Entretien avec Thierry Simelière, adjoint au Maire de St-Brieuc chargé de la Culture

*** Où en est le projet de pôle de musiques actuelles à Saint-Brieuc ?
Une étude a été confiée, par la Ville, le Conseil Général et la DRAC, pour définir un lieu spécialisé de musiques actuelles. D'abord un état des lieux au niveau départemental et régional. Ensuite une étude de définition sommaire, nombre de concerts, surfaces, nombre de salles, jauge. On y voit que ce type de lieu doit être dans un secteur urbanisé. Un centre de ressources pour les musiques actuelles doit être non seulement un lieu de diffusion mais aussi des studios, des mesures d'accompagnement pour les musiciens, une partothèque. Tout ça coûte évidemment très cher, mais le problème n'est pas vraiment l'investissement, mais le fonctionnement, avec une douzaine de permanents. Une grande réflexion se pose maintenant : y a-t-il une volonté politique pour un tel équipement sur St-Brieuc ou l'agglomération ? Il faut un partenariat fort pour monter un tel projet, avec le Conseil Général, le Conseil Régional, l'agglomération, l'Etat.

*** C'est une grosse machine à mettre en place et ça va prendre pas mal d'années. Pendant tout ce temps St-Brieuc va-t-il continuer à être en manque de musiques actuelles ?
Il ne faut pas dire qu'il ne se passe rien dans ce domaine. Il y a quand-même le festival Art Rock, pour lequel on a augmenté les subventions, participé à la création de leur siège, pérennisé l'emploi jeune. Il y a aussi Fêle la Fac, les soirées Priz'Uniques à la Passerelle, Cité Rap, quelques soirées à Quai 1, l'accueil des Transmusicales. On peut aussi se demander s'il ne faut remettre en place des concerts à la Citrouille. Il y a des problèmes avec l'environnement et la loi anti-bruit, mais on peut s'arranger pour le mettre aux normes, et c'est même prévu. Un autre projet est de réaménager la salle de Robien.

*** Ne peut-on pas concevoir le pôle musiques actuelles de façon éclatée, c'est-à-dire les studios et diverses mesures d'accompagnement là où ils existent déjà, c'est-à-dire à la Citrouille, et la diffusion dans un nouvel équipement, qui serait ainsi moins lourd à mettre en place ?
Peut-être, mais ça ne peut se faire qu'avec tous les interlocuteurs. Et quand on parle de musiques actuelles, il y a aussi beaucoup d'associations qui se reconnaissent les compétences. Il va falloir qu'ait lieu une table ronde avec toutes les collectivités.


Entretien avec Christian Provost, vice-président du Conseil Général chargé de la Culture et de la Jeunesse

Depuis que je suis en charge de la Culture au Conseil Général, j'ai vu beaucoup de salles multifonctions sortir de terre, dans lesquelles les musiques actuelles sont complètement oubliées. Il semble qu'il soit plus facile de faire un théâtre dans lequel on fait une programmation polyvalente où l'on ne retrouve que des quadras. On n'y retrouve les jeunes que dans le cadre scolaire. On peut donc se demander si un équipement structurant n'est pas souhaitable au niveau des territoires. Actuellement j'organise des rencontres territoriales de la jeunesse, et dans les 7 territoires qu'on a visités, c'est unanime, les jeunes réclament un endroit spécifique pour les musiques actuelles.
Est-il pertinent de vouloir une scène de musiques actuelles à l'échelle du département qui se trouve dans le territoire de St-Brieuc parce qu'il y a là la plus grande concentration humaine ? D'autres territoires tels que Dinan et Lannion réclament leur lieu propre aussi. Il faut donc que des équipements existent à l'échelle de chaque pays.

*** Le niveau des cafés-concerts ne suffit-il pas ?
Ce sont des lieux incontournables. Au niveau de St-Brieuc, nous avons mené avec la Ville et l'Etat une étude sur les musiques actuelles qui montre la nécessité d'un lieu fédérateur pour ces musiques. Tout le monde est d'accord sur le principe, mais le problème est que c'est très cher. Il faut peut-être revoir un projet allégé. L'outil optimum rassemblerait tout, salle de concert, studios, locaux pour les mesures d'accompagnement… Quelles possibilités ? Un lieu dédié à la diffusion, placé en périphérie de ville, du côté de Cinéland par exemple, et les studios resteraient à la Citrouille ; ou bien un projet sur Plaineville, avec une Cité des Arts, comprenant l'Ecole de Musique (devenue intercommunale), les Beaux-Arts.
Le département est en train de vieillir. Les jeunes ne resteront pas à travailler dans un pays où ils ne vivent pas. Les jeunes ont besoin de s'amuser, de s'enthousiasmer.

*** La maîtrise d'ouvrage ne devrait-elle pas revenir à St-Brieuc ?
J'ai l'impression que St-Brieuc n'en veut pas. Le Maire semble préférer que ça se situe au niveau de la CABRI. Il faut que participent les autres communautés de communes car c'est au niveau du pays que ça se situe.

*** Et dans le Trégor, il existe une revendication depuis plusieurs années, qui semble bloquée ?
Là-bas, les jeunes s'usent. Quand on s'occupe de politique, préoccupé de la jeunesse, on n'a pas le droit de laisser les jeunes s'user. On dirait que les élus ont peur de la jeunesse.

*** Quoiqu'il se passe à St-Brieuc, ça va mettre des années. Y aura-t-il toute une génération de jeunes sacrifiés ? Ne faudrait-il pas en attendant envisager une structure légère ?
Il faudrait trouver un lieu, qui agisse même plusieurs fois par semaine. Peut-être le forum de la Passerelle, mais ce n'est pas évident. Quel lieu ? J'ai du mal à imaginer un lieu possible à St-Brieuc, à cause des nuisances. Mais si la ville trouve, on participera bien sûr. Je ne crois pas dans le Légué. Le Légué deviendra un lieu de développement qualitatif et doux, avec des bars, des micro-festivités, mais pas les musiques actuelles.