.
1 - Le mystère du bus fantôme
2 - Le secret de la caverne oubliée
3 - La liste rouge
4 - L'énigme du 7è chiffre
5 - Malo prend un coup de vieux
6 - La nuit du 6 août
7 - Le bain de la belle Maryvonne
8 - Rien qu'une petite lueur
9 - Il faut savoir finir une brève
10 - Et le septième jour...
PANIQUE CHEZ LES CARTOPHILES
Cinquième épisode : Malo prend un coup de vieux

- Mais qu’est-ce que c’est que cette bouillie ?
Malo et Marion se regardèrent avec des yeux comme des soucoupes volantes dans un ciel d’X-files.
Ne sortait du lecteur high-tech sus nommé qu’un embrouillamini de sons et de bruits, avec, parfois, des courts morceaux d’une musique indéfinissable.
- Ben, dîtes donc, c’est pas un technicien hors pair, celui qui a fait ça !
- Ou celle qui a fait ça ! Ca peut tout aussi bien être une femme ! N’oubliez pas Maryvonne !
- Oui, bien sûr, t’as raison, Marion. Mais je dois avouer que là, je sens pas vraiment la main féminine, c’est plutôt du brut de décoffrage, y’a pas de doigté dans la finition ! En général les femmes mettent plus de classe dans l’élimination des gêneurs. Ou bien elles ratent leur coup !
- Macho ! Mais, attendez, ça vient là ! Juste après le début de la chanson…
Au milieu des grincements stridulants ils distinguèrent quelques mots d’une vieille scie yé-yé :
" Laissons la plage aux romantiques
Ce soir, j’ai envie de t’aimer !
Laissons… "
Puis le silence. Et une voix :
" A la tête des bigorneaux marchait le capitaine. A la bigorne ils allèrent d’où seul il revint. " Puis de nouveau : " … je veux t’aimer à mon idée ". Stop.
- C’est tout ?
- Oui, c’est tout ! Et faîtes-moi confiance, je me suis farci le reste, tout le hit-parade des années 60. Du sirop à gerber ! J’ai pas envie de remettre ça.
- La voix ? Allez-y encore, pour voir !
Rewind. Stop. Play. " Ce soir, j’ai envie de t’aimer… " Et la phrase énigmatique avec une voix à peine audible, haut perchée, entêtée.
- Bien sûr il ou elle a déguisé sa voix. Inutile de chercher. La seule chose qu’on sait c’est qu'il ou elle est un admirateur ou -trice de Guy Mardel.
- C’est pas Guy Mardel, c’est Franck Alamo. Guy Mardel c’est " Les neiges du Kilimanjaro. "
- Et Alamo c’est " Biche ma Biche. "
- En tout cas c’est pas Guy Mardel !
*
- Mais non c’est pas Lucky Blondo ! Lui c’est " Jolie Petite Sheila, c’est toi qui a pris mon cœur ! "
- Jacky Moulière ?
- Et pourquoi pas Jean Sablon ? Non, moi je vote pour Monty !
- Enfin une chose est sûre, c’est pas Johnny. Attention !
- Si vous croyez que c’est facile sans pare-brise !
Ils roulaient presque au pas en direction de Saint-Brieuc. Après l’écoute de la cassette-mystère, ils avaient récupéré la vieille 205 de Malo qui avait d’ailleurs brusquement encore vieilli en quelques heures, pare-brise et phares éclatés, ailes défoncées. Heureusement le nemrod libidineux et irascible n’avait pas pensé aux pneus. Mais c’était quand même pas facile, comme venait de le signifier Malo. Bref, ils roulaient au pas en direction de Saint-Brieuc. Malo s’arc-boutait au volant et Marion relisait régulièrement le message qu’ils avaient recopié sur le carnet du journaliste. Mais rien ne venait. Aucune lueur, aucun sens… Arrivés à hauteur de Pordic, Malo bifurqua brusquement.
- Je croyais qu’on rentrait à Saint-Brieuc ?
- Une idée comme ça ! J’ai un pote à la médiathèque de Pordic. On va peut-être pouvoir se documenter.
*
Bien plus tard, le crépuscule du soir les surprit sur la route en direction de Moncontour. Ils avaient dépassé Quessoy depuis déjà un bon moment et d’un seul coup la petite cité de caractère leur apparut comme un chromo. Lourdes et lentes des tranches de brumes s’installaient et les remparts médiévaux semblaient sertis dans de la ouate. C’était beau. Malo soliloquait un récapitulatif pendant que Marion se démenait au volant de la Fiat Panda que leur avait prêtée le pote de Pordic. " Un cœur d’or ! " avait dit Malo qui déblatérait : " … donc Le Grand Larousse de la Langue Française nous dit : " Bigorneau : soldat de l’infanterie de marine " et " la bigorne : bataille, bagarre. " Et nous voici sur la piste d’un capitaine de l’infanterie de marine qui serait allé au combat avec ses hommes et qui aurait été le seul survivant. "
- Mais pourquoi Moncontour ?
- Parce que, et voilà une belle leçon de journalisme pour vous, ma petite Marion, parce que je me suis souvenu d’un article qui a été fait il y a quelques années, quand on célébrait le cinquantenaire de la libération de la région… un article à propos d’une figure célèbre de cette histoire, un capitaine qui avait joué un rôle dans tout ce merdier.
- Un capitaine des bigorneaux ?
- Bigorneaux ou crabes-tambours ou requins-marteaux, j’en sais fichtrement rien. Mais qui ne risque rien…
- En fait on va au pif !
- Peut-être mais je me dis que le message doit être malgré tout facile à déchiffrer, sinon il n’aurait aucune raison d’être. On veut nous dire quelque chose. Non, vous n’entrez pas dans la ville, vous continuez. On va prendre par le haut, du côté de la maison de retraite. A gauche, là !
La petite maison grise n’était pas imposante. Et malgré tout ils eurent une drôle d’impression en traversant le jardin d’agrément qui la jouxtait. Déjà la grille avait grincé sinistrement, et maintenant ils s’apercevaient que la porte était entrouverte ! " Capitaine ! "… Rien, aucune réponse, seul un silence imposant régnait, lourd comme un lendemain de Tchernobyl. Malo allait pousser la porte lorsqu'une boule noire roula entre ses jambes en éructant et lui fit perdre l’équilibre. Il en tomba sur le cul. La boule avait déjà disparu avec un miaulement sinistre. Marion s'esclaffa.
- C’est rien qu’un chat !
- Oui. Mais un chat noir !
Ils pénétrèrent dans un couloir envahi d’objets hétéroclites. C’est à peine s’ils pouvaient avancer dans ce bazar. " Capitaine ! Capitaine ! ! ! ". Personne ne répondait. Et personne ne pouvait répondre en fait. C’est ce qu’ils ont compris quand ils ont découvert le Capitaine dans la première pièce qui s’ouvrait devant eux. Il était là le Capitaine, et bien là ! Mais la corde qu’il avait autour du cou et qui le suspendait au plafond l’aurait de toute façon empêché de répondre. Même s’il l’avait voulu. C’est alors qu’ils prirent conscience de l’odeur et Marion se précipita dehors en portant la main à sa bouche. Malo, qui en avait vu d’autres, s’approcha du suspendu. Son regard avait accroché du premier coup une sorte de carte qui était fixée au revers du veston… il se dressa sur la pointe des pieds et se saisit de la carte…
C’est alors que le ciel lui tomba sur la tête et il glissa dans un néant vert.
- Malo ! Malo ! ! ! Réveillez-vous… Bon sang, vous m’avez fait peur !
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Ben, c’est le pendu ! Je crois qu’il s’est détaché et qu’il vous est tombé dessus. Il aurait pu vous tuer. Je crois qu’on ferait mieux de dégager fissa.
- Vous avez raison, Marion ! De toute façon il ne nous dira rien maintenant. Et puis je crois que le message a été transmis. Allons !
Plus tard encore sur la route.
- Et alors ? Qu’est-ce qu’on fait ? Vous avez parlé de message…
Malo montra alors la carte qu’il avait décroché du cadavre. Et Marion y lut cette inscription calligraphiée : " 6 août. Memento. " Le recto représentait une vue ancienne de Moncontour.
- Je suis de plus en plus certain que la solution est dans les cartes postales. Donc direction Baud !
- Baud ?
- Le Cartopôle de Baud. Les spécialistes de la carte postale ancienne et tutti quanti. Mais d’abord dodo ! Demain sera un autre jour et nous aurons le temps de faire le bilan de tout ça avant d’arriver à Baud.
Marion somnolait déjà après toutes ces émotions. Mais soudain elle se redressa en hurlant : " Hervé Vilard ! Hervé Vilard ! ! ! Je l’savais que c’était pas Monty ! "

Que signifie cette nouvelle et mystérieuse inscription ? Qui a tué le Capitaine ? Que va-t-il se passer à Baud ? Et puis quoi encore ?

Vous le saurez – peut-être – en lisant le prochain épisode des aventures de Malo Cran’ : La nuit du 6 août.