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1 - Le mystère du bus fantôme
2 - Le secret de la caverne oubliée
3 - La liste rouge
4 - L'énigme du 7è chiffre
5 - Malo prend un coup de vieux
6 - La nuit du 6 août
7 - Le bain de la belle Maryvonne
8 - Rien qu'une petite lueur
9 - Il faut savoir finir une brève
10 - Et le septième jour...
PANIQUE CHEZ LES CARTOPHILES
Huitième épisode : Rien qu'une petite lueur

- Encore un peu de café ?
- Oui. Merci… Un sucre.
C’était le matin. De quel jour ? Malo était bien en peine de le dire. Il était en train de constater que, depuis le début de cette histoire, il avait un peu perdu la notion du temps. Comme tout le monde. Et que, finalement, tout ça tournait un peu en rond parce qu’il se retrouvait encore chez Marion, encore à boire un café. Il avait l’impression d’avoir déjà vécu cet épisode…
- On est quand ?
- Je sais pas trop… Mais il est sept heures du mat’ ça j’en suis sûre ! Trop tôt… Vous dormez jamais, vous ? Vous n’avez aucune pitié.
- Et encore ! J’ai carillonné pendant au moins une demie-heure à votre porte. Vous avez le sommeil lourd.
Ils terminèrent leur café/thé (cf chap.VI). Puis Marion s’esquiva pour quelque occupation ablutionnaire.
Malo essaya de mettre de l’ordre dans le puzzle. Mais il avait beau faire, il manquait toujours une ou deux pièces, les plus importantes bien sûr ! Et il se retrouvait avec un paysage incomplet, sans sens. Et, par dessus le marché comme aurait dit Jean-Pierre Gaillard, il se retrouvait, lui, Malo, dans ce putain de tableau. Où, quand, comment, pourquoi ? « Sûr que si un écrivain avait voulu raconter cette histoire, ben il serait bien emmerdé, là ! Comment se sortir de ce sacré sac de nœuds ? »
Il s’approcha de la salle se bain.
- Marion ?
Seul une sorte de gargouillis lui répondit, quelque chose entre le cri du cochon le soir au-dessus des auges et le miaulement du chaton éperdu sur un toit branlant. Il n’insista pas, mais il se mit à réfléchir tout haut derrière la porte, dans le bruit de l’eau qui coulait. « O.K, y’a encore des zones d’ombre. Mais on est tous les deux d’accord pour dire qu’il s’agit d’une histoire de cartes postales. Et que ça a sans doute à voir avec cette fameuse série de « La belle Marivonne. ». Par exemple une série qui la continue, ce qui expliquerait la suite des chiffres : 2531, 2532, etc… Et quelqu’un, qui ?, veut se procurer cette série… Mais pourquoi ? Et pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Et où aller ?… »
- Moncontour !
- Hein ?
Paumé dans ses pensées, il fut surpris par une Marion anadyomène, mais pudiquement enveloppée dans une large serviette.
- Faut retourner à Moncontour ! Rappelez-vous, le capitaine !… Jules Miziouche ! Il était photographe !
- Et alors ?
- Ben. Vous croyez pas qu’il a à voir avec tout ça ? Carte postale, photographe, allons, Malo, réveillez-vous !
- Mais bien sûr ! Il serait au courant de l’histoire de cette série !… Mais il est mort ! !
- Faut chercher dans ses papiers. Un fichier quelconque, des dossiers, je sais pas moi !
- T’as raison, Marion ! T’as trois minutes pour être sortable. Et en avant !
- Tiens ? On se tutoie Maintenant ?
- C’est l’histoire qui avance… T’inquiète.

* * *

Toujours dans le même quelque part, la même cave, gigantesque, sombre et humide.

Le rouquin Ballantine laissait son regard errer sur ses compagnons d’infortune. Il y avait là, entassé dans cet espace confiné, un mélange assez détonnant d’humanité. Quelques vieux beaux, sans doute derniers rejetons d’une noblesse plus ou moins déchue, de la Moulardière par exemple qui n’en finissait pas de geindre, ou un autre dont il ne connaissait pas le nom – il n’avait pas encore été appelé par la Voix – qui restait prostré dans son coin. D’autres plus insignifiants. Des collectionneurs de cartes postales bien sûr, assez âgés pour la plupart. Puis les officiels, délégués, assistants et -tantes, chargé(e)s de mission, un ou deux élus, de babord et de tribord, un curé à l’air machiavélique, une journaliste hystérique, un autre rachitique, mais pas de raton-laveur. Un grand désordre règnait dans cet ensemble. Chacun avait voulu d’abord être le grand ordonnateur de ce désastre. Mais ça faisait trop. Alors on boudait, on rechignait, on reguimbait, piaffait, grognait, ronchonnait. Et finalement, chacun pour soi. Dieu (s’il existe ) reconnaîtra les siens ! Ca cacophonait sec et ça odorait dur ! On se battait pour l’eau, le pain, son mètre carré d’espace, le rayon de soleil qui perçait parfois la lucarne cartonnée et qui enveloppait tout d’une espèce d’ombre jaune menacante. Bef, pensait Ballantine, on était dans un roman populaire, du Eugène Sue ou du Gaston Leroux ! La cour des miracles ! Manquait plus qu’une petite phrase énigmatique…
La porte grinça sur la bouche d’ombre juste à cet instant, et la voix appela.
- SUIVANT ! Ponsail du Terron !
Le prostré se prostra davantage.
- Non ! Pas moi ! J’ai rien à voir avec tout ça ! La deuxième série ! Je veux pas… Pas moi !
On le poussa malgré tout. Chacun son tour enfin ! On y était tous passés… Aucune raison…
On entendit encore ses cris après que la porte se fut refermée… « La deuxième série ! La deuxième série. C’est pas moi !… » Et Ballantine se dit que, décidément, cette histoire devenait de plus en plus énigmatique et qu’il se serait bien tapé un petit wiskhy.

* * *

- Chuttt !… Allons…
- Pas de ma faute.
Marion venait de laisser tomber un dossier. Ils se figèrent brusquement comme une crème anglaise gélatinisée. Seul un silence tombal répondit à leur angoisse.
- Tu peux pas faire attention ! Tu sais bien qu’on n’a pas le droit d’être là. La maison d’un mort…
- Un suicidé. Officiellement. Pendu par désespoir, ou ennui. C’est ce qu’ils ont dit dans les canards.
- Ouais. Enfin, ils n’avaient pas la carte postale.
- En fait, si on réfléchit bien, ça veut rien dire. C’est p’têt’ lui, Miziouche, qui se l’est épinglée, comme un dernier adieu. Good bye, cruel world !
- Ecoute, Marion, j’te rappelle que c’est toi qui…
- O.K ! O.K ! On continue à chercher alors. Mais ça va être duraille dans tout ce bordel.
Effectivement, c’était le bordel. Des piles et des piles de dossiers entassés, des centaines de bouquins, de revues, de journaux, des caisses, des boites, des classeurs, y’en avait partout, dans les chambres, l’escalier, le salon, la cave, le grenier. Ils étaient là depuis au moins une heure et ils ne savaient pas vraiment comment commencer.
- Tiens, regarde, il avait le bouquin de Baud, tu sais, Une Bretagne si étrange.
- Montre.
- Attends ! Ah ! Il y a même une dédicace : « Pour Jules. M. Miziouche, sans qui ce livre n’aurait pas existé. Signé : les auteurs reconnaissants. » C’est drôle, hein ?
Marion feuilletait l’ouvrage.
- Mais… Regarde, il y a des annotations à la main. « Acheté à Z. Baron… Vendu à L. Bocquet… Et plus loin : De la Moulardière, Ballantine, Delic… Et… Bingo ! ! ! »
- C’est un drôle de nom ça. Ca doit être…
- Malo, te moque pas ! Regarde, le roman-photo de Marivonne. Merde c’est sur fond noir, difficile à lire. Attends. Vendu à R… C’est barré ! Illisible ! Putain de merde !
- Marion ! ! ! Montre-moi, j’te dis ! Ouais, t’as raison, difficile…
Malo tourna la page, désabusé, comme si l’histoire allait s’arrêté là, dans une impasse, un lit-clos, le lit de la belle Marivonne. Mais :
- Là ! Regarde ! Y’a quelque chose d’inscrit : « Marivonne-bis, 2532/2537 : Ponsail du Terron. 20.000 ». Ce nom…
- Il est dans la liste, la liste des participants au colloque. J’en suis sûre !

Et alors ? On est bien avancé. Qui est ce Ponsail du Terron ? Et ce Ballantine ? Et que dit la Bouche D’ombre ? Et que fait la police ?

A suivre dans le Chapitre IX : Il faut savoir finir une brève.