|
|
|
PANIQUE CHEZ LES CARTOPHILES
|
|
|
| Deuxième épisode
: Le secret de la caverne oubliée |
La 205 fatiguée du
journaliste venait de quitter Saint Brieuc et filait vers Brest.
- Alors comme ça, vous voulez pas me dire où on
va ?
Concentré sur un dépassement de camion de la Cooperl
qui lui en mettait plein les naseaux, Malo Cran ne répondit
pas tout de suite.
- Vous allez bien voir. Essayez de trouver. Réflexion.
Déduction. Cest ça, aussi le métier
de journaliste.
- Je vois pas comment je pourrais... protesta la jeune fille.
- Litinéraire du bus, coupa Malo. Vous lavez,
non ? Regardez le de plus près. Ca dit quoi ?
Marion haussa les épaules mais suivit tout de même
le conseil de Malo.
- Eh bien, selon le papier officiel du conseil général,
commença-t-elle, le bus devait dabord descendre
au Légué, puis continuer vers la pointe du Roselier,
retourner vers les Rosaires, puis repartir vers Pordic, Binic,
Saint-Quay...
- Hum, je vois, un rallye-promenade en quelque sorte.
- Avec une curiosité tout de même à chaque
fois à admirer, ou un point de vue à comparer
par rapport aux cartes postales, histoire de voir les ravages
du temps. Il est pas mal foutu, ce dossier, avec ses reproductions
de photos dépoque. Regardez ! Cest rigolo
ça ! Vous saviez quil existait une ND-de-Lourdes-des-Godelins
?
- Ouais. A Etables, à cause des grottes. Mais si vous
espérez un miracle pour retrouver la piste des disparus...
Feriez mieux de me lire la suite de litinéraire.
- Comme vous voudrez, fit Marion un peu vexée. La suite
est simple : cest la route de la côte jusquà
Paimpol, puis un tour à Bréhat, avant de rejoindre
Lézardrieux, puis une dernière halte à
Tréguier et hop, terminus tout le monde descend à
Perros. Et voilà. Jattends vos réflexions
et vos déductions avec impatience.
Le journaliste ne releva pas. Il quitta la RN 12 pour emprunter
la bretelle de sortie vers Pordic. Bientôt, limposant
centre Eleusis fut derrière eux.
- Visiblement, on grille des étapes, constata Marion.
Pas de Légué, pas de Roselier. On va direct à
Paimpol ?
- Mmm, non. Mais vous voyez, quand vous voulez. Et les occupants
du bus, si vous men parliez ?
Marion rangea son itinéraire pour sortir la liste des
participants. Rien que du beau monde. Elle énuméra.
- Hormis monsieur Marcel Pinture président de la Société
des Amis de la Carte Postale - ou la Socarpo, si vous préférez
- accompagné du bureau entier de lassociation et
de 23 de ses membres, nous avons un chargé de communication
du Conseil Général, le directeur des Affaires
culturelles, deux conseillers généraux pour faire
bonne mesure, un guide touristique, et un conseiller à
la mémoire photographique. Plus deux chauffeurs.
- Deux ? sétonna Malo.
- Nouvelles règles européennes. Pour éviter
les accidents dus à la fatigue. Ah, là, vous déviez
de litinéraire. Vous ne suivez plus le chemin initial.
- Non. On roule sur Lantic.
- Lantique ? Je ne vois pas ce que cette départementale
peut avoir dantique.
- Cest vrai que vous venez de Rennes. Lantic. L-A-N-T-I-C.
Un petit village pas loin de Binic. Mais on sarrête
avant, pas loin dici.
La 205 dépassa la Minoterie du Bocage et poursuivit son
chemin le long de la route étroite et sinueuse qui conduisait
vers lintérieur du pays. Au bout dune dizaine
de virages serrés, Malo ralentit à hauteur dun
petit étang. Puis il sarrêta pour se garer
presquen face, dans une clairière formant une sorte
de parking naturel.
- Bon, je crois que cest là. Jai eu peur
de ne plus me rappeler, mais non, cest bien lendroit
décrit. Allez, Marion, la vérité est derrière
cette montagne dépines...
Malo désignait le fond de lesplanade, à
peine cent mètres plus loin. Bordée dune
colline sur sa gauche et dune petite rivière sur
sa droite, la clairière allait en se rétrécissant
et se terminait en un cul-de-sac particulièrement touffu,
un roncier gigantesque à lair presque menaçant.
Le duo de choc sortit de la Peugeot et fut au pied de la masse
végétale en quelques secondes. Il ne lui en fallu
pas plus pour deviner que lendroit avait été
remué récemment.
- Ho ho, cet agencement nest pas du fait de notre bonne
mère nature, commenta Marion.
- Quand je disais que le métier rentrait, sourit Malo
en commençant à écarter quelques ronces.
Allez ! Aidez-moi ! Si vous croyez que...
Il sarrêta net. Son oeil venait daccrocher
un reflet métallique, là, à quelques mètres.
Excité par sa découverte, il fonça à
travers lamas crochu, et disparut du regard de Marion.
- Eh ? Me laissez pas toute seule ! ça va ?
La voix du journaliste lui parvint, comme surgie dune
bouche dégout, lointaine et résonnante.
- Venez ! Il ny a pas de danger...
La jeune femme se fraya précautionneusement un chemin
à travers la barrière naturelle. Ses yeux shabituaient
petit à petit à lobscurité grandissante,
et elle lâcha un cri de surprise lorsquelle repéra
Malo. Ou plutôt, la grotte à lentrée
de laquelle il se trouvait. Il lui fit un petit signe avec sa
lampe de poche.
- Cest vraiment incroyable, sexclama Marion en le
rejoignant. On ne peut vraiment pas deviner cette caverne depuis
la route, ni même depuis la clairière.
- Et vous navez encore rien vu, ma belle.
Malo Cran dirigea le faisceau de sa lampe derrière
lui.
- Je vous présente monsieur Saviem Hot Road 99, dit le
Bus Disparu...
Marion sapprocha de la porte avant du car.
- Il ma lair bien vide...
- Entrons, et nous verrons bien.
Et ils grimpèrent dans le véhicule. Pas un chat.
Malo remonta lallée centrale jusquaux sièges
du fond. Rien. Sinon des dossiers éparpillés,
des mallettes ouvertes, et même quelques vestes, témoins
dun abandon précipité du Saviem. Le journaliste
revint sur ses pas, et se figea. Il regardait derrière
Marion, restée près du siège du chauffeur.
La jeune femme, surprise, se retourna et retint un cri. Sur
la vitre avant, une grande flèche était tracée
pointe en bas. Une grande flèche dégoulinante,
dun rouge bien vif...
Les yeux de Malo Cran cherchèrent un moment, puis sarrêtèrent
près du tableau de bord. Le journaliste sapprocha
et tendit la main vers lautoradio. Il en extirpa une cassette
dont létiquette disait : Instructions. A
SUIVRE A LA LETTRE.
- Eh bien, on dirait que les choses se précisent... Notre
informateur ne sest pas foutu de nous. Reste maintenant
à écouter cette cassette.
- Euh, vous croyez pas que nous devrions prévenir la
police ? suggéra Marion.
- Pas question ! Je rame depuis trop longtemps pour ne pas laisser
filer une affaire comme celle-là... Allez ! Voyons-ça...
Et merde ! Ya plus de jus !
- Allons écouter ça dans la 205, alors...
- Jai plus dautoradio depuis deux mois ! Mais bon,
ne traînons pas là. Un dernier truc à vérifier.
Ils ressortirent du bus. Par acquit de conscience, Malo repassa
de lautre côté du Saviem et là...
- Nom de dieu ! Zavez vu ça, Marion ? Quest
ce que cest que ce cirque ?
En grandes lettres sanguinolentes, un étrange message
barrait tout le flanc du car.
SOUVENEZ-VOUS DES BIGORNEAUX. Marion réprima
à grand peine un frisson.
- Bon, ben moi, je reste pas une seconde de plus...
Malo balaya à nouveau sa lampe aux alentours.
- Regardez ! Un passage ! Et là sur le sol ? Ce ne sont
pas des traces de sang ? Ma petite Marion, les choses se précipitent
vraiment. Je vais suivre cette piste...
- Ah mais non ! Vous êtes fou, si jamais...
- Pendant que vous, vous foncez à la gendarmerie avec
la cassette. Dites-leur de rappliquer dare-dare. Et essayez
de savoir ce quil y a sur cette bande. Rendez-vous à
six heures à Binic, au Surcouf !
- Mais, je...
Marion neut pas le temps den dire plus : Malo venait
de sengouffrer dans létroit couloir du fond
de la caverne. |
|
|
|
|
|
Marion laissera-t-elle Malo Cran partir seul à
laventure ? Quy a t-il sur la mystérieuse
cassette ? Et vous, vous vous en souvenez, des Bigorneaux
?
Vous le saurez le mois prochain en lisant La
liste rouge, troisième épisode des aventures
de Malo Cran.
|
|
|
|