|

«… Pour la mer il y a le vent
Pour les hommes il y a la lutte
Les luttes des hommes sont les problèmes de l'artiste
Il lui faut connaître les hommes et leur histoire
Ce sont les outils pour créer
Donnez à voir la solution au public
Mais donnez-lui à voir le problème
Faîtes que le problème soit fécond » (Edward Bond)
Je relis mon carnet de notes. Il faut que j'en achète un nouveau, celui-ci
est rempli de notes mais aussi d'adresses, de numéros de téléphone,
de mails, de plans, croquis, dessins….
« Une Becherovka, s'il vous plait. »
« La mémoire se bâtit sur la blessure, le disjoint,
l'hétérogène. » disait Derrida. Il aurait pu être
polonais celui-là, tchèque, allemand, irlandais ou breton, qu'il
le soit.
Souvenirs dans la tête et dans les mains, compagnons de route, la récolte
de la tournée, de l'automne fut riche : des rencontres, et des livres
aussi : «Poetry, My Arse » de Brendan Kennely, « The
Art of Life » de Paul Durcan, « Dharmakaya » de
Paula Meehan, « La lenteur » de Milan Kundera, une anthologie
de poésie contemporaine Tchèque chez Poésie Gallimard, « Après
l'Est et l'Ouest » avec Volker Braun, Durs Grünbein, Bert Papenfuss,
Oskar Pastior , « l'énergie du sens » d'Edward Bond
et « The Songman », l'autobiographie, les souvenirs plutôt
, de Tommy Sands qui parfois est passé par les mêmes villes, les
mêmes lieux avec un autre regard et que je viens de terminer, réjoui
( http://www.tommysands.com/ ). Des
livres lus ou feuilletés le long de la route et que maintenant je vais
pouvoir lire et relire.
Surtout des projets : ceux de JC, de Michèle, de Tommy au Bengale,
Catherine en Bulgarie, Tom Newman qui après avoir produit des albums ayant été vendus à 25
millions d'exemplaires, aujourd'hui a quitté la Rolls pour la bicyclette
et travaille à mettre en état son démineur de la royale
britannique transformé en briseur de glaces culturelles et sociales. Et
puis Kazimierz Brakoniecki, le mazure et son travail d'écriture poétique
et plastique… Projets dont on parle ensemble aujourd'hui, d'autres dont on ne
reparlera peut-être jamais…
Le retour se fait ici, à Brest. Je parcours la presse, me mets au courant
des nouvelles de la France : l'errance qu'implique une tournée comme celle
que nous venons d'achever m'amène à soupeser l'optimisme personnel
de certains et le pessimisme partagé par d'autres.
Si la chanson est de l'ordre du chant du monde, les musiques que nous avons
proposées ne peuvent être que de l'ordre d'un One-world Music .
Nous l'avons d'ailleurs fortement ressenti.
A la télévision, ce matin: un documentaire sur les loups. J'admire
le travail des cinéastes animaliers. Mais c'est curieux, souvent les animaux
me paraissent plus vrais à l'écran, reality shows de boîte
cathodique, qu'en vrai, dans la nature. Je me laisse aller à une rêverie
sur la vie des animaux et celle des saltimbanques. Il parait que parfois certaines
espèces ayant un tel besoin d'espace, notamment pour courir, qu'au zoo,
pour traiter ce désordre social, ou plutôt simplement physiologique,
des vétérinaires peuvent être amenés pour le bien-être
des individus, des espèces concernées à régler ce
désordre en prescrivant des antidépresseurs, neuroleptiques… Je
préfère personnellement croire que les zoos aujourd'hui ne connaissent
pas ce genre de problèmes. Bref. Doit-on nourrir les animaux même
les jours de fermeture du zoo ? Est-ce nécessaire, est-ce qu'ils
le méritent ? Certains jours de résidence de création,
l'artiste sort du lieu de fabrique à la rencontre des publics, à la
découverte du quartier. Ailleurs, les journaux ne manquent pas de signaler à chaque
fois que c'est le cas les naissances de petits au zoo. Concernant les plus sauvages,
la reproduction des résidents y semble toujours une surprise, un succès,
presque un miracle de la nature. Les artistes traversent les parois des salles,
des lieux, des classes, des modes…
Je revois une histoire dont voici la trame que mon compagnon de route Liam
Weldon m'avait racontée il y a des années, autour d'un verre à Dublin :
Au zoo, le gorille est mort. La quarantaine imposée par la loi
insulaire à cause
de la lutte contre la rage, et le désir de satisfaire la curiosité des
enfants qui viennent par classes entières visiter Phoenix Park amènent
la direction du zoo à chercher quelqu'un pour jouer le gorille pour les
enfants. Un chômeur en charge d'une famille nombreuse et dans la dèche,
un voisin de Liam comme il se doit, accepte de revêtir la peau du gorille
qui a été préservée. Il suit une formation, observe
les chimpanzés pendant une semaine, puis arrive au zoo tous les matins
dix minutes avant l'ouverture des portes, quitte le zoo dix minutes après
la fermeture, s'adapte progressivement à l'alimentation que lui propose
le gardien, bananes pour l'essentiel, et surtout observe la consigne du patron :
ne jamais parler pendant le travail, et surtout pas aux enfants. Au fil des jours
il commence à aimer son job de plus en plus, il monte toujours plus haut
dans les branches, saute d'un arbre à l'autre, jusqu'au jour où trop
d'audace le fait tomber et s'étaler inconscient dans la cage d'à côté:
celle des lions. Après un certain temps, il reprend ses esprits et oubliant
la consigne de son patron, s'écrie « au secours ! »,
c'est alors qu'il entend un murmure venant de la direction du lion : « Tu
la fermes, sinon nous serons tous virés ! »
Du Connemara à la Mazurie : multitude de lieux, de salles, de
plateaux, de rencontres, de publics, jeunes gens, jeunes artistes: dédale,
escales.
Go raibh maith agat, Dekuji, Danke, Dziekuje, merci à tous.
Une nuit, le zèbre, la girafe, le coq, l'aigle, l'ours, le loup et
l'hermine, le lierre et la tortue quittèrent le jardin zoologique, s'enfuirent
dans le monde, ses villes et ses banlieues à la recherche de l'arche.
Comme si le monde, la planète n'était qu'une arche bleue….
P.H.
|