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- Aiiiiiiieee ! Mais lâchez-moi, grosse brute, vous
me faites mal !
- Hé, hé, hé !
Le type, une armoire à glace en tenue de chasseur,
avait de la conversation. Marion tenta une nouvelle fois de
lui faire lâcher prise, en le frappant au thorax de
sa main libre. Mais c'était David contre Goliath. Ulysse
contre le cyclope. Voynet contre Saint-Josse. Inutile, jusqu'au
moment où on trouve le défaut de la cuirasse.
- Hé, hé, hé ! Mais c'est qu'elle s'énerverait
la petiote !
Le défenseur de la nature et de la tradition tenait
maintenant fermement les deux poignets de la jeune femme,
qui se tortillait dans tous les sens.
- Z'êtes dans une propriété privée
ici ! Z'avez pas vu le panneau : "Défense d'ent...
GLOUPS!".
Et pan ! En plein dans le défaut de la cuirasse. Marion
retrouva aussi sec l'usage de ses bras. ça marche à
tous les coups à cet endroit contre les adversaires
mâles, lui avait dit madame Durô, sa prof de full-contact.
Marion le vérifiait pour la première fois par
la pratique. Et pendant que le gros homme vert couinait comme
un crapaud asmathique en se tenant l'entrejambe, la jeune
fille s'élança vers la 205 de Malo, et là...
- Mais c'est pas vrai ! Cet imbécile a fermé
! Et il a les clés ! Malo, espèce de...
Elle se calma aussitôt : elle venait de voir, garé
dix mètres plus loin, le 4x4 flambant neuf du cinglé
en kaki.
Fenêtre grande ouverte. Elle n'hésita pas une
seconde et fonça. Et là...
- Bingo !
Les clés étaient dessus. Marion mis le contact
et démarra dans un crissement de pneu. Le gros boeuf
propriétaire du véhicule accourait en soufflant
comme un phoque et en implorant le Dieu des Bagnoles de lui
venir en aide, mais bientôt il ne fut qu'un point minuscule
dans le rétroviseur. Marion sourit, et appuya sur le
champignon.
*
- Allô Malo ? C'est Marion ! Je suis à Binic.
Au Surcouf. Comme prévu...Mais vous, vous êtes
où ?... Ah bon ???... Non, j'ai pas prévenu
les gendarmes... Oh oh, doucement monsieur Cran', j'ai pas
perdu mon temps pour autant. J'ai écouté la
cassette, et vous n'allez pas me croire... Vous prévenir
plus tôt ? ça fait une heure que
j'essaye de vous avoir !... Ah ça, vous risquiez pas,
mon portable est resté dans votre voiture. Fermée
à clé, votre voiture... Non, mais j'ai trouvé
un autre moyen de locomotion, je vous raconterai... Bon. On
va pas passer la nuit au téléphone, j'arrive.
Vous êtes où, déjà ? ... Etables
? En bas de la plage des Godelins... Bon, je vais bien trouver.
A tout de suite. Tout de suite, ce fut dix minutes plus tard.
Marion n'eut aucun mal à trouver le lieu de rendez-vous,
le petit parking au bas la grande descente qui conduisait
à la plage. Elle se gara tout près de Malo,
assis sur le petit muret en arc de cercle surplombant le sable.
L'endroit était désert. Le journaliste sauta
aussitôt de son perchoir et s'engouffra dans le tout
terrain. Un fois à l'intérieur, il se frotta
les mains pour se réchauffer et émit un petit
sifflement.
- Un autre moyen de locomotion... Effectivement, c'est autre
chose que ma bonne vieille 205. Vous avez des goûts
de luxe, c'est pas donné ces bijoux-là...
- J'ai pris ce qu'il y avait. Et je vais le rendre à
son propriétaire le plus vite possible, je suis une
fille bien élevée, pas comme lui.
Et elle lui raconta l'épisode du chasseur veilleur
de grotte.
- Ah bien joué ! Ma petite Marion, je crois que vous
êtes sur la bonne voie : rapidité dans l'action,
forme physique irréprochable et un entraînement
aux techniques de base du combat rapproché. Sans tout
cela, inutile de faire tourner les neurones, ou de savoir
tourner de belles phrases : l'action est aussi importante
que la réflexion.
- Bon, la leçon est terminée ? On peut y aller
?
- Pas tout à fait. Il est temps de faire le point sur
cette affaire, avant de se lancer tête baissée
sur une nouvelle piste. Car nous avons de nouveaux éléments,
ma petite Marion.
Et il lui raconta l'épisode du petit Poucet transformé
en cadavre amateur de coquillages, de suite logique. Et de
dédicaces à Maryvonne.
- Tout ça me semble extrêmement embrouillé,
soupira Marion. Je ne vois aucun lien entre tous ces éléments.
Ni de rapport avec des cartophiles.
- Raison de plus pour réfléchir un peu. Voyons.
Nous avons eu tout de même deux fois affaire à
des bigorneaux
en quelques heures. Et un peu de manière vengeresse.
Les motivations des ravisseurs sont sûrement à
creuser de ce côté-là.
- La vengeance ? A cause de bigorneaux ? Va falloir creuser
loin !
- Peut-être, mais c'est par là en tout cas que
veulent nous diriger les ravisseurs, c'est clair. Mais ils
avaient
compté sans Le Guen et ses chiffres. Ce 2532 et ses
points d'interrogation, et ce Maryvonne sur le sable, voilà
deux beaux imprévus dans leur plan. Le problème,
c'est que c'est encore plus obscur que cette histoire de
bigorneaux...
- Une chose est sûre, affirma Marion en parcourant la
liste des occupants du car, il n'y a aucune Maryvonne dans
les kidnappés : le groupe était entièrement
constitué d'hommes...
- Quant à ce chiffre, ça pourrait être
n'importe quoi ! Un numéro dans un inventaire, une
page dans un bouquin, un code de carte bancaire, un début
de plaque d'immatriculation... Je crois que pour l'instant,
nous allons devoir
laisser tomber. Ma petite Marion, cette affaire s'annonce
épineuse !
- Et en plus, nous ne savons toujours pas où sont nos
cartophiles... Car ils se sont bel et bien volatilisés
en sortant de ces souterrains...
Malo regarda Marion quelques instants, et lui attrapa soudain
les deux bras.
- Hé, mais qu'est-ce qui vous prend !
- Une île ! Ils sont forcément sur une île
! Il n'y avait aucune habitation, pas la moindre cabane de
pêcheur aux
alentours de la plage... Ils étaient attendus et ont
pris un bateau !
- Pour une île, ou pour une autre destination, corrigea
Marion. Et... mais suis-je bête ! La cassette ! Le capitaine
!
- Quoi, le capitaine ? Quel capitaine ? Mais expliquez-moi,
bon sang !
- Attendez, écoutez cela, vous allez tout de suite
comprendre...
En un rien de temps la cassette, récupérée
dans le bus, fut avalée par le lecteur high tech du
4x4 et une voix
étouffée retentit dans l'habitacle.
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