Se poser la question de la place de la création dans la société

Christian Provost, vice-président du Conseil général des Côtes d'Armor chargé de la Culture (janvier 2004)

"Le département des Côtes d’Armor accorde à sa politique culturelle une place essentielle et a décidé cette année, suite au mal-être et à la situation délicate que vivent aujourd’hui les artistes dans le cadre de la révision du protocole d’accord, de renforcer son engagement par rapport au soutien aux artistes et compagnies. Au-delà de l’engagement budgétaire, nous avons décidé avec l’ADDM et l’ODDC d’engager une personne pour travailler pendant 3 mois sur cette question de la situation de l’emploi lié à la création artistique.
Dans le champ des arts plastiques aussi, on poursuit notre réflexion. Les plasticiens sont en effet les oubliés des politiques de soutien à la création. Il nous faudra accorder une place importante non seulement au 1 % culturel dans le cadre des ouvrages d’art sur les routes, les ronds-points, mais aussi dans le cadre de la présentation publique des œuvres d’art réfléchir à une aide financière.
Nous menons en ce moment une étude avec l’ADDM et l’ODDC sur la place de la création. Il ne faudrait pas mettre à l’écart ce qui a fait la richesse de l’exception culturelle française et qu’on tombe dans une culture de rentabilité, dans un art marchand.
Je pense recevoir prochainement Bernard Latarjet, chargé par le gouvernement de faire une étude sur la situation actuelle et les implications des modifications engagées. On a laissé depuis quelques années déraper de statut des intermittents, et cela nécessite maintenant une forte clarification pour éviter que s’aggrave la situation de la création et des artistes. On peut comprendre la réaction de l’UNEDIC qui ne pouvait plus être seul à financer une situation explosive.
C’est le financement de la création qui est au cœur de cette réflexion. Ca permet de se poser la question de la place de la création dans une société. Il s’agit de bien mesurer que si la culture a un coût, elle rapporte beaucoup à l’économie. Mais n’oublions surtout pas que le but essentiel de l’art et de la culture est la construction d’une personnalité et la préservation du sens de la démocratie en faisant en sorte que le citoyen porte un regard critique sur le monde dans lequel il vit.
Les Côtes d’Armor sont un des premiers départements français pour le soutien à l’action culturelle. Mais on a peut-être un peu oublié la création, par rapport à l’action culturelle, la programmation, la diffusion. Le premier angle d’entrée c’est quand-même l’artiste.
Par rapport au soutien qu’on peut apporter, le soutien de l’UNEDIC se fait sans discernement entre une culture festive, qui s’apparente parfois à de l’animation facile, qui a sa raison d’être, mais qui n’a pas besoin des financements publics. On va s’entourer d’experts qui vont nous permettre d’analyser l’intérêt de tel ou tel projet."


Les intermittents du spectacle répondent à l'interview de Christian Provost ci-dessus

Discuter ? Oui mais !
Après avoir, en vain, tenté d'organiser les "Assises Régionales de la culture", M Aillagon a sorti de sa poche un nouveau joker, M Latarjet, qui s'est vu confier une "Mission d'audit et de consultation". M Christian Provost, vice-président du CG 22 chargé de la culture, dans un éditorial du Cri de l'Ormeau de janvier 2004 "pense recevoir prochainement Bernard Latarjet", dont la mission est pourtant terminée depuis fin décembre. Ils ont déjà, sur un point, une analyse commune. Affirmer que c'est "le statut des intermittents qui a dérapé" (C. Provost) est aussi le présupposé de M Latarjet (cf. Le Monde du 25/11/03). Les syndicats d'artistes et de techniciens, regroupés majoritairement au sein de la FNSAC-CGT (Fédération Nationale des Syndicats du Spectacle de l'Audiovisuel et de l'Action Culturelle) ont une approche très différente du problème. Ils étaient parvenus, en date du 15 juin 2000, à un accord avec la FESAC (syndicat des employeurs) destiné à assainir les annexes 8 et 10 de l'UNEDIC en supprimant les abus. Le MEDEF a refusé d'entériner cet accord.
Le "dérapage", dont fait état M Provost, lié à la multiplication par deux des intermittents en 10 ans, credo partagé avec M Latarjet, ne signifie aucunement un doublement du nombre des artistes. Ils sont tout simplement, comme tant d'autres, devenus plus précaires. Ce n'est pas le statut qui a dérapé mais l'utilisation qu'en a fait le patronat, en particulier dans l'audiovisuel public, avec la complicité des gouvernements successifs. Si les artistes appellent à boycotter cette mission Latarjet c'est parce qu'ils savent que ses conclusions seront dans la ligne de ses prémisses. Discuter ? Oui ! Mais qu'en préliminaire, on nous enlève d'abord le poignard enfoncé dans le dos depuis ce premier janvier.

Paul Nehr, Jamie Mc Menemy, Jean Kergrist, Bureau régional du SFA (Syndicat Français des Artistes interprètes).