-Corbion pour –M-. Plus de 2 heures de spectacle (mot plus exact que « concert »), -M- est une véritable bête de scène. Un débat : ses chansons sont de très bonne facture, a-t-on besoin d’y adjoindre une telle mise en scène ? Personnellement je vote « oui ».
Et la grande nuit finale du Forum. C’est vraiment là qu’est le cœur de l’ambiance d’Art Rock. Scotché devant TV on the Radio, groupe new-yorkais rock-blues-new-wave vraiment emballant.
Et pour finir jusqu’à une heure avancée : Asian Dub Foundation Sound System. No comment.

Bilan
Record battu avec 34 600 spectateurs dont 20 500 entrée payantes, pour 42 spectacles (5 200 spectateurs pour Royal de Luxe). Beaucoup de spectacles étaient complets plusieurs jours à l’avance.
On peut noter aussi une excellente fréquentation des installations d’art numérique avec 5 200 personnes. Art Rock pense augmenter encore la présence des arts visuels du festival.
La concentration cette année au centre-ville a été favorable à une ville qui s’est retrouvée plus animée, plus concernée par Art Rock.