L'Edito
Janvier 2012 : Foutraquitude et nécessitation
"Foutraque et nécessaire" : j’ai récemment vu quelqu’un traiter ainsi le Cri de l’Ormeau, une ancienne Costarmoricaine habitant maintenant en Finistère, désespérée de ne pas pouvoir trouver facilement une sortie culturelle intéressante dans son nouveau territoire, pourtant foisonnant d’actions culturelles. "Foisonnant", justement, je préférerais aussi ce mot pour qualifier le Cri de l’Ormeau. "Foutraque" veut en effet dire "fou et excentrique", qualités que je veux bien reconnaître au Cri de l’Ormeau, mais pas en dominantes. "Foisonnant" c’est ce qu’est le monde culturel en Bretagne. Comment ne pas être "foisonnant" quand on veut en faire l’écho ? Prenons par exemple le Cri de l’Ormeau d’octobre 2011, avec ses 2 éditions Côtes d’Armor et Morbihan. On y trouve 820 manifestations culturelles réparties sur 207 communes, 12 pays, dans des genres allant du fest-noz à l’expo d’art contemporain en passant par le hard-core, le cirque et Connaissance du Monde ! Comment veux-tu traiter ça sur 88 pages et sur Internet sans que ça ait l’air "foutraque" ? Cette mise en proximité de genres très différents, sans en privilégier l’un plus que l’autre, est destinée à ouvrir les esprits, montrer à l’amateur d’opéra que le métal-trash existe aussi. L’ormeau-attitude serait ainsi une variante de la sérendipité (qui, comme chacun sait, et que Wikipedia nous le rappelle, est
le fait de réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l'intelligence, au cours d'une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte ; une forme de veille informationnelle).
C’est quand-même pas compliqué : le Cri de l’Ormeau est construit sur une structure moléculaire avec une embase territorio-alpha-communale chromo-référencée doublée d’un rubriquage capillotracté et graphico-tarifé, ensemencée de persiflage subliminal et ponctuée d’une grille pagino-estampillée.
En 2012, adoptez l’ormeau-attitude, devenez ormeaunaute, et accordez une pensée à ceux qui n’ont pas la chance d’être costarmoricain ou morbihannais !
Patrice VerdurePrince de Serendip
Décembre 2011 : Atelier d'écriture
Bon, me revoilà pris d’une crise de stress devant la page blanche. Dans 2 heures la maquette part à l’imprimerie, et je sèche devant l’édito. Tentons une expérience déjà utilisée il y a quelques années : hey les collègues, donnez-moi 5 mots au hasard, je partirai là-dessus, et on verra où j’arriverai.
- papillotes
- nœud de marin
- transe
- gratin
- crête
L’art culinaire, capable de réaliser de merveilleuses
papillotes, est effectivement une discipline culturelle que nous ne développons malheureusement pas dans le Cri de l’Ormeau. Il faudrait peut-être qu’on nous invite dans les meilleurs restaurants comme on nous invite aux spectacles pour qu’on soit mieux capables d’en parler. Il y a d’autres cultures dont on ne parle pas, ce que certains ont du mal à comprendre : le sport, les feux d’artifice, l’architecture, la brocante... tout est culture, mais il faut bien faire des choix, sinon on devient généraliste et on ne s’en sortira pas. La préservation du patrimoine est aussi une magnifique action culturelle. Je suis personnellement sensible au patrimoine maritime, étant non seulement capitaine du Cri de l’Ormeau mais aussi matelot sur le Grand Léjon (dont vous n’oublierez pas la méga-fête des 20 ans le 1er week-end de juillet), capable de faire un
nœud de chaise de 2 façons différentes. Les chants entonnés par les marins les mettent dans une
transe les rendant ainsi capable de supporter la dureté de leur travail, le danger, l’éloignement. Peut-on dire que la jouissance artistique soit une transe qui nous aide à supporter la vie ? La culture est effectivement aussi nécessaire à la vie que le ciment pour faire tenir les briques d’un mur. Ce n’est en tout cas pas une activité réservée à une élite, au
gratin de la société, mais doit aussi concerner le punk à
crête, le crétin des Alpes et l’alpiniste des Monts d’Arrée.
Arrée ? Oui j’arrête (et les arrêtes du poisson en papillotes, et la boucle est bouclée).
Patrice VerdureFunambule
Novembre 2011 : Aventures extrêmes en terres de culture
Le mois dernier, je vous parlais de l’universel dans l’insignifiant – le mal nommé. Je plongeais en apnée dans les profondeurs d’un timbre-poste et en ramenais des trésors insoupçonnés. J’ai continué ma quête de l’infiniment grand dans l’infiniment petit. J’ai ainsi fréquenté, incognito, au péril de ma vie, une pizzeria d’une grande ville bretonne. Dans mon champ de vision : un écran de TV 16/9-120 cm, une tablée de 4 "sortie entre copines", et une magnifique blonde en compagnie d’un magnifique blond cheveu-ras-menton-carré-marinière-rayée-smartphone. Sur l’écran de TV 16/9-120 cm, un chef d’œuvre du 7è art : un plan fixe d’un bord de mer, galets, vagues, ciel, incessant. Un grand classique que j’avais déjà repéré il y a quelques semaines au même endroit. Investissement du restaurant : 200 pizzas (au prix de vente, ou 1 000 au prix de revient). Expérience d’art contemporain, de méditation transcendantale, de placement toxique, de lavage de cerveau ? Aux 3/4 de mon combat avec ma pizza Quattro-stagioni, un épisode palpitant : le 1/3 inférieur de l’écran, rempli de galets, est couvert, chaque 6 vagues, par le flux, la marée est probablement montante, jusqu’où ira-t-on, suspense ! Cette expérience culturelle extrême est à comparer avec une autre : la pizzeria voisine du complexe cinéma de la même ville est équipée de 3 écrans 16/9-120 cm, présentant des matchs de foot en alternance avec des clips, fond "musical" qui est à la musique ce que le Journal de Mickey est au Monde diplomatique. Là où des cinéphiles vont se restaurer avant leur addiction, on les inonde de foot-boum-boum, quelle idée géniale d’électro-choc pour les renforcer dans leurs tendances !
On vous le dit depuis 12 ans : le Cri de l’Ormeau est bien l’écho de toutes les cultures.
Patrice VerdureIndiana Jones de la CultureP.S. Atelier d’écriture pour toi, lecteur : à l’image de ma pêche aux trésors dans la plongée dans un timbre-poste (voir édito d’octobre), quels trésors ramèneras-tu de ta plongée dans une pizzeria ? (expression libre, taille illimitée, à envoyer à contact@cridelormeau.com)
P.P.S. Je vais essayer d’arrêter la pizza.
P.P.P.S. Un des messages subliminaux de cet édito : novembre est le Mois du film documentaire, vous n’êtes pas obligés de passer par la case pizza pour aller voir ces nombreux chefs-d’œuvre.
Octobre 2011 : L’art est un timbre-poste
Prenons un objet insignifiant au hasard. La petite cuillère, le crochet X, le bâton de maréchal, la chaussette, le pavé... tiens prenons le timbre-poste ! Insignifiant !? Ohlala, que cet adjectif est inapproprié ! De quoi nous parle un timbre-poste ? De la communication entre les hommes, et son évolution à travers les âges, de son usage de moins en moins fréquent, des nouvelles technologies de la communication le rendant moins utile qu’une souris, du financement des services publics (le coût du service a fini par être supporté par l’expéditeur plutôt que par le destinataire le jour où un anglais a inventé le timbre en 1840), de l’Histoire de France (la paternité du timbre en France est due au Briochin Glais-Bizoin et non pas à Arago), de l’Histoire tout court (par les faits historiques que les timbres illustrent), de sciences économiques (l’évolution de son coût), de la valeur des choses (entre sa valeur faciale et sa valeur marchande auprès des collectionneurs, de la spéculation, de la loi de l’offre et de la demande), de la technologie papetière, de la recherche sur les colles, de l’art graphique (les illustrateurs de timbres, le mail-art), des systèmes de mesures (ses dents sont des fractions de centimètres ou d’inches), de psychologie (les différentes causes du philatélisme et la collectionnite), de géographie, d’aventures humaines (les pionniers de l’aviation postale), de linguistique, d’organisation humaine (bureaux de poste, systèmes de tri, sacs, vélos, autos, camions, avions, bateaux), de sociologie (les facteurs et autres travailleurs du système postal), du syndicalisme, d’électronique et d’informatique (nouveaux moyens de communication), des activités humaines que le timbre relie (cartes postales, factures, faire-part, lettres d’amour, de licenciement...), de littérature (l’art épistolaire de certains grands auteurs), de mythologie (Hermès le messager des dieux),... Je vous laisse continuer...
L’art est pareil au timbre-poste. Une œuvre relatant un fait apparemment anecdotique peut renfermer un message universel, grâce à l’effet parabolique, qui n’est pas nécessairement voulu par son auteur. Par exemple ce livre relatant l’histoire des usines Tanvez de Guingamp. La photo de la tronche de tel ancien travailleur ne dit-elle pas sa vie, et la vie de ses collègues, et la vie de tous les travailleurs du monde à travers la grande Histoire, et l’histoire des relations humaines, des dominants et des dominés, des lois économiques, de la politique, de la société... ?
Patrice VerdureComplètement timbré
Septembre 2011 : Ne pas confondre culture hors-sol et culture hors-mots
Ormeauphiles, ormeauphobes, ormeaumanes, ormeaupathes, ormeaunautes, ormeaulogues, ormeausophes, ormeausceptiques, ormeauculteurs, ormeausexuels, ormeauthétiques, ormeaurbihannais, ormeauricains, voici la question : comment se faire comprendre
hors mots ?
C’est en effet la question fondamentale de l’art. Il y a les mots, ensembles de lettres qui ont un sens (en fait souvent polysémiques) défini par les dictionnaires. Ces mots mis ensemble de certaines façons ont un sens plus complexe, qui peut être compris "au pied de la lettre" ou bien un sens "au-delà des mots", que j’appelle ici "hors mots" pour faire joli. Là est l’expression artistique, poétique. Par exemple "Les sanglots longs des violons de l'automne" : ça ne veut rien dire, mais on imagine, et l'imagination est le support de la création. Prenons maintenant la formule d’Euler, que vous connaissez tous : eix = cos(x) + i.sin(x). Si x vaut Π alors : eiΠ= -1. Demandez à un philosophe : "Comment expliques-tu que la relation entre les deux nombres transcendantaux e et p dépende du nombre imaginaire i et d'un réel négatif ?". En principe cette question lui donnera le vertige et mal au crâne. La raison est que les mots "transcendantal, imaginaire et négatif" ont pour lui des sens et des connotations sans aucun rapport avec le sujet.
Les bases de l’hormologie ont été formalisées par le sémiologue Simon Wortenbuch, qui fut collaborateur du grand lexicographe Emile Littré, avant de le quitter en 1872, lui reprochant de "ne pas savoir lire entre les mots".
Bien sûr ce que l’on dit ici des mots est à étendre à tout procédé auquel nous recourons en vue de communiquer nos états de conscience, des taches de peinture, des bouts de bois ou de pierre, des sons, des vibrations de cordes vocales, des mouvements, des lumières, des électrons...
Et maintenant pour se détendre, deux nouvelles,
une mauvaise et une bonne :
- Ca n’a rien à faire dans le Cri de l’Ormeau, mais je le dis quand-même : nous apprenions récemment le décès d’
Alain Leprest, un des plus grands chanteurs-poètes français, et ça me touche particulièrement.
- Vous allez pouvoir devenir
Membre Utilisateur du Cri de l’Ormeau ce qui vous permettra de calmer vos scrupules par rapport à la gratuité de ce magazine, vous les informateurs gratuits, les artistes dont on relate la créativité, les lecteurs (oui vous aussi !). Ne manquez pas de faire ce petit geste pour une grande cause, celle du héraut de la culture que vous préférez.
Patrice Verdure
L’écrit de l’ormeau

Eté 2011 : Le Ric de Meaulor
- Ma mozeur, a veut aller au fest-noz.
- Quoi ? Ta reum a les fesses roses ?
- Ouah le bouffon, t’es ouf ! Au fest-noz !
- C’est quoi ça ?
- C’est des soirs où les Bretons y remuent leurs fesses et leur nez, noz ça veut dire "nez" hein.
- C’est un sport ?
- Mais non, rrâh ! C’est des musiciens qui font danser, et pis y’a du cidre et du riz au lait.
- Ah ouais, avec des binious, et pis y s’tiennent par le p’tit doigt !
- Ben mon vieux il aime pas le folklore. Y préfère le punk, y veut aller voir Last Fucking Delight et Aggressive Agricultor.
- Eh mais attends, c’est marqué dans l’Cri d’l’Ormeau qu’y’a Les Ramoneurs de Menhirs au fest-noz, c’est des punks avec un ancien des Bérus. Y délirent dans c’canard !
- Dans quoi t’as vu ça ? Le Cri de quoi ? C’est un bouquin sur les coquillages ? M’étonne pas qu’y connaissent rien en zikmu !
- Le Cri de l’Ormeau ! C’est un nom débile mais c’est un truc qui te dit tout c’que tu peux voir, des spectacs, des peintures, et tout ça quoi. Y’en a un noir pour les Côtes d’Armor et un rouge pour le Morbihan. C’est vachement pratique. Y proposent 1 500 trucs pour c’t’été !
- Ouais mais des punks dans un fest-noz, y’a maldonne !
- Y paraît qu’ça s’fait. Les Bretons y tournent pas bien rond ! J’ai vu qu’y a aussi du "jazz celtique", et pis "musique traditionnelle de Bretagne et influences world-électro", y’a même des spectacs dans un train à vapeur, du cinoche dans une caravane, du rap en breton... N’importe nawak ! Si ça continue on verra bientôt des Bigoudens qui slamment !
- Y’en a déjà.
- Avec mes vieux on est à Paimpol, mais d’main on va à Vannes, comment j’fais avec ton canard que j’en ai que la version des Côtes d’Armor pour savoir c’qu’y’a là-bas ? C’est nul !
- Ben tu vas sur leur Internet, c’est trop pratiq’ ! Réfléchis un peu ! C’est toi qu’es nul !
Fazeur Patrice Verdure
Juin 2011 : Le syndrome du Petit Chaperon Rouge
Le mois dernier je terminais mon édito par une phrase censurée qui faisait perdre beaucoup de sens au texte, et qui a provoqué une multitude (une ou deux) de réactions de lecteurs désemparés. Je m’étais ce jour-là livré à une auto-psychanalyse bienfaisante. Ses résultats ont été fulgurants, peut-être grâce au fait qu’au lieu de la payer, je suis payé pour (si l’on peut dire !), et je peux maintenant assumer mes tares sans frein. Je vais donc vous donner cette phrase : "Mais il ne faudrait pas qu’une espèce d’enfoiré de connard merdeux vienne nous dire que notre Cri est une chiure !" *.
Ce jour-là je m’étais pris en exemple, en sujet de démonstration. Quel est l’intérêt de se prendre en exemple ? C’est qu’une démonstration efficace est souvent une parabole qui part du particulier pour atteindre l’universel. Le cas particulier du Petit Chaperon Rouge est une leçon de vie même pour ceux qui ne sont ni petits ni Chaperon ni rouges ni vivant en forêt ni parlant avec des loups. Et le particulier que je connais le mieux (dans certaines limites) c’est moi-même.
C’est le propre de tout un pan de la création artistique de procéder ainsi, par des paraboles construites sur le schéma de la dramaturgie aristotélicienne, aboutissant à la catharsis.
Si vous voulez, je vous reparlerai de la catharsis un autre jour.
Depuis un mois, j’ai assisté à différentes créations artistiques :
Tomboy, Midnight in Paris, Tant qu’il y aura des mouettes, Les séries / Ar rannoù, Camadule Gredin, Steve Coleman, Paamath, Carlonéon, Merlin ou la terre dévastée, Confidences sonores, Magma, The tree of life. Comment ces œuvres ont-elles provoqué une évolution dans mon être ?
Patrice Verdure
Post-aristotélicien
* L’auteur exprime ici, grâce au contraste entre son langage châtié habituel et une vulgarité choquante par sa virulence, une intensité dramatique dans le sentiment. Voulait-il dire par là que tellement de critiques s’attaquaient à son "œuvre" (le
Cri de l’Ormeau) ? Non, pas du tout. Juste quelques détracteurs expriment parfois une opinion négative, ce qui est bien normal : l’unanimité est souvent signe d’un consensus mou accordé à une position molle. Mais l’auteur n’est pas une blanche colombe et ses détracteurs ne sont pas des crapauds baveux (enfin pas tous), donc la moindre pique provoque un agacement. Les collègues de l’auteur ont eu peur que les lecteurs mécomprennassent le sens, et que les supporters se choquassent de la grossièreté de l’objet culturel qu’ils soutenaient et qu’ils croyaient bien élevé. Ces collègues ont donc agi manu militari, et avec raison, pour retirer cette phrase.
Mai 2011 : J’aurais voulu être un artiste
C’est peut-être cette frustration qui m’anime.
Jouons : on dirait que vous êtes des psys et que
Le Cri de l’Ormeau serait mon divan.
Dans ma vie j’ai essayé d’être comédien, écrivain, cinéaste, musicien. Victor Hugo, Gérard Depardieu (Dieu par Dieu), Jean-Luc Godard, Miles Davis… J’avais mis la barre très haut, c’était ça ou rien, et comme les places étaient déjà prises, ça s’est soldé par "rien". Alors pour compenser cette frustration, au lieu de me suicider, je me suis mis à dédier le reste de mon temps à mettre en valeur le talent artistique de mes confrères et consœurs humains. J’ai ainsi passé une partie de ma vie à être organisateur de spectacles, à faire jouer des musiciens et comédiens, à leur offrir un espace d’expression, leur épargnant ainsi quelques instants de cette frustration. J’aimais considérer que mon café-spectacle était une œuvre d’art. Plus tard j’ai créé ce truc un peu spécial auquel j’ai donné un nom bizarre
Le Cri de l’Ormeau, constitué de feuilles de papier et d’électrons en goguette circulant dans les fils d’une toile mondiale. Ce truc zarbi a été créé pour mettre en valeur la créativité artistique et culturelle de la partie costarmoricaine de l’humanité, puis ensuite la partie morbihannaise. J’aime aussi considérer que ce
Cri de l’Ormeau est une œuvre d’art, remplie de couleurs, d’images, de mots, d’opinions, tout ça agencé avec finesse, bon goût, pertinence, feeling, talent. J’ai associé à cette démarche un certain nombre de collaborateurs et –trices, pas des journalistes ni commerciaux ni graphistes ni gestionnaires ni ni ni, mais des hommes et femmes de culture, experts en musiques, cinéma, théâtre, culture bretonne, arts plastiques, qui ont eu envie de s’investir dans la même direction que moi.
Et on le sait parfaitement que ce
Cri de l’Ormeau est imparfait.
Alors il ne faudrait pas que
– bip ! - (et là venait une phrase qui a été censurée par le reste de l’équipe ; évidemment le sens est parti avec, désolé). Mais c’est peu probable.
Patrice Verdure
C’est grave docteur ?
Avril 2011 : Côtes-Bihan et Mor-d’Armor
Oh mais attention, c’est pas bon ça ! Si l’on inverse une relation nord-sud par une relation sud-nord, on a d’un coup des "petites côtes" et une "Bretagne moribonde" !
Préférons alors un autre jeu de mots (si vous n’aimez pas le jeu avec les mots, vous pouvez sauter cette page), plus porteur de sens et porteur de la vivacité culturelle de notre région, tellement ancrée entre tradité et modernition :
Art vivant en Armor. C’est le nom subtil d’une association d’activisme culturel qui vient d’être créée en péninsule armoricaine. Son sigle : pas A.V.A.M. mais A.V.A. AVA ? AVA bien merci. AVA ça alors ! AVA où comme ça ? Je ne veux pas l’AVA laid, je veux l’AVA beau... Les membres de cette association sont clandestins, occultes, secrets, masqués, mystérieux. Ne sont-ils pas ridicules, peut-on penser, voire dangereux ? Ne me demandez pas comment je suis au courant (si peu), je ne peux pas vous le dire. Moi, cette association, si je l’avais créée, je l’aurais appelée
A la vie à l’Armor. On aurait pu la confondre avec le nom de l’exposition confiée à Miss Tic dans le cadre du festival Art Rock 2011 (St-Brieuc, 9 au 12 juin),
A la vie à l’amor. Je serais alors devenu copain avec cette géniale artiste, dont le seul défaut est de ne pas être bretonne. J’en aurais été fier, comme je suis déjà pas peu fier d’être copain avec nombre d’artistes, dont plusieurs ne sont même pas bretons ou alsaciens. Certains ne savent d’ailleurs même pas qu’ils sont mes copains. Je les admire et leur existence me fait du bien. J’espère qu’elle fait aussi du bien à un maximum d’humains, et c’est en faisant état de leurs actions que le
Cri de l’Ormeau aime apporter sa contribution au mieux-vivre universel.
Patrice Verdure
Costarmorbihannais
Mars 2011 : L'Artolescence
Qu’est-ce qu’un adolescent ? C’est un humain intermédiaire entre enfant et adulte. En âge ça peut être différent d’un individu à l’autre. Certains le seront à 14 ans, d’autres à 9 ans. Certains (dont moi) le sont encore à un âge canonique.
Certains adolescents sont dits "difficiles". On les rencontre principalement dans les milieux défavorisés, mais pas seulement. Je ne suis pas expert en la matière, mais il me semble que l’image de soi, l’estime de soi est une difficulté fondamentale des "personnes à problèmes" ? Quand un jeune se fait traiter de nul à longueur de vie, ou, pire, ne se fait traiter de rien du tout par un environnement qui préfère ignorer son existence, il va mettre en œuvre de drôles de moyens pour montrer qu’il existe, mais pas forcément pour se faire aimer. Pour l’aider à construire une bonne relation avec autrui, aidons-le déjà à construire une bonne relation avec lui-même. La pratique culturelle est une bonne méthode pour y arriver. L’adolescent amené à montrer un talent artistique deviendra ainsi une vraie personne, un humain. D’où l’intérêt des ateliers de pratiques artistiques dans les collèges et lycées, des résidences artistiques.
Qu’est-ce qu’un artiste ? Ca ressemble quelque part à un adolescent. Il croit encore en certaines utopies, certaines valeurs, mortes chez beaucoup d’adultes. Il a en lui des choses qu’il veut exprimer, communiquer à autrui, avec une recherche formelle personnelle. Il a aussi une quête de l’estime de soi, par le désir d’être admiré. L’artiste est dans cette démarche, l’ado à problèmes n’y est pas. D’où l’intérêt de la rencontre entre ces deux catégories humaines.
De beaux exemples nous ont été montrés au cours d’un très intéressant colloque sur
Culture et adolescents : une rencontre possible ? qui a eu lieu à Lamballe en février. On en est ressorti avec bien sûr beaucoup plus de questions que de réponses, ce qui est normal. Qu’est-ce qu’un adolescent ? Sa plus grande difficulté n’est-elle pas l’adulte ? Quelle culture ? Pour qui ? Pour quoi ? La pertinence de l’école ? De nouveaux indicateurs de l’économie avec le Produit Intérieur Doux...
Patrice Verdure
Ado attardé
Février 2011 : Un Ormeau parle aux Morbihannais
Les éditions 22 et 56 du Cri de l’Ormeau ont normalement un édito commun. Ici, pour la première et dernière fois, je n’écris un édito que pour vous, lecteurs morbihannais. Je vais profiter de cette occasion, et du fait que les Costarmoricains n’écoutent pas, pour vous faire des révélations.
Vous êtes beaucoup plus atlantiques que les Costarmoricains, qui eux, il faut l’avouer, sont beaucoup plus manches. Ils sont même carrément plus au nord que vous (mais pas plus sonores). Sans vouloir vous flatter, vous parlez beaucoup mieux vannetais que les Trégorrois. Et vos 710 000 habitants sont nettement plus morbihannais que leurs 580 000 Costarmoricains. Fortuitement, il y a presque la même distance entre St-Brieuc et Lorient qu’entre Vannes et St-Brieuc, c’est dingue ! Et Loudéac et Pontivy sont aussi peu éloignées l’une de l’autre que réciproquement ! La limite sud des Côtes d’Armor correspond en grande partie à la limite nord du Morbihan, et ça, ça change complètement les mentalités : un équateur de la Bretagne englobant le canal de Nantes à Brest et la RN164.
Nous sommes des explorateurs de la culture, sillonnant inlassablement ces terres riches en minerai, terres aux moyens souvent insuffisants pour en extraire le minéral précieux.
Il ne faut pas perdre le Nord, mais pas non plus le Sud ni l’Est ni l’Ouest ni le Centre.
Patrice Verdure
Dr Livingstone,
I presume, de la culture
Janvier 2011 : Partons pour le Morbihan
Version originale en langage verdurien non sous-titréPartons pour le MorbihanNous, habitants de la planète Costarmor, venons en paix aborder sur la planète Mor-Bihan, notre voisine dans la constellation Bretagne. Nos coutumes sont assez proches, ainsi que les diverses langues qui y sont pratiquées. Physiquement nous nous ressemblons à s’y méprendre. Vous êtes le Sud et l’Atlantique, votre épicentre s’appelle "golfe", nous sommes le Nord et la Manche, notre épicentre s’appelle "baie". Enrichissons-nous de nos différences. En guise de signe de fraternité, nous vous offrons de partager un des plus beaux fleurons de notre culture, le Cri de l’Ormeau, vitrine de la vitalité de l’activité humaine la plus fondamentale, l’art. Une ambassade a été installée dans une de vos cités que vous appelez "Lorient". Lorient ! Drôle de nom pour une des villes les plus à l’occident de l’Europe ! On reconnaît bien là votre sens de l’humour si réputé. C’est une vanne ? Non, le pays doré nous en sépare.
Nous avions entrepris des mesures d’approche avec les habitants du Septentrion de votre planète, le pays de Pontivy. La plupart des habitants de cette contrée nous ont très bien accueillis, et nous ont engagés à développer des relations avec l’ensemble du Mor-Bihan.
Signons donc dès maintenant un pacte de collaboration, pour le bien-être de nos peuples, réunis sous la bannière du plus précieux de nos biens, la culture.
Patrice Verdure - Consul honoraireVersion traduite avec la méthode "mots-clés"Morbihannais, découvrez, Costarmoricains, révisezEt voilà ! Le Cri de l’Ormeau, le magazine écho de la culture en Côtes d’Armor depuis 1999, a eu un petit frère né en mars 2010, écho de la culture en Pays de Pontivy. Ce petit frère a grandi et devient en janvier 2011 écho de la culture en Morbihan. Ces deux éditions fonctionnent sur les mêmes concepts : culture sous tous ses aspects, de la scène nationale à l’association de quartier, intégralité du territoire départemental (du rural à l’urbain), classement par Pays (au sens de la loi Voynet, 6 en Côtes d’Armor, 7 en Morbihan), calendrier journalier, une partie magazine (dite Chuchumuchu), une carte blanche artistique, gratuité financée par des annonceurs en majorité culturels et équitables et quelques fonds publics, un site Internet, périodicité mensuelle, à part : 2 mois d’été fusionnés, et depuis cette année janvier et février fusionnés en Côtes d’Armor, exemple qui sera suivi par le Morbihan dès 2012.
Patrice Verdure - Fondateur
Décembre 2010 : Cherche remède à la tristesse de l’automne, et de l’hiver, et du printemps, et de l’été
Je vais vous révéler un secret : chaque mois je m’efforce d’écrire cet édito en utilisant des doses (pas toujours homéopathiques) d’humour. J’espère que certains n’apprécient pas cet humour, le contraire me vexerait (plaire à tout le monde, c’est malsain). Le sens de l’humour est un onguent qui aide à faire passer les messages. Mais c’est un art difficile, et parfois je me plante ! Comme je ne suis pas psychologue, et que l’humour est une chose bien trop sérieuse pour la laisser analyser par un amateur, je vais faire appel à quelques citations que je trouve bienvenues.
"L’humour et la santé mentale ont une relation drôlement complexe. Les recherches scientifiques récentes démontrent que le sens de l’humour est l’une des principales stratégies d’adaptation matures. L’aptitude à percevoir, à créer et à exprimer des liens originaux entre des êtres, des objets ou des idées sera plus bénéfique si ces liens font (sou)rire celui à qui on les communique, car il les comprend et les apprécie. Nous ne naissons pas tous égaux dans ce domaine." (www.psychologue.levillage.org).
"L'humour permet à l'Homme de prendre du recul sur ce qu'il vit, comme le soulève Joseph Klatzmann dans son ouvrage L'
Humour juif en souhaitant
rire pour ne pas pleurer. Plus pessimiste, Nietzsche affirme
L'homme souffre si profondément qu'il a dû inventer le rire, se rapprochant du cynisme." (fr.wikipedia.org).
Il y a tout intérêt à parfois se retourner sur soi-même, à se regarder comme une autre personne, à tenter de saisir l’image que l’on donne de soi. Je sais par expérience que c’est douloureux, mais on a beaucoup à y gagner. Et on peut se faire aider. Alors si vous voulez que j’arrête de dire des conneries, dîtes-le moi ! En attendant je vais en dire encore quelques-unes.
On a parfois affaire à des éléments d’humour dont on se demande si c’en est vraiment : en 2011 aura lieu (juré, c’est vrai) un festival de films de guerre à Guer (Morbihan) !
Les Gens du lent à Landujan (Ille-et-Vilaine) : ça c’en est ! Et pourquoi pas alors imaginer un festival de films d’horreur à Lannion dénommé
Festival très-gore, un feu d’artifice à Paimpont, un festival de la parole
Langueux de bois... ? Mais attention quand-même à la confusion des mots : c’est comme ça que la mairie de Matignon (Côtes d’Armor) s’est vue plastiquée il y a quelques années !
Patrice Verdure
Boute-en-train
Novembre 2010 : L’édito de l’édito impossible
Il y a longtemps que j’ai envie d’écrire quelque chose sur les ronds-points. J’ai pensé à un beau poème en alexandrins qui s’appellerait
La complainte du rond-point, ou alors un conte
Le rond-point a des états d’âme. Mais pourquoi donc parler des ronds-points dans cet écho de la culture en Bretagne ? Merci de me poser la question. Je me le demande moi-même, mais une envie irrépressible m’y pousse.
Il paraît que la Bretagne est championne de France, et même du Monde, des ronds-points. J’ai entendu quelqu’un dire un jour que la baisse de subventions culturelles en Côtes d’Armor en 2010 était équivalente au coût d’un rond-point. C’est peut-être cet aspect culturel qui m’a interpellé. Mais que coûte un rond-point ? Qui finance le coût d’un rond-point ? Combien un rond-point va-t-il sauver de vies, et donc combien faire économiser au contribuable ? Le rond-point est mal aimé parce que mal compris.
Mon poème pourrait plutôt s’appeler
Le sacrifice du rond-point. Mon héros au problème existentiel se remettrait en cause et supplierait ses géniteurs de ne pas lui donner naissance pour laisser la place à toute une ribambelle d’actions culturelles, toutes plus porteuses de sens les unes que les autres, pour le mieux-être de toute une humanité locale. La fin de mon œuvre verrait le mortel accident d’un car transportant les 12 acteurs d’une troupe de théâtre à un mauvais croisement routier.
On pourrait aussi dire que la vie est un rond-point, et que la culture est son... Mais c’est complètement idiot, alors je m’arrête.
Atelier d’écriture : merci d’écrire le beau texte que je suis incapable d’écrire sur le thème ci-dessus exposé. Les meilleurs textes seront récompensés par notre gratitude, mais des ronds, point.
Réaction d'un lecteurNe manquez pas d’aller voir le très beau film de Pierre Gœtschel,
Rond-point, dans le cadre du
Mois du Film Documentaire.
Patrice Verdure
Qui ne tourne pas rond
Octobre 2010 : A quoi sert ?
Récemment j’ai vu Yvon Le Men citer Flaubert qui parlait des Roms en 1867 : "L'admirable, c'est qu'ils excitent la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre. C'est la haine que l'on porte au bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine". Moi je citerai Roland Fichet, auteur briochin fin XXè-début XXIè, responsable du Théâtre de Folle Pensée, qui a toujours le mot pour dire, répondant à Yves Le Foll, maire de St-Brieuc à une époque, qui lui demandait "Mais à quoi sert le théâtre ?" : "A parler de ce qu’on ne parle pas au conseil municipal". Cette question, bien à propos en nos temps, va être débattue au cours d’un Lundi de Rosengart le 11 octobre.
Mais à quoi sert la musique ? Et la poésie, la peinture, la sculpture, le cinéma, la photo, la danse, l’acrobatie, la gastronomie, la fantaisie, la réflexion, le rire, le sourire, la discussion, l’opinion, l’imagination, l’espoir, la beauté, l’humour, la couleur, l’air, la vie ? Tout ça c’est du temps et de l’argent de perdu, qui pourrait mieux servir à... euh... à... euh... à gagner de l’argent tiens !
Et moi aussi alors, à quoi sers-je ? A qui plus-je ? A qui souris-je ? En quoi crus-je ? Et maintenant qu'espère-je ? Qui encore séduis-je ? A quoi bon bougé-je ? Et quelle vie vis-je ? Qu'attends-je et vers où cours-je ? Quel espoir étreins-je ? Quel blues me joue-je ? Mais pourquoi me plains-je ? A survivre échoue-je ? A quel sort m'astreins-je ?
Patrice Verdure
Vie d’ange
Septembre 2010 : Plus belle la vie !
En janvier 2008 je m’interrogeais, au sein de l’édito du Cri, sur la fonction de "bouffon" (archivé sur cridelormeau.com).
"Quel psychologue pourra m’expliquer l’intérêt qu’il y a à se faire publiquement ridiculiser quand on est le personnage le plus à respecter du pays ? Est-ce parce que le fait qu’il soit considéré comme "fou" annihilait complètement la teneur de ce qu’il disait ? Qu’il dise "caca prout", ça serait pareil."Cette année 2010 complique encore mon questionnement sur le sujet : fait rarissime dans l’Histoire de France, 2 bouffons (radiophoniques) se sont fait décapiter par 2 anciens bouffons, sous prétexte qu’ils étaient de mauvais goût. Imagine-t-on un juif exterminer des juifs, un arabe adhérer au Front National, un ancien jeune conspuer les jeunes, un ancien pauvre critiquer l’impôt sur la fortune, un descendant de Rom martyriser les Roms ? Des gens tellement mal dans leur peau qu’ils veulent supprimer tous ceux qui portent la même peau. Il est vrai que l’heure est à la décapitation de tout ce qui bouge, de ce qui n’avance pas sur la ligne droite du chemin balisé, du brin d’herbe qui dépasse, du décibel excédentaire, du voisin qui ne regarde pas TF1. Et aussi
"Le premier qui dit la vérité, il sera exécuté" disait le poète. L’important est de faire en sorte que l’humain de base ait l’illusion que son bien-être passe par le profit maximum de quelques puissants.
A notre époque de probable fin de Monde, où la matière prend le pas sur l’esprit avec un déséquilibre outré, il faut tout faire pour préserver cet îlot de résistance qu’est la Culture, dont l’étymologie est bien
cultura animi – la culture de l’esprit – depuis que Cicéron a fait évoluer l’acception agricole du mot culture. Le Cri de l’Ormeau est sur cet îlot.
Patrice Verdure
Ancien jeune, ancien pauvre, ancien artiste
Ete 2010 : Presqu’île subtile, péninsule majuscule
Le Mont St-Michel n’est pas en Bretagne. Nantes l’est mais ne l’est pas ! L’Ille-et-Vilaine lorgne sur Dinan. La Rance, moins rigoureuse que le Couesnon, met Dinard en Ille-et-Vilaine et Pleudihen en Côtes d’Armor. Erquy et Pleumeur-Bodou revendiquent Astérix. Les légendes arthuriennes sont-elles en Morbihan ou en Finistère ? Les meilleures huîtres sont à Paimpol ou à Cancale ? Non, ce sont les huîtres de Prat ar Coum, à l’Aber Wrac’h, où on ne vend pas que du beurre en vrac, et la voisine c’est Jane Birkin. Portsall a-t-il été nommé ainsi avant ou après le naufrage de l’Amoco Cadiz ? Le vertigineux sommet des Côtes d’Armor est-il au Mont Bel-Air ou au Menez Bré, et celui de la Bretagne le Roc Trévezel ou Tuchen Kador ? Le point le plus à l’Ouest de la France continentale n’est pas la Pointe du Raz mais la Pointe de Corsen. Quel est le passage le plus difficile, le Raz de Sein ou le Fromveur ? Quel grand personnage historique avait établi sa capitale régionale à Pontivy sous le nom de Napoléonville ? La ville d’Ys était-elle bien en baie de Douarnenez ? La guerre avec la Normandie n’est pas terminée, puisque l’on se bat encore pour les meilleurs cidres, moules, morues, andouilles, marins et bateaux. La partie la plus difficile du canal de Nantes à Brest a été creusée par des bagnards. Il y a des phoques, des pingouins et des requins dans la Manche.
Mais à côté de ces quelques éléments anecdotiques et néanmoins subtils, l’attractivité de notre Bretagne réside dans une activité culturelle exceptionnelle, en été bien sûr, mais aussi tout au long de l’année. N’hésite pas, visiteur de la Bretagne, à venir nous rendre visite à tout moment, tu ne le regretteras pas, mais n’oublie pas de te munir de ton Cri de l’Ormeau pour éclairer tes sorties culturelles. Tu disposes actuellement d’une édition Côtes d’Armor et d’une Pays de Pontivy. Reviens l’année prochaine, tu auras une édition Morbihan. Et dans deux ans une édition Finistère. Et dans trois ? Inch Allah !
Patrice Verdure
Non plus pas breton
Juin 2010 : Ecoutons Victor Hugo
" Je dis, messieurs, que les réductions sur le budget spécial des sciences, des lettres et des arts sont mauvaises doublement : elles sont insignifiantes au point de vue financier, et nuisibles à tous les autres points de vue.
Ce système d'économies ébranle d'un seul coup tout cet ensemble d'institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du développement de la pensée française.
Et quel moment choisit-on pour mettre en question toutes ces institutions à la fois ? Le moment où elles sont plus nécessaires que jamais, le moment où, loin de les restreindre, il faudrait les étendre et les élargir.
Quel est le grand péril de la situation actuelle ? L'ignorance. L'ignorance encore plus que la misère (...). C'est à la faveur de l'ignorance que certaines doctrines fatales passent de l'esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau confus de multitudes.
Et c'est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu'on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l'ignorance ! Sur ce point, j'en appelle, je le répète, au sentiment de l'Assemblée. Messieurs, il n'y a pas que la prudence matérielle au monde. Les précautions grossières, les moyens de force, les moyens de police ne sont pas, Dieu merci, le dernier mot des sociétés civilisées.."
Bon ! Après Victor Hugo, je ne vais pas poser des mots à moi ! Ca aura réussi à me clouer le bec, et surtout à vous laisser méditer, et lire aussi l’article de la page suivante.
Patrice Verdure
Bec cloué

Mai 2010 : Breizh storming
Etant breton de racines normando-pariso-alsaciennes (je ne devrais pas me livrer comme çà, ça reste entre nous, hein !), je peux difficilement me permettre d’être un fanatique fervent trad pur beurre de la culture bretonne. Attention à ces convertis qui sont souvent les plus intégristes ! J’y suis sensible, je l’apprécie, serais prêt à me battre pour sa défense, mais je vibre plus à l’écoute de musiques modernes, de recherche, d’innovation, de croisements et de métissages... Et ça tombe bien parce que la musique bretonne est probablement celle qui a le plus de capacités et d’envies de s’associer aux cultures d’autres origines les plus diverses. C’est cet effet « bouillon de culture » qui me scotche à la Bretagne (arrête d’embêter ces messieurs-dames avec tes états d’âme persos !).
Alors vous comprendrez que vous présenter le mois de mai en Côtes d’Armor et Pays de Pontivy est pour moi un vrai régal, le mois de tous les genres. Côté culture bretonne, c’est quasiment un record : Gouel Breizh (ex Fest-Yves), 30 ans de SKV, Emvod, Ar Redadeg, Gouel Broadel, QuébeCeltie, la pêche à la morue, C’hoarioù Breizh (sports bretons), des disques bretonno-mix (Nolwenn Korbell, Darhaou, Oktopus, N’Diale, Katé Mé). Et puis on passe aussi par le rock le plus innovant (Art Rock, Roc’han Feu), l’Afrique (Complèt’ Mandingue), la marionnette italienne (Marionnet’Ic), les clarinettes et les bombardes du Monde (Glomel, Cléguérec), la country (Pontivy), Bretagne-Brésil (Locminé),...
Si vous ne disposez que de l’édition Côtes d’Armor ou du Pays de Pontivy, vous trouverez bien sûr les infos du territoire voisin sur cridelormeau.com.
Patrice Verdure
Citoyen du Monde
Avril 2010 : L’écrit de l’Ormeau
Récemment un auteur n’a pas apprécié la critique que j’avais faite de son roman. Ca me désole un peu, parce que c’est un auteur que j’aime bien, mais qui aime bien châtie bien. Il me reproche d’avoir raillé la forme de son livre et de n’avoir rien dit sur le fond. Ce n’est pas faux, oui, j’aurais pu, mais la façon dont il a traité son sujet m’a déplu, desservant la cause qu’il voulait défendre. Et comme c’était un livre plutôt du bord gauche, il en a conclu que j’étais de l’autre bord. Or, je ne suis ni de gauche ni de droite, bien au contraire, et pas du centre non plus. Je ne m’avouerai jamais au sein de ce journal d’une quelconque tendance politique : bien trop peur des représailles qu’une autorité influente pourrait nous infliger, pratique ancienne maintenant abolie mais on ne sait jamais. Courageux mais pas téméraire. Si certains croient discerner à travers nos écrits une tendance plutôt qu’une autre, c’est leur problème.
Combien de fois depuis que j’écris ce Cri de l’Ormeau n’ai-je pas été pris au piège de ce que j’avais écrit, combien de fois depuis ma naissance même ! Qui de nous, cher confrère, chère consœur, n’a jamais été compris de travers ? Le signal que j’émets passe par le filtre de ton entendement. Qui a dit "Une œuvre se forme à mi-chemin entre ce qu'a voulu dire un artiste et ce qu'a voulu voir un spectateur" (a- Confucius, b- Marcel Duchamp, c- Dalida, d- Bernard-Henry Lévy, e- Bernadette Chirac, f- Mère Teresa, g- Georges Crachemulle ?
L’auteur dont je parlais au début n’a pas eu de chance, il faut l’avouer. Son livre aurait pu être traité par un de mes collègues à l’opinion complètement autre, ou par moi mais à un autre moment. La réceptivité que l’on a d’une œuvre peut être très différente à un moment ou à un autre. On est des humains sensibles sujets à des humeurs changeantes.
C’est un des messages que je veux essayer de faire passer auprès d’élèves de 4è d’un collège sud-finistérien que je suis chargé d’initier à l’art de la chronique de disque. Sous quelle forme va-t-il arriver à leur entendement ? On n’est pas peu fi ers, au Cri de l’Ormeau, de cette fonction de "passeur de culture" dont on s’est investis, passeur entre émetteurs et récepteurs de l’action culturelle. Mais c’est pas facile, bordel de merde !
Patrice Verdure
Go-between
Mars 2010 : L’année du buffle est terminée
Il y a 200 ans, Napoléon faisait de Pontivy un centre administratif important, voulant mettre en œuvre
un dessein pacificateur et civilisateur dans une région en proie aux troubles civils : une ville nouvelle, nombreuses administrations, routes, chemin de fer, canal du Blavet, canal de Nantes à Brest... Maintenant le Pays de Pontivy cherche à consolider l’action culturelle de son territoire, par une série d’actions réunies sous le nom de projet Mil Tamm. S’est ainsi créé le besoin d'un organe de communication pour faire état de cette vitalité culturelle. C'est le Cri de l'Ormeau qui va se charger de cette fonction, et qui en est particulièrement fier.
Cette nouvelle édition sera un bimestriel jusqu'à fi n 2010. Et en janvier 2011 ça devrait évoluer en écho de la culture de tout le Morbihan. Le Pays de Pontivy aura alors été le fer de lance, le levier, le moteur de notre développement sur le Morbihan, et peut-être ailleurs en Bretagne, qui sait ?
Ca fait 11 ans qu’on exhorte les Costarmoricains à aller voir les spectacles et expos qui leur sont proposés. On va maintenant exhorter les Nord-Morbihannais, avant d’aller exhorter plus loin. Si vous me répondez "j’ai pas l’temps", je vous répondrai "c’est une question de choix", et si vous me dîtes "j’ai pas les moyens"ou "j’y comprends rien à ces trucs d’intellos", la réponse sera moins simple, on en débattra.
Ensemble nous allons contredire Goebbels qui sortait son révolver quand il entendait le mot culture, pour suivre Francis Blanche qui sortait sa culture quand il entendait le mot révolver.
Nous sommes entrés dans l’année du tiger et ça nous stimule.
Patrice Verdure
Né aussi une année du tigre
Février 2010 : Ecriture automatique
...tique...toc... Non, pas un tic ni un toc, réponds-je du tac au tac... l’habitude d’aller voir un spectacle ou une expo n’est pas une maladie nerveuse. C’est même bon pour la santé mentale. La toque du chef cuisinier, la baguette du chef d’orchestre, le rythme, le swing, le groove, la note juste du musicien, la diction, l’intonation du comédien, le pinceau, la palette du peintre, la corde vocale du chanteur, la gouge du sculpteur, le stylo, le clavier de l’écrivain, la plume du poète, le déclic, l’objectif du photographe... tout le monde sait utiliser ces outils, mais c’est quand-même bien quand ils sont utilisés de belle façon, non ?
Le Cri de l’Ormeau repère et répertorie (allitération en r) les artisans talentueux de ces outils qui œuvrent dans le territoire qui t’est accessible à toi, lecteur. Les crieurs que nous sommes sont fiers d’aider quelques dizaines de milliers de personnes à aller vivre des émotions artistiques.
J’ai vu un bambin de 2 ans pleurer de peur en début d’un spectacle de a. k. entrepôt fait pour eux. Ce spectacle était remarquablement bien fait, tellement qu’un adulte aussi peut y trouver du plaisir, tellement bien que le bambin s’est progressivement calmé, observant, riant enfin. Il a reçu sa première initiation au spectacle, ses premiers émois artistiques. Il n’est jamais trop tôt pour ça, et il faudra continuer pour conforter une chance d’être ouvert à l’art et la culture, qui lui permettra de devenir un humain réfléchi, critique, imaginatif, ouvert, ce qui est un avantage dans la vie pour exister dans ce monde difficile, un avantage au moins aussi important que l’argent. Objection : où est l’ouverture et la tolérance quand on se souvient qu’il y avait aussi des artistes chez les Nazis, et chez pas mal de gens réacs ?
Si le hasard t’a fait naître... disons par exemple... Haïtien, tu auras peut-être un peu plus de mal à vivre la vie du petit Guingampais culturé dont je viens de parler (et pourtant il y a beaucoup d’artistes en Haïti). Il faudrait reformuler la première phrase de l’article 1 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Ce droit est inaliénable, mais il y a des handicaps.
Ecriture automatique, tactique pratique d’écriture pas toc, t’es au taquet, t’es un peu toqué mais t’attaques par un truc qui te fait tiquer, tu t’entêtes et tac, t’as le ticket !
Patrice Verdure
Type toqué
Janvier 2010 : Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas faire quelque chose qu’il ne faut pas le faire
On n’est pas des journalistes, pas des graphistes, pas des webmasters, pas des commerciaux, pas des gestionnaires, pas des artistes, pas des organisateurs de spectacles, pas des vidéastes, pas des secrétaires, pas des politiques, pas des riches, pas des pauvres, pas des menteurs, pas des hâbleurs, pas des fainéants, mais on est devenus un peu tout ça, sauf la dernière qualité. On pourrait dire que c’est le profil-type d’un Ormeau, mais bien sûr on ne l’a pas formulé comme ça dans l’offre d’embauche qu’on a récemment lancée. Quoi ? Une embauche ! Ben oui ! On va maintenant s’intéresser au Morbihan (c’est le scoop 2010), et il faut ça (voir article page suivante).
Si j’en reviens maintenant au titre de cette chronique, il faut bien avouer qu’il est idiot, et surtout là pour interpeller, pour provoquer. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il faut manipuler cette maxime avec moult précautions, surtout pas la prendre au pied de la lettre. En effet on voit quotidiennement tellement d’incompétences à l’œuvre, donnant des résultats catastrophiques ! Je rappelle que c’est en partie dû au principe de Peter, décrit dans l’édito de novembre*. Mais les grandes compétences ne sont pas à l’abri de l’échec non plus.
Ca me rappelle cette autre maxime de Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». J’entends ici que ce n’est pas parce que tu as acquis une bonne technique que tu vas t’en servir avec talent, grâce, harmonie.
Science et humanité, deux cultures isolées.
La pensée du mois. L’esplanade du Théâtre de verdure (sans majuscule !) dans le parc des Promenades à Saint-Brieuc vient d’être baptisée Esplanade Patrick Dewaere, en hommage à l’acteur français né par hasard dans cette ville un dimanche de 1947. Est-ce pour qu’à Saint-Brieuc la mémoire de Patrick Dewaere dure ?
Patrice Verdure
Pas triste
Quelques éditos des temps passés
Par curiosité, vous pouvez (re)lire quelques textes éditoriaux que nous avons commis ces derniers mois.
éditos d'avant 2008éditos 2008éditos 2009