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Résumé des épisodes précédents
C'est Marion qui s'en charge, dans une vingtaine de lignes...
- Ah, une bonne nuit, rien de tel pour vous remettre les idées
en place. J'ai l'impression d'avoir dormi pendant deux mois.
Marion s'étirait devant les vestiges de son petit dèj',
un sachet de thé détrempé posé
dans une soucoupe, un emballage de beurre demi-sel chiffonné
et quelques miettes de croissant insuffisantes à nourrir
la mouette effrontée qui lorgnait sur la table depuis
la fenêtre de sa cuisine.
- Vous reprenez un café ?
Malo acquiesça d'un signe de tête. Il était
arrivé à l'heure chez Marion - c'est elle qui
avait fixé le rendez-vous - mais n'avait pas eu sa
chance : sa nuit avait été peuplée de
fantômes de résistants, de bigorneaux carnivores
et de cartes postales aux paysages à la légende
indéchiffrable. Et ce méga-orage pour l'empêcher
de trouver le sommeil. Sûr qu'un deuxième petit
noir lui ferait du bien, surtout au moment de se mettre en
route pour Baud et son cartopole.
- Pas de refus. Mais dites-moi, vous qui m'avez l'air en forme,
si vous me résumiez un peu la situation, histoire de
voir si j'arrive aux mêmes conclusions que vous ? Et
puis, ça vous fera un petit exercice de synthèse.
- Ben voyons. Va pour le résumé, mais pour les
conclusions j'écouterai les vôtres en premier,
et je vous donnerai mon avis. Ok ? Bon, j'y vais.
Malo se cala confortablement sur sa chaise, les oreilles grandes
ouvertes. Et les yeux aussi, un peu, car Marion s'était
parée d'un débardeur mauve moulant qui déconcentrait
un peu le journaliste.
- Donc, voici où nous en sommes : un car de cartophiles
costarmoricains, en route pour un important congrès
de la carte postale à Perros Guirrec se volatilise
dans la nature. Pas de nouvelles pendant deux jours, jusqu'à
ce que vous, Malo Cran', receviez un coup de fil qui nous
montre la voie. Le mystérieux correspondant n'a pas
menti puisque nous retrouvons le car dans une grotte pas loin
de Binic, paré d'un étrange message. Avec en
prime une cassette de la part de celui que nous ne pouvons
qu'appeler monsieur X...
Marion s'interrompit juste pour attendre les signes d'une
approbation chez Malo. Qui ne vinrent pas. Elle reprit.
- Là-dessus, vous n'en faites qu'à votre tête
et décidez de suivre une trace sanguinolente, qui vous
conduit tout droit au cadavre d'un habitué des petits
fours, cette fois la bouche pleine de bigorneaux et avec à
la main, une feuille maculée d'une suite de chiffres
incompréhensibles. Et à deux pas du mort, un
prénom sur le sable, Marivonne. Entre temps, j'écoute
la cassette, qui en fait d'instructions annoncées ne
contient qu'un message où il est encore question de
bigorneaux, et d'un capitaine. C'est là que votre sagacité
nous met sur la piste d'un ancien militaire, habitant Moncontour.
Mais là encore, nous arrivons comme la cavalerie, en
retard, et on n'a plus qu'à ramasser le vieux capitaine
au bout de sa corde. Et récupérer notre dernier
indice : une carte postale ancienne de Moncontour manuscrite
"6 août. mémento". Une nouvelle fois
votre perspicacité fait merveille puisque je vous cite
de mémoire, "la solution est dans les cartes postales"
et doit nous mener cette fois, vers Baud, et son conservatoire
régional de la carte postale. Voilà pour le
résumé.
Marion fixait Malo d'un air moqueur. Ses yeux pétillaient
de malice dans l'attente du verdict.
- Mmmm. Pas mal du tout. Tout y est. Je suis un peu trop mis
en avant à mon goût dans votre récit,
et je me demande d'ailleurs comment je dois le prendre...
- Comme vous le voulez.... Alors, vos conclusions ?
Malo Cran' vida sa tasse, la reposa avec un geste solennel
et prit un air concentré.
- Mon petit, tout cela me paraît extrêmement embrouillé,
et même si je commence à voir un embryon de réponse
se profiler, reste une question fondamentale depuis le début
de cette affaire : pourquoi moi ?
- Quoi, pourquoi moi ?
- Eh bien oui, pourquoi suis-je celui que le ravisseur a décidé
de contacter ? Je ne suis pas le seul journaliste sur la place
bretonne, tout de même. Quelque chose m'échappe,
là...
- Et l'embryon de réponse ? Dois-je attendre son arrivée
à terme pour moi aussi connaître les joies de
la vérité ?
- Patience... A Baud, nous aurons fait un grand pas. Du moins
je l'espère...
***
Moins de deux heures plus tard, les enquêteurs franchirent
le panneau de la petite ville avec un soupir de satisfaction.
Ils n'eurent aucun mal à trouver le cartopole, bien
signalisé. Ils se garèrent sur le parking du
conservatoire, curieusement désert. Malo eut comme
un pressentiment. Qui se confirma sur la porte vitrée
du musée : "FERME POUR CAUSE D'ORAGE".
- Ah non, mais je rêve ! C'est malin ! Toutes ces bornes
pour rien ! Mais je n'ai pas dit mon dernier mot... Je vois
de la lumière là-bas. Z'ont intérêt
à rappliquer.
Et Malo Cran' d'enfoncer d'un index rageur la sonnette. Jusqu'à
ce que quelqu'un en effet, rapplique. Un jeune barbu, arborant
un catogan du plus bel effet, un air éveillé
et un tantinet contrarié.
- Désolé, nous sommes fermés.
Malo allait commencer à grogner lorsque Marion lui
coupa la parole sous le pied et usa de toute sa persuasion
pour convaincre le jeune homme de les laisser entrer. Ça
faillit marcher.
- Vraiment désolé, mais tout notre système
informatique est en rade et je suis tout seul ce matin. Revenez
en fin d'après midi. Mais si vous avez vraiment besoin
de renseignements sur la carte postale bretonne, attendez...
Il s'éclipsa pour revenir quelques minutes plus tard,
les bras chargés d'une pile de bouquins.
- Voilà ! Un peu plus d'un siècle d'histoire
de la carte postale. Laissez-moi une pièce d'identité
et je vous laisse consulter ça jusqu'à seize
heures.
Marion laissa au jeune homme, son permis de conduire et à
Malo, la trentaine d'ouvrages qui pesait son poids. Et les
deux journalistes filèrent au café le plus proche.
- Bon, lâcha Marion en s'affalant sur une banquette,
qu'est ce qu'on cherche ?
Malo prit le premier livre sur la pile "Les Côtes
du Nord des origines à nos jours" et s'y plongea.
- 6 août. Mémento. Dixit la carte trouvée
sur le capitaine. Il s'est passé pas mal de choses
ce 6 août 1944 dans notre département. Surtout
la nuit. Je suis persuadé qu'il nous suffit de remettre
la main sur la bonne carte, et tout l'écheveau se démêlera.
Deux heures et trois sandwichs plus tard, ils y étaient
encore, et l'enthousiasme et la concentration commençaient
à retomber.
- Voyons, Marion, pas là-dedans, vous ne trouverez
rien ! On a dit la période 1939-1945, voire 50. Votre
bouquin, là, il couvre la période 1900-1920,
et rien qu'avec des sujets farfelus...
- Peut-être, mais il me plaît bien ce livre. Il
porte bien son titre, Une Bretagne si étrange. Tiens,
vous connaissiez "La Pierre des cocus" de Trégunc
?
- Marion...
- Bon, bon, je vous embête plus. Mais je finis quand
même. Juste les images.
Malo soupira. Autant de résignation devant l'entêtement
de la jeune femme que devant ces pages qu'il tournait, tournait,
avec comme résultat, l'impression de tourner... en
rond.
Treize heures. Ils furent tirés de leurs recherches
par le générique des actualités régionales,
sur la télévision que le tenancier venait d'allumer.
La voix du présentateur envahit la salle.
" Rebondissement dans l'affaire des cartophiles disparus.
Les enquêteurs viennent de retrouver à Moncontour
le cadavre d'un ancien photographe , Jules Miziouche, et sont
désormais sur une très sérieuse piste,
comme nous le confirmera le reportage de notre envoyé
spécial dans quelques instants..."
- Bon sang ! s'écria Malo. C'est notre capitaine !
Un ancien photographe ! Mais tout s'éclaire !
La voix de Marion le tira de ses réflexions. Une voix
faible, comme chargée d'émotion.
- Malo, je... je crois que j'ai mieux.
Elle était arrivée à la fin d'Une Bretagne
si étrange. Là, six photos lui sautaient au
visage. Six cartes postales numérotées de 2526
à 2531. Avec pour vedette une Marivonne... Elle retourna
le livre. Malo resta sans voix.
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