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Moi, fest-noz, ma vie, mon oeuvre

30 juin 2016

Et si on faisait parler le fest-noz, qu’est ce qu’il dirait ?

Moi, fest-noz, ma vie, mon oeuvre


Je suis né au mitan des années 1950, ou plutôt disons que c’était une renaissance. Avant, j’étais une aimable réjouissance campagnarde à laquelle s’adonnaient ceux qui avaient participé aux travaux agricoles : moissons, foins, arrachage des pommes de terre ou réfection de l’aire à battre. J’ai été porté sur les fonts baptismaux à Poullaouën, en centre-Bretagne, par Loeiz Roparz, un enseignant qui souhaitait remettre à l’honneur les chanteurs de kan ha diskan qui avaient bercé sa jeunesse. Cette auto-greffe fut un réel succès tant et si bien que d’autres co-parrains me donnèrent des cousins un peu partout en Basse-Bretagne. Une nouvelle forme m’avait été donnée. Désormais, c’est dans les salles de bal, avec une sono, que ma résurrection s’opérait. Ce n’était pas un miracle pour autant, car il faut croire que je répondais à un besoin de fête, de danses, de chansons, bref de lien social comme on dit maintenant.


Ma première renaissance étant actée, il fallut attendre les années 1970 pour qu’un autre parrain fasse germer une nouvelle génération. Il avait imaginé des habits modernes à ma musique, jusqu’à faire danser l’Olympia à Paris, rendez-vous compte, le temple du music-hall ! Alan Stivell, sonneur de bombarde, de cornemuse et harpiste, engendra une véritable déferlante de musique bretonne. A présent, les comités des fêtes, les clubs de foot, et même les anciens d’Algérie me trouvaient des tas de vertus, notamment financières. C’est vrai que mes bénéfices étaient parfois coquets. Les sonneurs de bombarde et de binioù, et les chanteurs, sillonnaient le pays pour m’animer, mais ils se voyaient concurrencés par de nouveaux venus : les groupes "folk" comme on les appelait. Certes il restait des bombardes, mais on leur ajoutait des guitares, des basses, des accordéons. Ils portaient des noms fleurant bon le terroir : Sonerien Du, Diaouled ar Menez, Bleizi Ru, Dir ha Tan… Je dois avouer qu’il y avait là-dedans à boire et à manger, entre justesse approximative et guitare sommaire. Mais les meilleurs ont tenu le coup, et d’ailleurs, je les vois encore régulièrement sur mes scènes du samedi soir. Les plus anciens, les fameux Sonerien Du, écument la scène depuis 1972 et vous pourrez certainement les croiser cet été.


Je commençais à ronronner lorsque je fus réveillé de ma torpeur par l’électricité d’un groupe de nouveaux venus, Ar Re Yaouank. Mes gavottes, laridés et autres dañs plinn s’enflammèrent de rythmiques rock et le public des jeunes me revint comme par enchantement. Trop bien ! A tel point que je me demandais si je n’allais pas remplacer les night-clubs dans le cœur des jeunes. Et ça draguait sur mes parquets, ce qui n’était pas pour me déplaire.


Figurez-vous que je suis même passé au rang de Patrimoine Immatériel de l’Humanité, rien que ça ! C’est l’Unesco qui m’a accordé cette distinction. Ben si je m’attendais à un tel raout lors de mon intronisation à Paris… Même les politiques s’enorgueillissaient de cette promotion (comme s’ils avaient quelque chose à voir là-
dedans). Je m’en contrefiche un peu, du moment qu’on me laisse faire danser le samedi soir.


Chez moi, pas de chichis ! On entre dans la danse, et on essaie de copier le pas des voisins. Sachez toutefois qu’on ne coupe pas un couple dans une ronde : la cavalière se tient à la droite de son cavalier et la bienséance veut qu’on les laisse à leur complicité. Mais pas de panique, certaines fêtes prévoient des séances d’apprentissage où tout le monde peut s’initier aux principales danses, histoire de se mettre en train avant les travaux pratiques du samedi soir.


Quoi qu’il en soit, Unesco ou pas, à la ville ou à la campagne, à 50 ou à 5000, connaissez-vous des lieux-lien comme moi ? Il me vient souvent un délicieux frisson lorsqu’au creux de ma folle farandole j’aperçois un couple entamer une conversation. Les mains se tiennent serrées en parlant leur langage, la foule à l’entour danse et crie sa joie, et qui sait, peut-être se tisse en ce moment la plus belle des histoires d’amour ?


Le fest-noz
Propos recueillis par Michel Toutous


Retrouvez les festoù-noz de l’été dans l’agenda sur www.cridelormeau.com



© Myriam Jégat

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