|
Leau montait dans la cave, ils en avaient déjà
aux chevilles. Et ça continuait dehors, daprès
ce quils pouvaient en juger par ce qui leur arrivait
par le vasistas. Un orage du feu de Dieu qui pétait
des flammes. Et leau montait, montait
Il pleuvait
! Ils étaient collés dans la bouillasse. Dans
la flotte et la boue ils perdaient leurs godasses. Et il pleuvait,
pleuvait toujours. O soldats de mes deux ! Orages désirés
! (Mais je mégare comme disait Paul Deschanel
en regardant passer les trains. Revenons à nos béliers.)
Et en parlant de béliers, ils se précipitaient
tous contre la porte en hurlant quils ne voulaient pas
crever noyés comme des chiens. Au secours ! Au secours
! Ils en avaient même oublié les femmes et les
enfants dabord. Chacun pour soi et tous pour moi ! Seul
Ballantine essayait de garder son calme et de sauver ce qui
pouvait lêtre. Au moins sa dignité
Et sa dignité pour linstant avait lapparence
dune jeune et jolie journaliste quil avait déjà
envisagée dans le chaos et qui saccrochait à
lui.
- Ne vous inquiétez pas ! Je suis là !
Il pleuvait et leau montait toujours. Comme une grappe
de corbeaux sur une charogne, les cartophiles et leurs commensaux
sagglutinaient contre cette fichue porte qui ne voulait
décidément pas souvrir. Leau atteignait
déjà la deuxième marche. Plus quune,
et après
Et puis, brusquement, enfin, le battant
fut tiré vers lintérieur, comme si quelque
Ali Baba en eut trouvé le sésame. Ils se retrouvèrent
tous le cul dans leau et se mirent à patauger
à qui mieux mieux. Certains firent même quelques
belles bulles. Comme dirait encore une fois Ji Pi Two, le
jaloux.
Ballantine fut le premier dehors avec sa belle naïade
autour du cou. En passant la porte, il eut un flash : «
La clé était à lintérieur
! ! ! »
Et pendant ce temps ? Malo ? Et bien justement il était
à lintérieur ! Mais beaucoup plus tranquille,
à lintérieur de sa voiture avec Marion,
occupé à faire, pour la enième fois de
cette foutue histoire, le bilan de tout ça. Dehors
lorage tonnait depuis déjà un bon moment
et ils avaient épuisé les banalités dusage
sur le temps qui nest plus ce quil était
et ces orages dété qui sont toujours imprévisibles.
Ils cogitaient ferme en attendant que la pluie cesse : «
Il y a donc, conclut Malo, une deuxième série
de cartes postales, comme latteste ce « Marivonne-bis
», qui aurait été vendue à ce Ponsail
du Terron dont auquel tas fait allusion, Marion, comme
étant un des participants du voyage tragique et pas
nimporte lequel comme tu me las fait remarqué,
avec ton à-propos coutumier, puisquil sagit
ni plus ni moins du président du carto-club briochin,
personnage célèbre du microcosme susdit, ex
juge, ex conseiller municipal, et ci-devant membre honoraire
du conseil paroissial. Ouf ! »
- Oui. Du beau linge, comme tu vois.
- Bon. Mais si on en sait un peu plus, on ne sait toujours
pas ce que représente cette série, ni où
sont passés les collectionneurs et leurs accompagnateurs.
Et bien justement, les collectionneurs et leurs accompagnateurs
étaient en train de faire irruption dans une vaste
salle humide, usés, crottés, épuisés,
mais sains et saufs. Et vociférant. Et sinsurgeant
comme aurait dit Jules Vallès. Sauvés du flux
qui montait inexorablement dans la cave, ils reprenaient leurs
véhémence en même temps que leurs esprits.
Cest un scandale ! Ah ils vont mentendre ! Mais
que fait la police ? Au milieu de cette cohue, Ballantine
saffairait auprès de la jolie journaliste mais
il ne pouvait sempêcher de penser. « La
clé était à lintérieur !
» Et une autre phrase venait simmiscer dans ses
pensées : « Non ! Ce nest pas moi ! La
deuxième série ! La deuxième série
! » Ce type, là, comment il sappelait déjà
? Ponsail du Terron
Il semblait décidément
savoir quelque chose
Ballantine chercha des yeux le
type qui devait bien être prostré dans un coin,
comme dhabitude. Mais rien, pas de Ponsail du Terron.
Dehors ? Personne. Et dailleurs il pleuvait comme vache
folle qui pisse et personne nétait, semble-t-il,
sorti. Il eut une brusque poussée dadrénaline
Renaud qui aurait cherché désespérément
sa cabanne au Canada. Il se précipita vers la cave.
Mais trop tard. Il ny avait là quun cadavre.
Entre deux eaux. Noyé pensif qui ballotait dun
coin à lautre de la cave. Il ne douta pas un
instant que ce fut Ponsail du Terron. Et un de plus sur la
liste !
Et bien justement, la liste des occupants du bus, Malo et
marion étaient, une nouvelle fois, en train de létudier.
Ils avaient déjà biffé quelques noms
qui ne leur paraissaient pas digne dintérêt.
et malgré tout ils se retrouvaient avec encore une
bonne dizaine de noms. Surtout, bien sûr, des noms de
collectionneurs.
- Et ce Ballantine, là ? Vous savez qui cest,
Marion ?
- Ben je dois vous dire que jai déjà entendu
ce nom quelque part. Ou je lai déjà lu
mais impossible de le remettre. Un observateur étranger
?
- Ouais ! Ca sonne barbare. Mais cest pas une raison
On nest quand même pas dans un complot international
!
- Donc, à part ce type quon ne connaît
ni dEve ni dAdam
- Ben on a une dizaine de noms. Dont celui de Ponsail du Terron.
- Et les autres ?
- On a éliminé les jeunes. Oui, je sais, cest
arbitraire ! Mais faut bien prendre des décisions,
parce que sinon on sen sortira jamais de cette histoire
!
- O.K. Donc une dizaine
On est bien avancé !
- Non. On nest pas plus avancé ! Tant quon
na pas découvert où se cachent toute la
smala. Ce quil faudrait, tiens, cest un coup de
fil, comme ça, qui viendrait du ciel et qui nous dirait
Et bien justement, à cet instant, le portable de Malo
stridula.
- Oui ?
Cest moi
Ben on est en plein boulot
Quoi ?
Non ?
Cest pas vrai !
Ben alors
!
Et comment quon y va !.. Ouais, ouais, je rappelle
!
Cétait mon contact au journal. On vient
de retrouver tout le monde ! Les pompiers qui vérifiaient
les caves inondées du côté de Lannion,
au bord du Léguer. Ils ont été surpris
par une bande de types affolés qui ont surgi dune
vieille maison abandonnée
Cétait
nos cartophiles.
- Et vous disiez quils étaient dans une île
!
- Nobodys perfect ! Fausse piste ! Ecran de fumée
! Et nous, on a donné dans le panneau. Allez ! On fonce
!
- En espérant que cette sacrée pluie cesse !
Et bien justement, lorage cessa comme par enchantement.
Un arc-en-ciel illuma dun seul coup le gris qui se déchira
pour laisser la place à un bleu monochrome du plus
bel effet. Tous nos cartophiles éreintés étaient
maintenant entassés dans la salle principale dun
bistrot qui jouxtait la maison mystérieuse. Ils étaient
assis devént des boissons revigorantes, qui un café,
qui un thé, un cognac, et même yen avait
un, sans doute encore transporté par lévénement,
qui sétait risqué à un coca. Il
faut vivre dangereusement.
Le bistrot était entouré de bagnoles de flics,
enfin arrivés, dambulances qui se chamaillaient
la pratique, de voitures rutilantes de pompiers. Les gyrophares
lançaient leurs éclairs bleutés. On se
croisait dans tous les sens, on courait, on perfusait, on
enveloppait de couvertures, la routine, quoi !
Et Ballantine se demandait qui avait ouvert la porte de lintérieur
et qui avait, certainement, poussé le pauvre Ponsail
du Terron dans la flotte.
Le substitut du procureur fit irruption dans le bistrot, accompagné
dun capitaine de police et dun greffier chafouin.
- Que personne ne bouge ! Il y a eu mort dhomme ! Vous
êtes tous témoins !
« Et il y a un coupable aussi là-dedans, pensa
Ballantine, un coupable quil va bien falloir découvrir
»
Et bien justement, à cet instant, malo et Marion découvraient
le tableau. Le ballet des bagnoles et lenfournement
du pauvre Ponsail du Terron dans une ambulance qui démarra
en trombe avec un pimpon strident.
- Cest qui ? Interrogea Malo.
- Un type qui sest ou qui a été noyé
lui répondit le toubib qui le connaissait ( qui connaissait
Malo
) Un certain
Attends
Ponson du Terrail
Ou plutôt non, Ponsail du Terron, cest ça.
- Non ?
|