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- Mais quest-ce que cest que cette bouillie ?
Malo et Marion se regardèrent avec des yeux comme des
soucoupes volantes dans un ciel dX-files.
Ne sortait du lecteur high-tech sus nommé quun
embrouillamini de sons et de bruits, avec, parfois, des courts
morceaux dune musique indéfinissable.
- Ben, dîtes donc, cest pas un technicien hors
pair, celui qui a fait ça !
- Ou celle qui a fait ça ! Ca peut tout aussi bien
être une femme ! Noubliez pas Maryvonne !
- Oui, bien sûr, tas raison, Marion. Mais je dois
avouer que là, je sens pas vraiment la main féminine,
cest plutôt du brut de décoffrage, ya
pas de doigté dans la finition ! En général
les femmes mettent plus de classe dans lélimination
des gêneurs. Ou bien elles ratent leur coup !
- Macho ! Mais, attendez, ça vient là ! Juste
après le début de la chanson
Au milieu des grincements stridulants ils distinguèrent
quelques mots dune vieille scie yé-yé
:
" Laissons la plage aux romantiques
Ce soir, jai envie de taimer !
Laissons
"
Puis le silence. Et une voix :
" A la tête des bigorneaux marchait le capitaine.
A la bigorne ils allèrent doù seul il
revint. " Puis de nouveau : "
je veux taimer
à mon idée ". Stop.
- Cest tout ?
- Oui, cest tout ! Et faîtes-moi confiance, je
me suis farci le reste, tout le hit-parade des années
60. Du sirop à gerber ! Jai pas envie de remettre
ça.
- La voix ? Allez-y encore, pour voir !
Rewind. Stop. Play. " Ce soir, jai envie de taimer
" Et la phrase énigmatique avec une voix à
peine audible, haut perchée, entêtée.
- Bien sûr il ou elle a déguisé sa voix.
Inutile de chercher. La seule chose quon sait cest
qu'il ou elle est un admirateur ou -trice de Guy Mardel.
- Cest pas Guy Mardel, cest Franck Alamo. Guy
Mardel cest " Les neiges du Kilimanjaro. "
- Et Alamo cest " Biche ma Biche. "
- En tout cas cest pas Guy Mardel !
*
- Mais non cest pas Lucky Blondo ! Lui cest "
Jolie Petite Sheila, cest toi qui a pris mon cur
! "
- Jacky Moulière ?
- Et pourquoi pas Jean Sablon ? Non, moi je vote pour Monty
!
- Enfin une chose est sûre, cest pas Johnny. Attention
!
- Si vous croyez que cest facile sans pare-brise !
Ils roulaient presque au pas en direction de Saint-Brieuc.
Après lécoute de la cassette-mystère,
ils avaient récupéré la vieille 205 de
Malo qui avait dailleurs brusquement encore vieilli
en quelques heures, pare-brise et phares éclatés,
ailes défoncées. Heureusement le nemrod libidineux
et irascible navait pas pensé aux pneus. Mais
cétait quand même pas facile, comme venait
de le signifier Malo. Bref, ils roulaient au pas en direction
de Saint-Brieuc. Malo sarc-boutait au volant et Marion
relisait régulièrement le message quils
avaient recopié sur le carnet du journaliste. Mais
rien ne venait. Aucune lueur, aucun sens
Arrivés
à hauteur de Pordic, Malo bifurqua brusquement.
- Je croyais quon rentrait à Saint-Brieuc ?
- Une idée comme ça ! Jai un pote à
la médiathèque de Pordic. On va peut-être
pouvoir se documenter.
*
Bien plus tard, le crépuscule du soir les surprit sur
la route en direction de Moncontour. Ils avaient dépassé
Quessoy depuis déjà un bon moment et dun
seul coup la petite cité de caractère leur apparut
comme un chromo. Lourdes et lentes des tranches de brumes
sinstallaient et les remparts médiévaux
semblaient sertis dans de la ouate. Cétait beau.
Malo soliloquait un récapitulatif pendant que Marion
se démenait au volant de la Fiat Panda que leur avait
prêtée le pote de Pordic. " Un cur
dor ! " avait dit Malo qui déblatérait
: "
donc Le Grand Larousse de la Langue Française
nous dit : " Bigorneau : soldat de linfanterie
de marine " et " la bigorne : bataille, bagarre.
" Et nous voici sur la piste dun capitaine de linfanterie
de marine qui serait allé au combat avec ses hommes
et qui aurait été le seul survivant. "
- Mais pourquoi Moncontour ?
- Parce que, et voilà une belle leçon de journalisme
pour vous, ma petite Marion, parce que je me suis souvenu
dun article qui a été fait il y a quelques
années, quand on célébrait le cinquantenaire
de la libération de la région
un article
à propos dune figure célèbre de
cette histoire, un capitaine qui avait joué un rôle
dans tout ce merdier.
- Un capitaine des bigorneaux ?
- Bigorneaux ou crabes-tambours ou requins-marteaux, jen
sais fichtrement rien. Mais qui ne risque rien
- En fait on va au pif !
- Peut-être mais je me dis que le message doit être
malgré tout facile à déchiffrer, sinon
il naurait aucune raison dêtre. On veut
nous dire quelque chose. Non, vous nentrez pas dans
la ville, vous continuez. On va prendre par le haut, du côté
de la maison de retraite. A gauche, là !
La petite maison grise nétait pas imposante.
Et malgré tout ils eurent une drôle dimpression
en traversant le jardin dagrément qui la jouxtait.
Déjà la grille avait grincé sinistrement,
et maintenant ils sapercevaient que la porte était
entrouverte ! " Capitaine ! "
Rien, aucune
réponse, seul un silence imposant régnait, lourd
comme un lendemain de Tchernobyl. Malo allait pousser la porte
lorsqu'une boule noire roula entre ses jambes en éructant
et lui fit perdre léquilibre. Il en tomba sur
le cul. La boule avait déjà disparu avec un
miaulement sinistre. Marion s'esclaffa.
- Cest rien quun chat !
- Oui. Mais un chat noir !
Ils pénétrèrent dans un couloir envahi
dobjets hétéroclites. Cest à
peine sils pouvaient avancer dans ce bazar. " Capitaine
! Capitaine ! ! ! ". Personne ne répondait. Et
personne ne pouvait répondre en fait. Cest ce
quils ont compris quand ils ont découvert le
Capitaine dans la première pièce qui souvrait
devant eux. Il était là le Capitaine, et bien
là ! Mais la corde quil avait autour du cou et
qui le suspendait au plafond laurait de toute façon
empêché de répondre. Même sil
lavait voulu. Cest alors quils prirent conscience
de lodeur et Marion se précipita dehors en portant
la main à sa bouche. Malo, qui en avait vu dautres,
sapprocha du suspendu. Son regard avait accroché
du premier coup une sorte de carte qui était fixée
au revers du veston
il se dressa sur la pointe des pieds
et se saisit de la carte
Cest alors que le ciel lui tomba sur la tête et
il glissa dans un néant vert.
- Malo ! Malo ! ! ! Réveillez-vous
Bon sang,
vous mavez fait peur !
- Quest-ce qui sest passé ?
- Ben, cest le pendu ! Je crois quil sest
détaché et quil vous est tombé
dessus. Il aurait pu vous tuer. Je crois quon ferait
mieux de dégager fissa.
- Vous avez raison, Marion ! De toute façon il ne nous
dira rien maintenant. Et puis je crois que le message a été
transmis. Allons !
Plus tard encore sur la route.
- Et alors ? Quest-ce quon fait ? Vous avez parlé
de message
Malo montra alors la carte quil avait décroché
du cadavre. Et Marion y lut cette inscription calligraphiée
: " 6 août. Memento. " Le recto représentait
une vue ancienne de Moncontour.
- Je suis de plus en plus certain que la solution est dans
les cartes postales. Donc direction Baud !
- Baud ?
- Le Cartopôle de Baud. Les spécialistes de la
carte postale ancienne et tutti quanti. Mais dabord
dodo ! Demain sera un autre jour et nous aurons le temps de
faire le bilan de tout ça avant darriver à
Baud.
Marion somnolait déjà après toutes ces
émotions. Mais soudain elle se redressa en hurlant
: " Hervé Vilard ! Hervé Vilard ! ! ! Je
lsavais que cétait pas Monty ! "
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