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1 - Le mystère du bus fantôme
2 - Le secret de la caverne oubliée
3 - La liste rouge
4 - L'énigme du 7è chiffre
5 - Malo prend un coup de vieux
6 - La nuit du 6 août
7 - Le bain de la belle Maryvonne
8 - Rien qu'une petite lueur
9 - Il faut savoir finir une brève
10 - Et le septième jour...
PANIQUE CHEZ LES CARTOPHILES
Dixème épisode : Et le septième jour...

Malo progressait dans les jeux du demi-jour, sous la lumière froide d'une parcimonieuse ampoule. Dans la boue qui avait envahi la cave, il pataugeait à tâtons en essayant d'éviter les objets non identifiés qui surnageaient, des caisses, des vieilles chaises, et autres bouteilles plus ou moins vides. Un naufrage de capharnaüm au milieu duquel, brusquement, il disparut parce qu'il s'était pris les pieds dans quelque chose. Quelque chose qui semblait vouloir l'entraîner vers les abysses. Le rire jaune de Marion résonna lugubrement dans cette espèce d'égout dégoûtant. " Malo ! Malo ! Ca va ? " Seul le silence répondit… Un silence de nécropole. Le Grand Rien. Puis, progressivement, l'eau saumâtre se mit à bouillonner. Des bulles, des glou-glous, des tourbillons vinrent crever la surface. Marion hurla. Quel terrible combat était livré dans cet abîme ? Plusieurs fois elle devina la silhouette de Malo qui surgissait comme un gros morceau de bœuf refait surface dans un pot-au-feu en ébullition au milieu des carottes et des choux. Mais, toujours, quelque chose l'entraînait vers les profondeurs.
Et puis le silence… Marion se figea sur la dernière marche, la main sur la bouche en un cri muet qui ne demandait qu'à sortir. Le temps égrenait son rosaire mais Marion qui était une vraie mécréante avait simplement l'impression que les minutes passaient, passaient… Lorsqu'enfin l'être surgit du néant. En fait d'être, c'était Malo, crotté, trempé, fulminant. Il se dégagea rageusement du cadre de vélo dans lequel il s'était pris les pieds et du vieux pneu qui lui faisait un si beau collier.
- Et ne ris pas, Paillasse !
Pouffant sous cape, Marion, soulagée malgré tout, alluma sa torche. L'ombre s'épaississait avec le jour qui tombait. Un ridicule rayon balaya les murs tel le dernier soupir d'une lanterne sourde et muette.
- Regarde ! Là ! Y'a quelque chose !… Mais si ! Là, dans le mur ! Un peu plus haut !
- Quoi ? Ce vieux bocal à cornichons ? Je doute fort que...
- Ah mais, c'est toi le cornichon ! J'ai pas dit sur l'étagère j'ai dit dans le mur. Un truc qui dépasse. Tiens, je ne bouge plus, le faisceau est en plein dessus. Allez, attrape, Malo.
Le reporter se retint de japper mais pataugea avec entrain vers le truc en question, car il avait fini par le repéré enfin. Ce qu'il extirpa avec le plus grand soin de deux grosses pierres mal ajustées du mur de la cave n'était ni plus ni moins qu'un portefeuille en peau de chèvre. Il ne demanda pas si quelqu'un dans l'entourage l'avait perdu, et n'attendit même pas un an et un jour pour regarder à l'intérieur (son instinct de journaliste lui criait que la vérité n'était pas ailleurs qu'entre ses mains poisseuses).
- Oh ! Oh ! Cette fois, ma petite Marion, nous y sommes ! Et tout s'éclaire...
- Quoi, à qui sont ses papiers ? Mais ne reste donc pas planté là ! Montre !
Malo regagna le sec à pas prudents. S'agissait pas de ramener les pièces à convictions à l'état de pâte à papier par une glissade malencontreuse
- Pas des papiers, Marion, mais de la fameuse série Marivonne-bis... Je ne sais d'ailleurs si des yeux aussi chastes que les tiens vont supporter pareille vision.
Marion tendit la main vers Malo en haussant les épaules.
- J'en ai vu d'autres !
- Si tu le dis ! fit Malo avec un sourire en coin.
Malgré la pénombre cavesque, le journaliste vit nettement le minois de sa stagiaire virer à l'écarlate.
- C'est... C'est... C'est...
- Un moyen un peu spécial d'utiliser le rouleau à pâtisserie, je te le concède. Mais que veux-tu, les temps étaient durs, si je puis me permettre, il fallait bien s'amuser un peu. Et puis, là au moins, nous n'avons que des adultes, c'est pas comme les cassettes qui circulent de nos jours sous le manteau. Mais tu n'as pas tout vu : retourne la première carte et lis. C'est fort instructif !
- Nom de Dieu !
- Tout de suite les grands mots ! Mais tu as raison : il est grand temps d'aller recueillir une confession. Je suis sûr que ce café du bout du monde va en entendre de bien bonnes. Et nous aussi. Après toi, Marion !

* * *
Adonc ils étaient tous rassemblés, les rescapés de l'aventure, sous l'œil tutélaire et bonhomme de deux pandores prévus pour. Certains s'endormaient sur leur chaise, d'autres ne disaient mot, d'autres enfin tenaient la chronique des jours désespérés qu'ils venaient de vivre. Lorsque Malo et Marion firent leur entrée, personne ne les remarqua vraiment. Il n'y avait non plus rien de remarquable dans la vaste salle du bistrot où ils étaient attendant. Malo visa un grand rouquin qui serrait de près une demoiselle consentante. A part ça…
Il se dit que ça n'allait pas être bonnard ( d'ailleurs, personnellement, il était plutôt tendance Salvador Dali. Le temps est mou, tout le monde le sait.) Mais enfin il fallait bien mettre un terme à cette histoire et démasquer la bête immonde qui devait se réjouir déjà ( à tort !) d'avoir échappé aux bois de justice. Et puis Malo se disait que c'était quand même pas pour rien qu'il avait mis en branle le petit bout de la raison, les petites cellules grises, l'élémentaire mon cher Watson et suivi du doigt les ramifications de l'aventure comme un flic suit la trace d'un assassin dans les rues secrètes d'un quartier réservé. Il s'avança donc et un grand silence se fit encore… (Décidément.)
Le reporter/enquêteur/justicier/formateur-de-stagiaire-à-conditions-que-ce-soit-la-et-non-le/découvreur de secrets inavouables (rayez la mention de votre choix. C'est beau, les romans interactifs) bref, Malo Cran', se plaça ostensiblement au milieu de la salle et leva les bras au plafond. Ce geste auguste fit immédiatement effet sur la petite troupe, qui se tut d'un seul coup. Satisfait du résultat, mais aussi parce qu'il se voyait mal rester comme ça jusqu'à la Saint Glinglin, Malo baissa les bras et éleva la voix.
- Messieurs dames, il est temps que vous connaissiez l'entière vérité sur cette triste affaire dont vous fûtes toutes et tous les innocentes victimes.
Bruits divers dans la salle. Soupir accablé de Marion devant la solennité du discours de son tuteur.
- Toutes et tous... Sauf un ! Car le responsable de vos tourments n'est ni plus ni moins que l'un membre de cette vénérable assemblée... L'un d'entre vous !
- Oooooohhhh !
- Eh oui ! Il s'en est fallu de peu que son esprit retors ne déjouasse ma sagacité. Mais bientôt, c'est lui qui ne va pas être jouasse.
De mieux en mieux, pensa Marion. Elle n'avait pourtant encore rien vu.
Malo, avec une lenteur qu'on aurait dit un ralenti du genre de celui de Christophe Depardieu foulant le Nouveau Continent dans un film interminable au suspense soutenable vu qu'on connaissait la fin (ils massacrent tout le monde et plantent la Statue de la Liberté si vous avez pas vu), Malo donc, extirpa de la poche intérieur de son imperméable la série de cartes postales qui avait tant fait rougir Marion. Et la brandit bien haut au dessus de sa tête. A deux à l'heure. Histoire que le coupable, accablé, se jette sur lui et lui arrache les preuves qu'il avait à tout prix essayé de faire disparaître depuis le début de toute cette histoire. Le reporter se voyait alors bien maîtriser le kidnappeur, d'une habile clé de catcheur tenue de son grand-père, d'autant plus facilement que le coupable, avait dans les quatre-vingts ans environ. Tranquille.
Tout se passa comme prévu, à un détail près. Un homme sortit du rang, un rictus de haine déformant un peu plus son visage disgracieux, et fondit sur l'enquêteur, la bave aux lèvres, et... un énorme flingue au bout du bras. C'était le détail. Le justicier le sentit se frayer un chemin dans sa narine gauche.
- Espèce de petit salopiot ! Tu vas me donner ça ou je te creuse tout de suite une troisième narine, histoire de t'apprendre à fourrer ton nez partout.
De la Moulardière - car c'était lui !!! - n'avait pas l'air de rigoler et le-formateur-de-stagiaire-à-condition-que-ce-soit-la-et-pas-le n'en menait pas large. Mais il ne voulut pas s'avouer vaincu comme cela, et dans un geste irréfléchi, projeta la série au travers de la pièce. Les six cartes retombèrent en pluie sur les cartophiles rescapés, un peu hébétés par la scène. Mais pas au point d'oublier de se pencher pour ramasser les petits rectangles de cartons. L'instinct du collectionneur. Quelques secondes passèrent, et la salle fut bientôt secouée d'un méchant rire, provoqué autant par les scènes lestes de la série 2532/2537 (La Nuit de noces de la Belle Marivonne) que par le nom de l'actrice principale dévoilé par une main anonyme au dos de chaque carte : Joséphine De la Moulardière...
Pour son petit-fils - car c'était lui !!! - s'en fut trop. Il se figea littéralement sur place et il infarctusa sans plus de procès. Une des deux gendarmes eut beau essayer de mettre en application ses cours de premiers secours, mais rien n'y fit : le cadavre était bel et bien décédé.
L'autre membre de la maréchaussée vint s'enquérir du pourquoi du comment de l'affaire, parce que maintenant, pour son rapport, ça changeait tout, il allait falloir s'expliquer sur ce macchabée intempestif. Le découvreur de secrets inavouables se remettait. Marion se chargea de l'éclairage final.
- Eh bien voilà, c'est tout simple, en fait. Gabriel de la Moulardière, ici présent, est un collectionneur bien connu, mais c'est aussi un ardent défenseur de la vraie France, qui ne manque pas une occasion de pourfendre l'immoralité et les moeurs dissolues de cette fin de siècle. Son dernier coup d'éclat était sa prise de position spectaculaire contre le Pacs, on chuchote même dans les milieux autorisés qu'il aurait écrit une grande partie du fameux discours-fleuve de Christine Boutin prononcé à l'Assemblée Nationale. Ce qu'il l'aurait remis en selle pour une nouvelle campagne présidentielle en lieu et place d'un de Villiers devenu trop mou à son goût... Mais là encore, il s'agit de chuchotis des milieux autorisés... Aussi quand de la Moulardière a su qu'une série de cartes postales anciennes où figurait sa grand mère paternelle dans des positions assez peu en rapport avec les siennes de positions, sur la question, justement, il a commencé à paniquer. Quelqu'un voulait le faire chanter et il savait que ce quelqu'un, détenteur de la série, se trouverait dans ce car qui menait les cartophiles au congrès de Perros. Avec deux complices, que vous trouverez sûrement dans le groupe, il avait prévu d'interroger et de fouiller un à un les occupants du car. Mais il n'avait pas prévu la présence de Francis Le Guen, roi de l'incrust', et qui avait réussi à s'inviter à bord du car détourné. Et qui nous a lancés, Malo et moi, sur la piste par un coup de fil mystérieux. Le Guen, repéré, fut la première victime de De La Moulardière, qui n'hésita pas ensuite à liquider Ponsail du Terron, l'ayant identifié comme son maître chanteur. Mais restait le problème de la série de cartes, que nous avons fini par retrouver Malo et moi, et... et... et vous connaissez la suite !
- Ben ça alors ! C'est pas commun. Tout ça pour ça !
Le flic se grattait le képi et fut tout heureux de voir ses supérieurs arriver. à la rescousse. Marion et Malo répétèrent leur histoire. Puis on les laissa partir. Assis dans leur voiture, ils demeurèrent silencieux quelques instants, perdus dans leurs pensées. Marion rompit la quiétude de l'instant comme à regret, d'une voix douce :
- Dis-moi Malo...
- Humm ?
- Mon stage, tu l'as trouvé comment ?
- Hummm. Disons que j'attends le rapport... Mais de toutes façons, je voulais te dire... Ca serait pas mal qu'on s'associe, non ? Le monde a besoin d'un duo de choc comme le nôtre. Et on a été efficaces, tu crois pas ?
Marion regarda longuement Malo. Il la trouva très belle à cet instant. Elle lui sourit et souffla.
- D'accord... Mais tu ne me laisses pas tout le boulot, promis ?
- Promis !
Elle sourit a nouveau. Il démarra. La vie était belle. A nouveau.

FIN

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