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1 - Le mystère du bus fantôme
2 - Le secret de la caverne oubliée
3 - La liste rouge
4 - L'énigme du 7è chiffre
5 - Malo prend un coup de vieux
6 - La nuit du 6 août
7 - Le bain de la belle Maryvonne
8 - Rien qu'une petite lueur
9 - Il faut savoir finir une brève
10 - Et le septième jour...
PANIQUE CHEZ LES CARTOPHILES
Septième épisode : Le bain de la belle Maryvonne

Quelque part, dans une cave gigantesque, sombre et humide.
Le vieil homme, fatigué, se laissa tomber sur son matelas miteux, aux côtés de ses compagnons d'infortune. Son costume, maintenant aussi fripé que son visage, ne parvenait même plus à donner l'illusion d'un reste de dignité. La captivité portait un sérieux coup à la noble prestance de Gabriel de la Moulardière, collectionneur respecté du milieu de la carte postale. Respecté, mais pour l'instant épuisé, affamé et déboussolé. Beaucoup pour un homme de quatre-vingt deux ans. L'aspect croulant du vénérable n'empêcha pas ses voisins les plus valides de lui tomber dessus.
- Et alors ? Qu'est ce qu'ils vous ont fait ?
- Ils vous ont fouillé ?
- Combien sont-ils ?
- Que veulent-ils ?
Allongé sur le dos, le teint rendu cireux par la lumière diffuse émanant de l'unique ampoule de l'endroit, de la Moulardière leva faiblement le bras pour faire cesser le flot de questions.
- Messieurs, je ne vous souhaite pas de vivre ce que je viens de vivre. Nous avons de toute évidence affaire à une bande de malotrus. Tout ceci est vraiment rocambolesque... et scandaleux ! J'ai été obligé de livrer mes dernières pièces, et en plus d'en préciser l'origine. Comme s'il était dans mes habitudes d'écumer les vide-greniers, moi, Gabriel de la Moulardière...
- Bref, vous n'en savez pas plus que nos amis déjà interrogés.
- Non. Mais j'ai tout de même l'impression que nos deux gougnafiers recherchent quelque chose de bien précis.
- Deux ? Avec moi, ils étaient trois. Et il me semble bien que...
Un grincement sinistre de gonds mal huilés interrompit la discussion.
- SUIVANT ! Robert Ballantine !
Un grand rouquin à la silhouette massive se déplia et passa le chambranle en baissant la tête. La porte de la cave se referma sur lui avec un craquement lugubre du plus bel effet.

*
- Ah ! La belle Marivonne ! Une merveille de mise en scène !
De retour au cartopole pour rendre la pile de livres empruntés, Marion et Malo avaient réussi à se faire accorder un petit entretien pour obtenir plus de renseignements sur une série de six cartes reproduites dans Une Bretagne si étrange. Six cartes qui allaient sûrement lever une partie du mystère de la disparition des cartophiles, ils en étaient persuadés...
Le jeune directeur du musée semblait avoir oublié ses problèmes d'informatique et s'était lancé dans une explication enthousiaste sur les six cartes composant Le Bain de la belle Marivonne, appartenant à la série des Contes du Lit clos, d'Emile Hamonic.
- Des séries comme celles-ci, on en trouvait à la pelle ! Elles amusaient les gens, et n'étaient pas bien difficiles à réaliser. Et pas non plus besoin de sortir de l'Actor's Studio pour devenir une star sur papier timbré !
- N'empêche que là, observa Marion, le tournage a dû être physique, vu la corpulence de la belle Marivonne.
Malo Cran' détailla une fois de plus les cartes, numérotées 2526 à 2531. Elles formaient une petite histoire en six saynètes animées, dans laquelle Marivonne, veuve de marin vivant avec son beau-père rhumatisant, se déshabille pour gagner le premier étage de son lit clos. Fatigué des remontrances de la bru à son encontre, le beau-père se venge en retirant l'escabeau servant à Marivonne pour gagner sa couche. Et au petit matin, l'infortunée pose le pied dans le vide et se retrouve le derrière dans un baquet rempli d'eau. Ricanements du rhumatisant.
- Bon, ça volait pas haut, concéda le jeune homme devant l'air concentré de Malo, mais ça vaut les romans-photos de maintenant. Et on reste correct, vous noterez bien.
Malo nota bien. Ce n'étaient en effet, ni l'effeuillage soft de la veuve, ni ce morceau de sein opulent qu'il sut voir, qui auraient pu présider à la création d'une ligue de guidance morale. Mais ce n'était pas cela qui faisait froncer les sourcils au journaliste. Mais plutôt :
- Dites-moi, la série, elle est terminée, là ?
- Le bain de la belle Marivonne, tel que vous l'avez sous les yeux, forme un tout.
- Vous êtes sûr qu'il n'y a pas un autre numéro derrière, avec une autre carte ? La 2532 ?
- Oh, ça, c'est la numérotation chez l'éditeur de l'époque, Hamonic. Il y a sûrement eu un numéro 2532. Mais il s'agit alors d'une autre histoire, il y a fort à parier.
- Avec Marivonne ?
- Ou son beau père, je ne sais pas. Je ne connais pas les références par coeur, mais je pourrais retrouver. C'est important ?
Malo croisa le regard de Marion. Elle avait visiblement suivi les pensées du reporter, et donna l'explication à sa place à leur interlocuteur. Sans aller jusqu'à évoquer le cadavre de Francis Le Guen trouvé sur la plage par Malo, elle indiqua la suite de chiffre se terminant par un "2532 ?" tracée non loin d'un "Marivonne".
- Voilà qui est troublant, avoua le jeune homme. Mais vous savez, la série peut être celle d'un autre éditeur, et dans ces années-là, tout le monde sortait des cartes postales, le cafetier, le boulanger, tous les lieux où elles se vendaient en fait... Mais bon, notre brave Marivonne n'était pas partout. Il faudrait que je fasse quelques recherches approfondies...
- Oui, et si...
Une sonnerie de portable vint interrompre la conversation. C'était celui du gardien des lieux.
- Bon ... Ok ... J'arrive.
Puis à l'adresse de Malo et de Marion :
- Désolé, mais je vais devoir vous laisser. Mais vous m'intriguez. Dès que je peux je vous recontacte, pour cette histoire de série. Que vous n'ayez pas fait le voyage pour rien...
- C'était très instructif, merci, fit sobrement Malo. A bientôt !
Le couple regagna le parking en silence. Chacun perdu dans ses pensées. Marion se lança la première.
- Je crois que je commence à comprendre...
- Ca tombe bien : moi aussi.
- Et bien, à vous l'honneur cette fois...

Et vous, cher lecteur ? Vous y comprenez quelque chose ?

N'hésitez pas à envoyer vos solutions au Cri de l'Ormeau avant le prochain épisode : Rien qu'une petite lueur...