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1 - Le mystère du bus fantôme
2 - Le secret de la caverne oubliée
3 - La liste rouge
4 - L'énigme du 7è chiffre
5 - Malo prend un coup de vieux
6 - La nuit du 6 août
7 - Le bain de la belle Maryvonne
8 - Rien qu'une petite lueur
9 - Il faut savoir finir une brève
10 - Et le septième jour...
PANIQUE CHEZ LES CARTOPHILES
Sixième épisode : La Nuit du 6 Août

Résumé des épisodes précédents
C'est Marion qui s'en charge, dans une vingtaine de lignes...
- Ah, une bonne nuit, rien de tel pour vous remettre les idées en place. J'ai l'impression d'avoir dormi pendant deux mois.
Marion s'étirait devant les vestiges de son petit dèj', un sachet de thé détrempé posé dans une soucoupe, un emballage de beurre demi-sel chiffonné et quelques miettes de croissant insuffisantes à nourrir la mouette effrontée qui lorgnait sur la table depuis la fenêtre de sa cuisine.
- Vous reprenez un café ?
Malo acquiesça d'un signe de tête. Il était arrivé à l'heure chez Marion - c'est elle qui avait fixé le rendez-vous - mais n'avait pas eu sa chance : sa nuit avait été peuplée de fantômes de résistants, de bigorneaux carnivores et de cartes postales aux paysages à la légende indéchiffrable. Et ce méga-orage pour l'empêcher de trouver le sommeil. Sûr qu'un deuxième petit noir lui ferait du bien, surtout au moment de se mettre en route pour Baud et son cartopole.
- Pas de refus. Mais dites-moi, vous qui m'avez l'air en forme, si vous me résumiez un peu la situation, histoire de voir si j'arrive aux mêmes conclusions que vous ? Et puis, ça vous fera un petit exercice de synthèse.
- Ben voyons. Va pour le résumé, mais pour les conclusions j'écouterai les vôtres en premier, et je vous donnerai mon avis. Ok ? Bon, j'y vais.
Malo se cala confortablement sur sa chaise, les oreilles grandes ouvertes. Et les yeux aussi, un peu, car Marion s'était parée d'un débardeur mauve moulant qui déconcentrait un peu le journaliste.
- Donc, voici où nous en sommes : un car de cartophiles costarmoricains, en route pour un important congrès de la carte postale à Perros Guirrec se volatilise dans la nature. Pas de nouvelles pendant deux jours, jusqu'à ce que vous, Malo Cran', receviez un coup de fil qui nous montre la voie. Le mystérieux correspondant n'a pas menti puisque nous retrouvons le car dans une grotte pas loin de Binic, paré d'un étrange message. Avec en prime une cassette de la part de celui que nous ne pouvons qu'appeler monsieur X...
Marion s'interrompit juste pour attendre les signes d'une approbation chez Malo. Qui ne vinrent pas. Elle reprit.
- Là-dessus, vous n'en faites qu'à votre tête et décidez de suivre une trace sanguinolente, qui vous conduit tout droit au cadavre d'un habitué des petits fours, cette fois la bouche pleine de bigorneaux et avec à la main, une feuille maculée d'une suite de chiffres incompréhensibles. Et à deux pas du mort, un prénom sur le sable, Marivonne. Entre temps, j'écoute la cassette, qui en fait d'instructions annoncées ne contient qu'un message où il est encore question de bigorneaux, et d'un capitaine. C'est là que votre sagacité nous met sur la piste d'un ancien militaire, habitant Moncontour. Mais là encore, nous arrivons comme la cavalerie, en retard, et on n'a plus qu'à ramasser le vieux capitaine au bout de sa corde. Et récupérer notre dernier indice : une carte postale ancienne de Moncontour manuscrite "6 août. mémento". Une nouvelle fois votre perspicacité fait merveille puisque je vous cite de mémoire, "la solution est dans les cartes postales" et doit nous mener cette fois, vers Baud, et son conservatoire régional de la carte postale. Voilà pour le résumé.
Marion fixait Malo d'un air moqueur. Ses yeux pétillaient de malice dans l'attente du verdict.
- Mmmm. Pas mal du tout. Tout y est. Je suis un peu trop mis en avant à mon goût dans votre récit, et je me demande d'ailleurs comment je dois le prendre...
- Comme vous le voulez.... Alors, vos conclusions ?
Malo Cran' vida sa tasse, la reposa avec un geste solennel et prit un air concentré.
- Mon petit, tout cela me paraît extrêmement embrouillé, et même si je commence à voir un embryon de réponse se profiler, reste une question fondamentale depuis le début de cette affaire : pourquoi moi ?
- Quoi, pourquoi moi ?
- Eh bien oui, pourquoi suis-je celui que le ravisseur a décidé de contacter ? Je ne suis pas le seul journaliste sur la place bretonne, tout de même. Quelque chose m'échappe, là...
- Et l'embryon de réponse ? Dois-je attendre son arrivée à terme pour moi aussi connaître les joies de la vérité ?
- Patience... A Baud, nous aurons fait un grand pas. Du moins je l'espère...

***

Moins de deux heures plus tard, les enquêteurs franchirent le panneau de la petite ville avec un soupir de satisfaction. Ils n'eurent aucun mal à trouver le cartopole, bien signalisé. Ils se garèrent sur le parking du conservatoire, curieusement désert. Malo eut comme un pressentiment. Qui se confirma sur la porte vitrée du musée : "FERME POUR CAUSE D'ORAGE".
- Ah non, mais je rêve ! C'est malin ! Toutes ces bornes pour rien ! Mais je n'ai pas dit mon dernier mot... Je vois de la lumière là-bas. Z'ont intérêt à rappliquer.
Et Malo Cran' d'enfoncer d'un index rageur la sonnette. Jusqu'à ce que quelqu'un en effet, rapplique. Un jeune barbu, arborant un catogan du plus bel effet, un air éveillé et un tantinet contrarié.
- Désolé, nous sommes fermés.
Malo allait commencer à grogner lorsque Marion lui coupa la parole sous le pied et usa de toute sa persuasion pour convaincre le jeune homme de les laisser entrer. Ça faillit marcher.
- Vraiment désolé, mais tout notre système informatique est en rade et je suis tout seul ce matin. Revenez en fin d'après midi. Mais si vous avez vraiment besoin de renseignements sur la carte postale bretonne, attendez...
Il s'éclipsa pour revenir quelques minutes plus tard, les bras chargés d'une pile de bouquins.
- Voilà ! Un peu plus d'un siècle d'histoire de la carte postale. Laissez-moi une pièce d'identité et je vous laisse consulter ça jusqu'à seize heures.
Marion laissa au jeune homme, son permis de conduire et à Malo, la trentaine d'ouvrages qui pesait son poids. Et les deux journalistes filèrent au café le plus proche.
- Bon, lâcha Marion en s'affalant sur une banquette, qu'est ce qu'on cherche ?
Malo prit le premier livre sur la pile "Les Côtes du Nord des origines à nos jours" et s'y plongea.
- 6 août. Mémento. Dixit la carte trouvée sur le capitaine. Il s'est passé pas mal de choses ce 6 août 1944 dans notre département. Surtout la nuit. Je suis persuadé qu'il nous suffit de remettre la main sur la bonne carte, et tout l'écheveau se démêlera.
Deux heures et trois sandwichs plus tard, ils y étaient encore, et l'enthousiasme et la concentration commençaient à retomber.
- Voyons, Marion, pas là-dedans, vous ne trouverez rien ! On a dit la période 1939-1945, voire 50. Votre bouquin, là, il couvre la période 1900-1920, et rien qu'avec des sujets farfelus...
- Peut-être, mais il me plaît bien ce livre. Il porte bien son titre, Une Bretagne si étrange. Tiens, vous connaissiez "La Pierre des cocus" de Trégunc ?
- Marion...
- Bon, bon, je vous embête plus. Mais je finis quand même. Juste les images.
Malo soupira. Autant de résignation devant l'entêtement de la jeune femme que devant ces pages qu'il tournait, tournait, avec comme résultat, l'impression de tourner... en rond.
Treize heures. Ils furent tirés de leurs recherches par le générique des actualités régionales, sur la télévision que le tenancier venait d'allumer. La voix du présentateur envahit la salle.
" Rebondissement dans l'affaire des cartophiles disparus. Les enquêteurs viennent de retrouver à Moncontour le cadavre d'un ancien photographe , Jules Miziouche, et sont désormais sur une très sérieuse piste, comme nous le confirmera le reportage de notre envoyé spécial dans quelques instants..."
- Bon sang ! s'écria Malo. C'est notre capitaine ! Un ancien photographe ! Mais tout s'éclaire !
La voix de Marion le tira de ses réflexions. Une voix faible, comme chargée d'émotion.
- Malo, je... je crois que j'ai mieux.
Elle était arrivée à la fin d'Une Bretagne si étrange. Là, six photos lui sautaient au visage. Six cartes postales numérotées de 2526 à 2531. Avec pour vedette une Marivonne... Elle retourna le livre. Malo resta sans voix.

Tient-on enfin une piste ? Ou deux ? N'est-ce pas un peu trop, d'ailleurs? Et Malo, retrouvera-t-il la parole ?

Vous le saurez, on espère, dans le prochain épisode des aventures de Malo Cran' : Le Bain de la belle Marivonne.