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1 - Le mystère du bus fantôme
2 - Le secret de la caverne oubliée
3 - La liste rouge
4 - L'énigme du 7è chiffre
5 - Malo prend un coup de vieux
6 - La nuit du 6 août
7 - Le bain de la belle Maryvonne
8 - Rien qu'une petite lueur
9 - Il faut savoir finir une brève
10 - Et le septième jour...
PANIQUE CHEZ LES CARTOPHILES
Neuvième épisode : Il faut savoir finir une brève

L’eau montait dans la cave, ils en avaient déjà aux chevilles. Et ça continuait dehors, d’après ce qu’ils pouvaient en juger par ce qui leur arrivait par le vasistas. Un orage du feu de Dieu qui pétait des flammes. Et l’eau montait, montait… Il pleuvait ! Ils étaient collés dans la bouillasse. Dans la flotte et la boue ils perdaient leurs godasses. Et il pleuvait, pleuvait toujours. O soldats de mes deux ! Orages désirés ! (Mais je m’égare comme disait Paul Deschanel en regardant passer les trains. Revenons à nos béliers.)
Et en parlant de béliers, ils se précipitaient tous contre la porte en hurlant qu’ils ne voulaient pas crever noyés comme des chiens. Au secours ! Au secours ! Ils en avaient même oublié les femmes et les enfants d’abord. Chacun pour soi et tous pour moi ! Seul Ballantine essayait de garder son calme et de sauver ce qui pouvait l’être. Au moins sa dignité… Et sa dignité pour l’instant avait l’apparence d’une jeune et jolie journaliste qu’il avait déjà envisagée dans le chaos et qui s’accrochait à lui.
- Ne vous inquiétez pas ! Je suis là !
Il pleuvait et l’eau montait toujours. Comme une grappe de corbeaux sur une charogne, les cartophiles et leurs commensaux s’agglutinaient contre cette fichue porte qui ne voulait décidément pas s’ouvrir. L’eau atteignait déjà la deuxième marche. Plus qu’une, et après… Et puis, brusquement, enfin, le battant fut tiré vers l’intérieur, comme si quelque Ali Baba en eut trouvé le sésame. Ils se retrouvèrent tous le cul dans l’eau et se mirent à patauger à qui mieux mieux. Certains firent même quelques belles bulles. Comme dirait encore une fois Ji Pi Two, le jaloux.
Ballantine fut le premier dehors avec sa belle naïade autour du cou. En passant la porte, il eut un flash : « La clé était à l’intérieur ! ! ! »
Et pendant ce temps ? Malo ? Et bien justement il était à l’intérieur ! Mais beaucoup plus tranquille, à l’intérieur de sa voiture avec Marion, occupé à faire, pour la enième fois de cette foutue histoire, le bilan de tout ça. Dehors l’orage tonnait depuis déjà un bon moment et ils avaient épuisé les banalités d’usage sur le temps qui n’est plus ce qu’il était et ces orages d’été qui sont toujours imprévisibles. Ils cogitaient ferme en attendant que la pluie cesse : « Il y a donc, conclut Malo, une deuxième série de cartes postales, comme l’atteste ce « Marivonne-bis », qui aurait été vendue à ce Ponsail du Terron dont auquel t’as fait allusion, Marion, comme étant un des participants du voyage tragique et pas n’importe lequel comme tu me l’as fait remarqué, avec ton à-propos coutumier, puisqu’il s’agit ni plus ni moins du président du carto-club briochin, personnage célèbre du microcosme susdit, ex juge, ex conseiller municipal, et ci-devant membre honoraire du conseil paroissial. Ouf ! »
- Oui. Du beau linge, comme tu vois.
- Bon. Mais si on en sait un peu plus, on ne sait toujours pas ce que représente cette série, ni où sont passés les collectionneurs et leurs accompagnateurs.

Et bien justement, les collectionneurs et leurs accompagnateurs étaient en train de faire irruption dans une vaste salle humide, usés, crottés, épuisés, mais sains et saufs. Et vociférant. Et s’insurgeant comme aurait dit Jules Vallès. Sauvés du flux qui montait inexorablement dans la cave, ils reprenaient leurs véhémence en même temps que leurs esprits. C’est un scandale ! Ah ils vont m’entendre ! Mais que fait la police ? Au milieu de cette cohue, Ballantine s’affairait auprès de la jolie journaliste mais il ne pouvait s’empêcher de penser. « La clé était à l’intérieur ! » Et une autre phrase venait s’immiscer dans ses pensées : « Non ! Ce n’est pas moi ! La deuxième série ! La deuxième série ! » Ce type, là, comment il s’appelait déjà ? Ponsail du Terron… Il semblait décidément savoir quelque chose… Ballantine chercha des yeux le type qui devait bien être prostré dans un coin, comme d’habitude. Mais rien, pas de Ponsail du Terron. Dehors ? Personne. Et d’ailleurs il pleuvait comme vache folle qui pisse et personne n’était, semble-t-il, sorti. Il eut une brusque poussée d’adrénaline Renaud qui aurait cherché désespérément sa cabanne au Canada. Il se précipita vers la cave. Mais trop tard. Il n’y avait là qu’un cadavre. Entre deux eaux. Noyé pensif qui ballotait d’un coin à l’autre de la cave. Il ne douta pas un instant que ce fut Ponsail du Terron. Et un de plus sur la liste !

Et bien justement, la liste des occupants du bus, Malo et marion étaient, une nouvelle fois, en train de l’étudier. Ils avaient déjà biffé quelques noms qui ne leur paraissaient pas digne d’intérêt. et malgré tout ils se retrouvaient avec encore une bonne dizaine de noms. Surtout, bien sûr, des noms de collectionneurs.
- Et ce Ballantine, là ? Vous savez qui c’est, Marion ?
- Ben je dois vous dire que j’ai déjà entendu ce nom quelque part. Ou je l’ai déjà lu… mais impossible de le remettre. Un observateur étranger ?
- Ouais ! Ca sonne barbare. Mais c’est pas une raison… On n’est quand même pas dans un complot international !
- Donc, à part ce type qu’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam…
- Ben on a une dizaine de noms. Dont celui de Ponsail du Terron.
- Et les autres ?
- On a éliminé les jeunes. Oui, je sais, c’est arbitraire ! Mais faut bien prendre des décisions, parce que sinon on s’en sortira jamais de cette histoire !
- O.K. Donc une dizaine… On est bien avancé !
- Non. On n’est pas plus avancé ! Tant qu’on n’a pas découvert où se cachent toute la smala. Ce qu’il faudrait, tiens, c’est un coup de fil, comme ça, qui viendrait du ciel et qui nous dirait…

Et bien justement, à cet instant, le portable de Malo stridula.
- Oui ?… C’est moi… Ben on est en plein boulot… Quoi ?… Non ?… C’est pas vrai !… Ben alors !… Et comment qu’on y va !.. Ouais, ouais, je rappelle !… C’était mon contact au journal. On vient de retrouver tout le monde ! Les pompiers qui vérifiaient les caves inondées du côté de Lannion, au bord du Léguer. Ils ont été surpris par une bande de types affolés qui ont surgi d’une vieille maison abandonnée… C’était nos cartophiles.
- Et vous disiez qu’ils étaient dans une île !
- Nobody’s perfect ! Fausse piste ! Ecran de fumée ! Et nous, on a donné dans le panneau. Allez ! On fonce !
- En espérant que cette sacrée pluie cesse !

Et bien justement, l’orage cessa comme par enchantement. Un arc-en-ciel illuma d’un seul coup le gris qui se déchira pour laisser la place à un bleu monochrome du plus bel effet. Tous nos cartophiles éreintés étaient maintenant entassés dans la salle principale d’un bistrot qui jouxtait la maison mystérieuse. Ils étaient assis devént des boissons revigorantes, qui un café, qui un thé, un cognac, et même y’en avait un, sans doute encore transporté par l’événement, qui s’était risqué à un coca. Il faut vivre dangereusement.
Le bistrot était entouré de bagnoles de flics, enfin arrivés, d’ambulances qui se chamaillaient la pratique, de voitures rutilantes de pompiers. Les gyrophares lançaient leurs éclairs bleutés. On se croisait dans tous les sens, on courait, on perfusait, on enveloppait de couvertures, la routine, quoi !
Et Ballantine se demandait qui avait ouvert la porte de l’intérieur et qui avait, certainement, poussé le pauvre Ponsail du Terron dans la flotte.
Le substitut du procureur fit irruption dans le bistrot, accompagné d’un capitaine de police et d’un greffier chafouin.
- Que personne ne bouge ! Il y a eu mort d’homme ! Vous êtes tous témoins !
« Et il y a un coupable aussi là-dedans, pensa Ballantine, un coupable qu’il va bien falloir découvrir… »

Et bien justement, à cet instant, malo et Marion découvraient le tableau. Le ballet des bagnoles et l’enfournement du pauvre Ponsail du Terron dans une ambulance qui démarra en trombe avec un pimpon strident.
- C’est qui ? Interrogea Malo.
- Un type qui s’est ou qui a été noyé lui répondit le toubib qui le connaissait ( qui connaissait Malo …) Un certain… Attends… Ponson du Terrail… Ou plutôt non, Ponsail du Terron, c’est ça.
- Non ?

Et voilà ! Avouez que ça s’éclaircit, non ? Et justement, en parlant d’éclaircie, la brume se dissipera enfin dans le prochain épisode des aventures de Malo Cran’ : Et le septième jour…, comme dirait Dieu, s’il existait.