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1 - Le mystère du bus fantôme
2 - Le secret de la caverne oubliée
3 - La liste rouge
4 - L'énigme du 7è chiffre
5 - Malo prend un coup de vieux
6 - La nuit du 6 août
7 - Le bain de la belle Maryvonne
8 - Rien qu'une petite lueur
9 - Il faut savoir finir une brève
10 - Et le septième jour...
PANIQUE CHEZ LES CARTOPHILES
Troisième épisode : La liste rouge
- Malo ! Maa…looo !
Marion lança encore deux ou trois appels qui se perdirent dans l’ombre épaisse du souterrain. Puis elle haussa les épaules et rebroussa chemin vers la sortie de la grotte. « Qu’il se débrouille après tout ! ». Elle longea le bus fantôme et atteignit enfin le rideau de végétation derrière lequel elle devinait des rayures de soleil. Précautionneusement pour ne pas se blesser aux ronces, elle souleva la tenture... Une main de fer la saisit alors au poignet et elle fut happée…
Le boyau semblait s’enfoncer vers les profondeurs. Malo sentait que sous ses pieds il y avait une continuelle déclivité qui le faisait parfois perdre l’équilibre. Il dut même, en deux circonstances s’asseoir pour se laisser glisser sur son derrière, dans l’obscurité, vers il ne savait quoi. Il s’avoua qu’alors, une légère angoisse… Et il se mit à chantonner comme pour conjurer un mauvais sort. « Le téléphone pleure quand tu n’es pas là ! » En réalité il n’avait jamais été un fan de l’électrocuté frénétique, et, s’il avait vraiment été en mesure de s’interroger, il se serait demandé pourquoi il chantonnait ça. Mais il était bien trop occupé à tenter de distinguer où il se trouvait et vers où il allait. La seule chose dont il était sûr, c’est d’où il venait. Mais ça lui faisait une belle jambe !
« … quand tu n’es pas làààà !… »
Sa voix pour le moins caverneuse lui était renvoyée par les parois du boyau et il avait l’impression de faire la conversation avec des esprits errants et sans patrie.
- Pourvu qu’en plus je tombe pas sur des sales bestioles…
Le rayon de sa lampe de poche avait beaucoup de mal à percer l’ombre. Sur le sol de terre humide il ne parvenait plus déjà depuis longtemps à distinguer les traces de sang qui l’avaient attiré à l’entrée du souterrain. Plusieurs fois il se trouva confronté à des ramifications qui le faisaient hésiter. Mais il s’aperçut malgré tout, au bout de quelques minutes, qu’il y avait comme une autre piste tracée, des cailloux de petit poucet qui lui indiquaient le chemin. Drôle de petit poucet ! D’abord un stylo dont le doré du capuchon fut accroché par le faisceau de la lampe, puis un paquet de kleenex, une carte de téléphone, un agenda. Plus loin il tomba sur un préservatif dans son enveloppe. Il en compta onze. Puis plus rien, le douzième avait dû servir à un usage plus idoine. Un autre stylo avec le logo du Conseil Général. Tiens ! une chaussure ! une montre pas en or, un foulard, des lunettes de soleil… Malo ramassait tout dans ses poches au fur et à mesure.
Depuis un moment il pouvait avancer plus vite et les odeurs changeaient. Ce n’était plus les miasmes de pourriture et de terre humide. Il y avait comme un souffle d’air. Et en même temps il constata que le sol était devenu sablonneux et qu’il pouvait se passer de sa lampe. Le boyau s’élargissait. Malo se trouvait maintenant dans une sorte de grotte sur un tapis de sable fin. Il y avait là une deuxième chaussure. Au poil, les deux faisaient la paire ! Il s’avança encore et se trouva devant un mur de galets qui occultait presque au trois quarts l’ouverture de la grotte donnant, Malo le sentait bien à l’odeur d’iode et au roulement des vagues qu’il entendait, sur la mer.

Mais Malo se souciait peu à cet instant de ce qu’il aurait pû voir derrière les galets. Un autre spectacle attirait toute son attention. Il y avait quelqu’un, là-bas, allongé. Il s’avança encore, avec dans la poitrine comme des grands coups de gong qui vibraient et se répercutaient à l’infini. Enfin il atteignit le corps qui gisait au pied des galets. C’était le corps d’un homme, la face contre terre, recroquevillé dans une position grotesque, comme s’il avait voulu se creuser un lit dans ce champ de pierres. Un lit pour s’y blottir et mourir. Parce qu’il était mort. Malo l’avait tout de suite deviné.
D’abord il n’osa pas le toucher.
Il constata simplement que l’homme n’avait plus de chaussures.
Et que sa chausette gauche était trouée et laissait passer le gros orteil, comme dernier clin d’œil incongru. L’air de dire « Pouce ! Je joue plus ! »
Mais la stature du mort, son accoutrement et ce qu’il pouvait voir de sa tête intriguaient Malo. C’était quelqu’un qu’il connaissait… Il prit finalement son courage à deux mains pour le retourner.
- Merde ! Francis !
L’autre ne répondit rien. De toute façon il n’aurait pû rien répondre parce qu’il avait la bouche remplie de bigorneaux. Quelques uns roulèrent sur son menton. Et il y avait ces deux trous rouges au côté droit…

Francis Le Guen ! Pique-assiette notoire, toujours dans les bons coups, là où il y avait à boire et à manger à l’œil. Toujours présent quand il s’agissait d’inaugurer, de vind’honneuriser, d’enfourner les petits fours et les coquetailles. Pas étonnant qu’il soit dans cette histoire, sa dernière histoire… Mais pourquoi ces bigorneaux ? Malo se pencha un peu plus. Il savait bien qu’il n’y avait plus rien à faire, que le Francis était définitivement mort, mais enfin… Il distingua un morceau de papier serré dans la main du mort…
Il réussit à le dégager en tirant un à un sur tous les doigts.
C’était une feuille banale. Une série de chiffres écrits à l’encre rouge. Avec d’autres taches rouges qui semblaient avoir giclé comme si on avait secoué le stylo sur la feuille. Mais d’un autre rouge, un beau rouge sang.
« 2526 – 2527 – 2528 – 2529 – 2530 – 2531 »
Et puis un dernier chiffre, isolé des autres, « 2532 ? ? ? », suivi de trois gros points d’interrogation. Qu’est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ?
Malo n’insista pas plus longtemps. Il était inutile de chercher à résoudre ce rébus pour l’instant. Il fallait plutôt s’activer pour prévenir les autorités. Il allait s’engager sur le monticule de galets pour atteindre la plage quand son regard fut attiré par une sorte d’inscription sur le sable, juste à l’endroit où s’était trouvée la main de Francis quand il l’avait découvert. C’était, oui… un prénom… « Marivonne. » Malo nota le prénom sur son calepin, y glissa la liste rouge, et finit par déboucher sur la grève.
Il eut d’abord besoin de bien respirer et de s’enivrer d’iode pour se remettre de ses émotions. Puis il se décida. D’abord contacter Marion pour savoir ce qu’il en était de la fameuse cassette, ensuite, les gendarmes.
Mais il eut beau faire plusieurs tentatives, rien, pas de Marion.
Et son téléphone ne pleurait pas !

Qu’est-il arrivé à Marion ? Que signifient tous ces chiffres ? Et ces bigorneaux ? Qui est Marivonne ?

Vous le saurez (peut-être) en lisant L’énigme du septième chiffre, le quatrième chapitre des aventures de Malo Cran’.