Statistiques à la louche

Le Conseil Général des Côtes d'Armor, par l'entremise de ses deux organismes "satellites" *, ODDC et ADDM 22, a récemment effectué une enquête sur les intermittents du spectacle résidant dans le département. On ne peut pas dire que ce fût l'enthousiasme pour répondre aux quatre pages du questionnaire *. Le taux global de réponses (Musiciens, comédiens, danseurs, techniciens et "autres") est seulement de 11%… ce qui n'empêche pas les commanditaires d'en tirer moult enseignements péremptoires dont la fiabilité est revendiquée "par le biais de rendez-vous et réunions de restitution".

Jusqu'ici on connaissait deux types d'approches sociologiques :
-Les statistiques, dont la fiabilité repose sur l'analyse de la totalité des données.
-Le sondage, basé sur la mise en place d'un panel représentatif, avec introduction proportionnelle de toutes les variables (age, sexe, ancienneté dans la profession, implantation géographique, type de travail, revenus… etc).
Voici qu'apparaît un nouveau concept à faire se tordre de rire un élève en première année de sociologie : la statistique à 11 %, avec marge d'erreur de 89 %, "renforcée par le biais de rendez-vous et de réunions de restitution" !
11 pages, sur 30 que comporte le fascicule, sont consacrées à cette communication *. Elle est jugée si importante qu'elle a été rédigée par un "expert" culturel (dont on imagine aisément le niveau de compétence), imprimée et largement distribuée.
Le plus navrant dans l'histoire est de constater que certains syndicalistes, anesthésiés sans doute par les sirènes de ces organismes "satellites" qui, de temps à autres, les font travailler et noyautent depuis un an toutes les réunions syndicales, ont apporté leur caution au "comité de pilotage" chargé d'élaborer cette pseudo étude.
Question subsidiaire : combien de spectacles auraient-ils pu créer avec le budget (pour l'instant non publié) consacré à cette mascarade ?

Jean Kergrist 1/09/04

* Satellites : L'expression est du Vice-Président à la culture, Christian Provost, qui l'a utilisée le 24/06/04 dans son discours d'accueil, lors d'un colloque à la Chapelle Neuve (22). Elle évoque étrangement les pays de l'ex-URSS au temps du "réalisme socialiste".

* Questionnaire : Une des raisons invoquée pour expliquer le très faible taux de participation des comédiens tient au fait qu'ils "n'ont pas toujours conscience de la dimension collective" (page 8). Je me souviens pourtant avoir écrit à la directrice de l'ADDM 22 une longue lettre (je me permets aujourd'hui de la rendre publique), à laquelle elle n'a d'ailleurs jamais répondu, expliquant les raisons, toutes autres, de notre silence. Il est pour le moins paradoxal, voir malhonnête, de mettre le silence des comédiens sur le compte de leur manque de conscience collective, alors qu'il en émane.

* Communication : Les autres pages concernent les réseaux de diffusion, basées sur l'analyse des données plus sérieuses du service culturel du Conseil Général. Elles sont intéressantes à plus d'un titre. On y apprend, entre autres, que l'ODDC consacre moins de 3 % de son budget faramineux à la création !
On aurait aimé trouver un chapitre supplémentaire consacré aux structures de création, avec les budgets des compagnies permanentes du département (données en possession du service de la culture). On aurait peut-être pu ainsi avoir une idée, sur la totalité du budget consacré à la culture dans ce département, du pourcentage consacré à la création. Le titre du document "Culture en danger" aurait peut-être alors pris son sens… le danger ne venant pas toujours de l'extérieur !