A STRILEN, Chroniqueur au " Cri de l'Ormeau >;
Monsieur,
Je suis un lecteur et un utilisateur assez régulier du " Cri de
l'Ormeau ". Votre contribution au N" 56 de décembre 2004 a
attiré et retenu toute mon attention parce que vous traitez d'un sujet
qui m'intéresse. J'ai lu l'opuscule d'Elie GEFFRAY et j'ai lu aussi le
livre d'entretiens de Nicolas SARKOSY " La République, les Religions
et l'Espérance ".
Vous terminez votre papier en évoquant " la loi de séparation
de l'Eglise et de l'Etat de 1901... ". Je me permets de vous faire remarquer
que la loi a été adoptée le 09 décembre 1905 et
qu'il ne s'agit pas de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat
mais de la loi de séparation DES Eglises et de l'Etat. Les Eglises protestantes,
la Religion Juive étaient concernées même si je vous accorde
volontiers que la loi ciblait principalement l'Eglise Catholique et ses congrégations.
En 1901 le Parlement a adopté la très importante loi sur les associations
qui encadre aujourd'hui juridiquement des millions d'associations et d'associés
qui se regroupent pour promouvoir les causes les plus diverses.
Quant à la loi de séparation des Eglises et de l'Etat " pilier
central de notre démocratie " je crois que c'est un peu exagéré.
Il y a autour de nous de nombreuses démocraties qui n'ont rien à
envier à la démocratie française et qui ignorent a peu
près tout de la laïcité telle que la conçoit notre
esprit cartésien peu à l'aise face au phénomène
religieux qu'il est de bon ton de traiter dans la sphère privée.
Au passage je note que la loi de séparation des Eglises et de l'Etat,
sans être jamais révisée par le législateur, je vous
l'accorde, a été complétée par les accords de 1923
entre la République et le Saint Siège. Depuis sa promulgation
elle a laissé filtrer à travers son tamis le rétablissement
des relations diplomatiques avec le Saint Siège, les lois BARANGE, MARIE,
DEBRE, GUERMEUR, les accords LANG CLOUPET... et l'organisation de rencontres
bi-latérales entre l'Eglise de France et le gouvernement, initiées
par Lionel JOSPIN en février 2002...
L'Alsace Lorraine, sous régime concordataire, ne connaît pas la
laïcité... et ne veut même pas en entendre parler. Que je
sache, la liberté, la démocratie et le libre arbitre ne sont pas
davantage menacés dans ces départements que dans les autres départements
français. Je ne propose pas d'étendre le régime de l'Alsace
Lorraine à l'ensemble du territoire français.
Partout et tous les jours la vigilance s'impose parce que la démocratie
est fragile par définition, C'est une conquête quotidienne que
menacent bien d'autres périls que les périls religieux ou cléricaux.
Tout ceci pour vous dire qu'une révision A LA MARGE de la loi, surtout
dans le but de prendre en compte les nouvelles réalités représentées
par l'ISLAM, ne risque pas selon moi de provoquer un séisme déstabilisateur
dans l'Hexagone dans la mesure où des provocateurs ne viendront pas jeter
de l'huile sur le feu et ranimer intentionnellement des différends éteints
depuis longtemps maintenant.
Comme vous je tiens beaucoup à la laïcité. La France a réussi
à passer en cent ans d'une laïcité de combat à une
laïcité d'apaisement et de consensus qui protège à
la fois la République et les Religions. Nous sommes assez proches du
fameux " Rendez à César ce qui est à César
et à Dieu ce qui est à Dieu " mais il reste des possibilités
de parfaire la loi en intégrant le fait que l'histoire et les réalités
religieuses ne se sont pas figées une bonne fois pour toutes dans le
marbre avec la loi de 1905. Les Républiques qui se succèdent en
France doivent prendre compte les réalités du moment en se cramponnant
au socle fondamental et à l'esprit de la loi de 1905.
Pour ce qui est des églises paroissiales pourquoi pas en effet les ouvrir
davantage pour des manifestations culturelles régulières compatibles
avec la destination première des lieux ? Personnellement j'y suis très
favorable. Cela se faisait beaucoup il y a quelques siècles. Cela se
fait de nouveau, trop timidement peut-être mais de plus en plus souvent.
Le cultuel et le culturel ont beaucoup à gagner à coexister dans
les églises et les chapelles. Le culturel peut être un puissant
vecteur de diffusion pour l'anthropologie religieuse de même que le cultuel
génère au moyen de ses rites un contenu culturel qui pourrait
participer à la formation et à la structuration de la société
en mal de repères. Notamment chez les jeunes générations.
Au risque de vous décevoir, le débat que vous appelez de vos vux,
n'est pas spécifique à EREAC. Il existe déjà depuis
assez longtemps ici et ailleurs. Dans la région d'ANGOULEME une réunion
sur le thème de la gestion des églises vient de regrouper 300
participants à l'initiative de l'ordinaire du lieu.
L'argument du coût de l'entretien est un argument d'épicier. II
est irrecevable même si le taux de pratique religieuse est tombé
à 10% de la population. C'est encore beaucoup et en tous les cas beaucoup
plus que ce que peut regrouper une autre organisation 52 fois par an sans compter
les fêtes d'obligation, dans des conditions de confort Spartiates peu
compatibles avec notre perception de la qualité de la vie. Dans les églises
il fait froid. Il y a beaucoup d'humidité. Les sonos sont rarement bonnes.
Les chaises sont parfois bancales. Les bancs sont toujours durs comme des noyaux
de pêche.(Liste non exhaustive)
Je vous invite à faire tourner une salle de spectacle dans ces conditions
et à me communiquer les résultats de la fréquentation après
quelques semaines de fonctionnement.. .De préférence vous prendrez
des acteurs âgés, ayant peu répété et naturellement
vous jouerez la même pièce toutes les semaines tant et si bien
que rapidement les spectateurs connaîtront les répliques par cur.
Vous pourrez cependant varier les décors et les costumes. Pas dans l'espace,
pas dans les formes, seulement dans les couleurs...
Ceci dit, je ne pense pas que vous préconisiez une approche purement
comptable pour les activités humaines qui " ne rapportent rien ".
Vous savez, mieux que d'autres sûrement, que tout ce qui touche à
la culture coûte de l'argent mais reste indispensable pour résister
à la standardisation des esprits et donner du goût à la
vie. Que serait la vie sans la poésie, sans la musique, la danse, la
littérature et la peinture, Ies arts en général, sans l'architecture,
sans projets un peu fous permettant de rêver ?
Je vous remercie de l'expression de votre opinion qui m'a permis de préciser
la mienne en la couchant sur papier et de passer un agréable moment d'écriture.
Yvon GARREC