.
1 - Le mystère du bus fantôme
2 - Le secret de la caverne oubliée
3 - La liste rouge
4 - L'énigme du 7è chiffre
5 - Malo prend un coup de vieux
6 - La nuit du 6 août
7 - Le bain de la belle Maryvonne
8 - Rien qu'une petite lueur
9 - Il faut savoir finir une brève
10 - Et le septième jour...
PANIQUE CHEZ LES CARTOPHILES
Deuxième épisode : Le secret de la caverne oubliée
La 205 fatiguée du journaliste venait de quitter Saint Brieuc et filait vers Brest.
- Alors comme ça, vous voulez pas me dire où on va ?
Concentré sur un dépassement de camion de la Cooperl qui lui en mettait plein les naseaux, Malo Cran’ ne répondit pas tout de suite.
- Vous allez bien voir. Essayez de trouver. Réflexion. Déduction. C’est ça, aussi le métier de journaliste.
- Je vois pas comment je pourrais... protesta la jeune fille.
- L’itinéraire du bus, coupa Malo. Vous l’avez, non ? Regardez le de plus près. Ca dit quoi ?
Marion haussa les épaules mais suivit tout de même le conseil de Malo.
- Eh bien, selon le papier officiel du conseil général, commença-t-elle, le bus devait d’abord descendre au Légué, puis continuer vers la pointe du Roselier, retourner vers les Rosaires, puis repartir vers Pordic, Binic, Saint-Quay...
- Hum, je vois, un rallye-promenade en quelque sorte.
- Avec une curiosité tout de même à chaque fois à admirer, ou un point de vue à comparer par rapport aux cartes postales, histoire de voir les ravages du temps. Il est pas mal foutu, ce dossier, avec ses reproductions de photos d’époque. Regardez ! C’est rigolo ça ! Vous saviez qu’il existait une ND-de-Lourdes-des-Godelins ?
- Ouais. A Etables, à cause des grottes. Mais si vous espérez un miracle pour retrouver la piste des disparus... Feriez mieux de me lire la suite de l’itinéraire.
- Comme vous voudrez, fit Marion un peu vexée. La suite est simple : c’est la route de la côte jusqu’à Paimpol, puis un tour à Bréhat, avant de rejoindre Lézardrieux, puis une dernière halte à Tréguier et hop, terminus tout le monde descend à Perros. Et voilà. J’attends vos réflexions et vos déductions avec impatience.
Le journaliste ne releva pas. Il quitta la RN 12 pour emprunter la bretelle de sortie vers Pordic. Bientôt, l’imposant centre Eleusis fut derrière eux.
- Visiblement, on grille des étapes, constata Marion. Pas de Légué, pas de Roselier. On va direct à Paimpol ?
- Mmm, non. Mais vous voyez, quand vous voulez. Et les occupants du bus, si vous m’en parliez ?
Marion rangea son itinéraire pour sortir la liste des participants. Rien que du beau monde. Elle énuméra.
- Hormis monsieur Marcel Pinture président de la Société des Amis de la Carte Postale - ou la Socarpo, si vous préférez - accompagné du bureau entier de l’association et de 23 de ses membres, nous avons un chargé de communication du Conseil Général, le directeur des Affaires culturelles, deux conseillers généraux pour faire bonne mesure, un guide touristique, et un conseiller à la mémoire photographique. Plus deux chauffeurs.
- Deux ? s’étonna Malo.
- Nouvelles règles européennes. Pour éviter les accidents dus à la fatigue. Ah, là, vous déviez de l’itinéraire. Vous ne suivez plus le chemin initial.
- Non. On roule sur Lantic.
- L’antique ? Je ne vois pas ce que cette départementale peut avoir d’antique.
- C’est vrai que vous venez de Rennes. Lantic. L-A-N-T-I-C. Un petit village pas loin de Binic. Mais on s’arrête avant, pas loin d’ici.
La 205 dépassa la Minoterie du Bocage et poursuivit son chemin le long de la route étroite et sinueuse qui conduisait vers l’intérieur du pays. Au bout d’une dizaine de virages serrés, Malo ralentit à hauteur d’un petit étang. Puis il s’arrêta pour se garer presqu’en face, dans une clairière formant une sorte de parking naturel.
- Bon, je crois que c’est là. J’ai eu peur de ne plus me rappeler, mais non, c’est bien l’endroit décrit. Allez, Marion, la vérité est derrière cette montagne d’épines...
Malo désignait le fond de l’esplanade, à peine cent mètres plus loin. Bordée d’une colline sur sa gauche et d’une petite rivière sur sa droite, la clairière allait en se rétrécissant et se terminait en un cul-de-sac particulièrement touffu, un roncier gigantesque à l’air presque menaçant. Le duo de choc sortit de la Peugeot et fut au pied de la masse végétale en quelques secondes. Il ne lui en fallu pas plus pour deviner que l’endroit avait été remué récemment.
- Ho ho, cet agencement n’est pas du fait de notre bonne mère nature, commenta Marion.
- Quand je disais que le métier rentrait, sourit Malo en commençant à écarter quelques ronces. Allez ! Aidez-moi ! Si vous croyez que...
Il s’arrêta net. Son oeil venait d’accrocher un reflet métallique, là, à quelques mètres. Excité par sa découverte, il fonça à travers l’amas crochu, et disparut du regard de Marion.
- Eh ? Me laissez pas toute seule ! ça va ?
La voix du journaliste lui parvint, comme surgie d’une bouche d’égout, lointaine et résonnante.
- Venez ! Il n’y a pas de danger...
La jeune femme se fraya précautionneusement un chemin à travers la barrière naturelle. Ses yeux s’habituaient petit à petit à l’obscurité grandissante, et elle lâcha un cri de surprise lorsqu’elle repéra Malo. Ou plutôt, la grotte à l’entrée de laquelle il se trouvait. Il lui fit un petit signe avec sa lampe de poche.
- C’est vraiment incroyable, s’exclama Marion en le rejoignant. On ne peut vraiment pas deviner cette caverne depuis la route, ni même depuis la clairière.
- Et vous n’avez encore rien vu, ma belle.
Malo Cran’ dirigea le faisceau de sa lampe derrière lui.
- Je vous présente monsieur Saviem Hot Road 99, dit le Bus Disparu...
Marion s’approcha de la porte avant du car.
- Il m’a l’air bien vide...
- Entrons, et nous verrons bien.
Et ils grimpèrent dans le véhicule. Pas un chat. Malo remonta l’allée centrale jusqu’aux sièges du fond. Rien. Sinon des dossiers éparpillés, des mallettes ouvertes, et même quelques vestes, témoins d’un abandon précipité du Saviem. Le journaliste revint sur ses pas, et se figea. Il regardait derrière Marion, restée près du siège du chauffeur. La jeune femme, surprise, se retourna et retint un cri. Sur la vitre avant, une grande flèche était tracée pointe en bas. Une grande flèche dégoulinante, d’un rouge bien vif...
Les yeux de Malo Cran cherchèrent un moment, puis s’arrêtèrent près du tableau de bord. Le journaliste s’approcha et tendit la main vers l’autoradio. Il en extirpa une cassette dont l’étiquette disait : “Instructions. A SUIVRE A LA LETTRE”.
- Eh bien, on dirait que les choses se précisent... Notre informateur ne s’est pas foutu de nous. Reste maintenant à écouter cette cassette.
- Euh, vous croyez pas que nous devrions prévenir la police ? suggéra Marion.
- Pas question ! Je rame depuis trop longtemps pour ne pas laisser filer une affaire comme celle-là... Allez ! Voyons-ça... Et merde ! Y’a plus de jus !
- Allons écouter ça dans la 205, alors...
- J’ai plus d’autoradio depuis deux mois ! Mais bon, ne traînons pas là. Un dernier truc à vérifier.
Ils ressortirent du bus. Par acquit de conscience, Malo repassa de l’autre côté du Saviem et là...
- Nom de dieu ! Z’avez vu ça, Marion ? Qu’est ce que c’est que ce cirque ?
En grandes lettres sanguinolentes, un étrange message barrait tout le flanc du car.
“SOUVENEZ-VOUS DES BIGORNEAUX”. Marion réprima à grand peine un frisson.
- Bon, ben moi, je reste pas une seconde de plus...
Malo balaya à nouveau sa lampe aux alentours.
- Regardez ! Un passage ! Et là sur le sol ? Ce ne sont pas des traces de sang ? Ma petite Marion, les choses se précipitent vraiment. Je vais suivre cette piste...
- Ah mais non ! Vous êtes fou, si jamais...
- Pendant que vous, vous foncez à la gendarmerie avec la cassette. Dites-leur de rappliquer dare-dare. Et essayez de savoir ce qu’il y a sur cette bande. Rendez-vous à six heures à Binic, au Surcouf !
- Mais, je...
Marion n’eut pas le temps d’en dire plus : Malo venait de s’engouffrer dans l’étroit couloir du fond de la caverne.

Marion laissera-t-elle Malo Cran’ partir seul à l’aventure ? Qu’y a t-il sur la mystérieuse cassette ? Et vous, vous vous en souvenez, des Bigorneaux ?

Vous le saurez le mois prochain en lisant La liste rouge, troisième épisode des aventures de Malo Cran’.