Contributions au débat sur la gratuité
Bernard Granger, comédien
Coucou, c'est le grand Geai,
Quelle rentrée !!! Décidément, l'Armoriscope, vous m'étonnez de plus en plus
et dans le bon sens, votre édito de Septembre, c'est quelque chose !!! Le Cri
deviendrait-il un espace de VRAI débat, toutes les questions se posent sur la
gratuité, mais comme je le dit souvent c'est bien beau de se poser des questions
mais je crois qu'il faut aussi se poser des réponses, alors en voilà une . "Gratuit"
c'est un mot un peu comme "Amour", ça s'utilise à tout va et n'importe comment
alors pour mettre bien le point sur le "i" de gratuit je vous envoie la description
de mon dictionnaire étymologique, ce bouquin permet d'éviter de se méprendre
sur ce qu'on croit dire ou penser :
Gratuit : 1519, Barbier, "sans contrepartie" 1541, Calvin, "par pure
libéralité" 1740, acad, "sans preuves", lat. gratuitus, de gratis.
Gratis : 1460, Chastellain, n.m., "gratification" adv.milieu XVI ème
siècle, contraction de gratiis, ablatif pl. de gratia, proprement "par complaisance".
Ce qui tend à démontrer la multiplicité de ce mot que chacun s'approprie pour
lui donner le sens qu'il veut .
A "Gratuit" j'ajouterai le mot "Donner", d'ailleurs ne dit-on pas souvent qu'on
"donne un spectacle" l'étymologie nous ramène à "Talent", ça alors !!! Et vous
savez à quoi nous amène "Talent", à "poids d'or ou d'argent" issue de "monnaie".
Comme quoi, tout est lié dans notre monde . Un certain Louis Arti, auteur-composteur-interprète,
ancien mineur, un type extraordinaire a dit un jour "Prouver c'est mentir",
si "Gratuit" académiquement c'est "Sans preuves" alors il doit y avoir une part
de vérité en ce mot, c'est de cette part là dont nous devons nous préoccuper
j'imagine .
Mais parlons un peu de Moi
La saison dernière j'ai fait tout un bazar pour m'être "investi" dans un projet
artistique nommé aujourd'hui "AWEL MOR Compagnie" http://awelmor.monsite.wanadoo.fr/
Je tiens à préciser que je ne suis pas un bénévole mais un professionnel, c'est
pourquoi je préfère le terme d' "investissement" à celui de "gratuité", je le
trouve plus honnête en rapport avec ce que nous avons fait, du coup cette création
"gratuite" veut continuer et effectivement cette pseudogratuité a besoin de
moyens financiers pour perdurer, une demande de subvention a donc été déposée
à la Mairie de Pordic pour les 100 heures que j'ai "donné" sans garantie de
retour, c'est cohérent puisque je les ai donné, ce qui serait incohérent ce
serait d'en donner 100 de plus dans les mêmes conditions cette année encore,
c'est le public et certans parents engagés dans cette aventure qui ont estimé
qu'elle avait un prix, et les jeunes en ont pris conscience une fois la première
étape passée. Je ne voulais pas que certains d'entre eux ne puissent pas participer
à AWEL MOR pour une question d'argent, il est clair qu'ils n'auraient pas pu
si je m'étais appliqué à pratiquer les prix en vigueur dans les compagnies de
la région pour leurs ateliers où stages théâtres, il faut bien que tout le monde
vive, certes . Mais il faut bien aussi que des jeunes gens qui n'en ont pas
les moyens se cultivent et puissent découvrir les arts du spectacle sans forcément
payer . La gratuité c'est donc une liberté, un choix,un engagement aussi...Pourquoi
pas ?
Alors, à ceux que ça démange de me répondre que si je l'ai fait c'est que je
le voulais bien je répondrai "EXACTEMENT", je le voulais bien la saison dernière
mais je ne veux pas cette année, ce qu'il y a de bien avec la liberté c'est
qu'on fait ce qu'on veut, N'est ce pas ?
Cris de l'Ormeau je vous embrasse,
KENAVO,
Bernard Granger
PS : Le site des sites que j'ai fait avec mes petites mains c'est :http://granger.7.monsite.wanadoo.fr/
Vous y trouverez interview, biographie, CV et mes autre sites sur la page "SITES
A VISITER", question site, tant qu'on y est ma fille Marine a aussi le sien,
elle a 20 ans et elle est comédienne et chanteuse, je vous jure que j'y suis
pour rien ! Elle est engagée à Quai Ouest pour cette saison, à 20 piges, c'est
pas beau ça ! Elle a aussi une création "Siméon et Bélina, Rue des souvenirs"
tout ça c'est le site :http://moona.monsite.wanadoo.fr/
Ciao !
Les spectacles gratuits sont l'aboutissement logique d'une superposition d'aberrations :
- La confusion entre le divertissement et la culture (confusion dont profitent largement les industries du disque et du spectacle).
- La volonté des élus de mettre ce nouveau concept culturel à la portée du plus grand nombre (comme si la culture devenait plus importante que la nourriture ou l'habitat, secteurs pourtant essentiels auxquels malheureusement les subventions et la gratuité ne s'appliquent pas).
Les conséquences ne sont pas anodines :
- Diminution significative des spectacles (payants) sur l'ensemble d'une année, donc d'une part non négligeable de la vie économique des artistes et des associations qui les emploient.
- Dévalorisation, aux yeux du public, du travail des créateurs.
- Appauvrissement de la diversité artistique : toutes les créations ne sont pas adaptées au cahier des charges de ces spectacles gratuits.
Souvent financée par l'argent des contribuables, cette conception nouvelle de la culture, outre un sérieux coup de mains au show business, offre un formidable produit d'appel à l'industrie touristique et aux multinationales de boissons alcoolisées (preuve que la destination des spectacles gratuits - avec tous les aspects d'une réelle concurrence déloyale - est plus commerciale que culturelle).
Pas d'avis aussi négatif sur la gratuité du "Cri de l'ormeau" sauf (qui sait ?) si demain son existence seule mettait en péril notre presse quotidienne nationale et régionale.
Louis Capart
Auteur-Compositeur-Interprète http://perso.wanadoo.fr/louis.capart
Jean Kergrist, comédien-écrivain
Ton débat sur la gratuité est bien lancé. Ma position en 5 points :
1 - Oui la gratuité des spectacles nous fait retrouver
l'enfance, en rupture avec le monde marchand.
2 - Mais l'artiste ne vit pas que de vent : pain,transport, instruments, logement,
habits, éducation des enfants... restent payants.
3 - Puisque le public ne le paye pas directement par un billet d'entrée,
il ne se trouve que deux autres bailleurs possibles : sponsor ou collectivité
territoriale.
4 - Quand ces deux bailleurs restent à leur place d'acheteurs de spectacles,
en prenant soin d'alterner les groupes artistiques sans distorsion de concurrence
et sans interférer dans le contenu artistique, OK
5 - Si l'un des deux monopolise l'argent public pour se transformer, directement
ou, plus subtilement, par l'intermédiaire d'un organisme à la
botte affichant prétention à dicter une ligne artistique, en producteur
ou en diffuseur, attention casse-cou ! Manipulation et instrumentalisation de
la vie artistique n'est pas loin. L'art officiel pointe son nez. Le réalisme
socialiste d'avant guerre en ex-URSS, tant vilipendé, refait surface.
Gratuité : Accord de Do l'Art
La gratuité des spectacles tels qu'ils se développent en période estivale ne l'est qu'en apparence car pour résumer on ne fait qu'échanger de l'art contre une partie des impôts du citoyen spectateur. Vous me direz opter pour la culture vaux mieux que construire des murs, acheter des armes ou des " art- murs ". C'est une ouverture artistique pour le tout public une démocratisation et une popularisation de spectacles ou d'art souvent perçus (hors période estivale) comme élitistes et donc intouchable dans tous les sens du terme.
Mais il y a bien sûr un bémol : Ici le spectateur n'est déjà
plus acteur de ses choix, il choisit parmi des spectacles gratuits et se prive
de spectacles non subventionnés à entrée payante.
" Dur, dur d'être un organisateur ou artiste " de ses spectacles
" hors réseaux ! " qui ne dansent pas sur le même pied
d'égalité.
Mais aussi " dur dur pour les artistes " subventionnés qui
se retrouvent dans un système d'animations gratuites et se confrontent
de plus en plus à certain irrespect du public pas spécialement
venu pour les voir ou les écouter.
Sous prétexte d'une entrée gratuite le spectateur semble oublier
que l'artiste (amateur ou pro) est avant tout un acteur, un actif et que tout
travail mérite salaire et Respect au même titre qu'un professeur
d'école publique !
Devinez qu'elle fut l'un des plus beaux spectacles déambulatoires de
l'été ? Eh bien ce fut celui du flux et reflux d'une foule de
spectateurs déambulant dans les rues. Des rues truffées de scènes
musicales qui ont rarement autant de succès que les bars ou restaurants
si judicieusement mis en valeur, enfin c'est le commerce.
Mais quel spectacle navrant de voir des artistes devenir spectateurs devant
la déambulation du public mis en scène par des organisateurs peu
respectueux du métier d'artiste : Bande de comédiens !
Aux moins lorsqu'on zappe en regardant la télé on ne le fait pas
sous l'il des artistes mais, la démarche n'est elle pas déjà
préjudiciable à l'artiste??!
Ce respect est une histoire d'éducation et de sensibilité face
à l'art ou tout simplement face à l'être humain. Sensibilisation
nécessite transmission. Dans le cadre familial et notamment en milieu
rural il y a encore peu on bénéficiait de la tradition (transmission)
orale, première véritable sensibilisation à une certaine
notion de l'art mais plus tout a fait d'actualité. Chouette l'école
a pris le relais de la sensibilisation à l'art en créant des matières
artistiques, hum hum mais par expérience je préfère ne
pas en parler, quoique, eh ben non n'en parlons pas car ceci est un autre débat.
Sorti de son contexte primitif, ethnique et aujourd'hui familial l'art est devenu
un produit ou service de consommation payable par son consommateur, de façon
directe ou non. Le prix d'un spectacle est donc rarement proportionnel à
la rémunération des artistes ainsi qu'à la qualité
de leur prestation scénique. Le système de subventions privilégie
certains organisateurs qui à leur tour privilégient une programmation
en réseau loin du coup de cur, un danger pour le développement
artistique, la diversité et la Curiosité indispensable du spectateur
!
La gratuité n'empêche pas d'être critique et exigeant bien
au contraire et cela nous évitera peut être de tomber dans la mode
du formatage.
Je remercie l'équipe du Cri de l'Ormeau et tous ses sponsors qui ont
permis la gratuité de mon expression.