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Quittons
l'Irlande. Vent fort. L'écume gicle jusqu'au 7 ème
pont et frappe les larges vitres.
Je viens de faire connaissance avec Angélique.
Elle est barmaid à bord
et native du coin où j'habite en ce moment. Une semaine en mer, une semaine à terre.
Sentiment fort d'indépendance à vivre le rythme de la vie sur un
autre pied. Nous nous disons que nous nous reverrons sûrement au bourg
du village.
Après Clifden, nous sommes repassés par Dublin répéter
avec Seán qui jouait avec nous le lendemain à Kilkenny.
C'est dans un Camphill que nous jouions, et j'ai un peu envie de parler de
ces lieux qui existent en Irlande et en Angleterre, en Allemagne, Suisse, de
façon
tout à fait prépondérante et qui en France sont considérés
comme appartenant à une secte. Il y en a cependant quelques uns chez nous, à compter
sur deux doigts d'une main, et ma foi, c'est bien dommage parce qu'ils font un
travail tout à fait remarquable. Ici, en Irlande, ils sont reconnus par
les ministères santé et éducation. J'explique : les
Camphills sont des lieux d'accueil pour personnes handicapés de tous âges.
De vrais lieux de vie avec une vraie vie pour les personnes qui y habitent. Jardin
potager selon les méthodes organiques, jardin des fleurs, chevaux… salles : de
musique avec les instruments, des couleurs, de peinture… fabrication des pains,
ateliers artisanaux : terre, tissage etc… vente des réalisations
dans leurs magasins. Salle de spectacle. Un spectacle tous les quinze jours à peu
près où résidents et population locale se mêlent selon
le désir de chacun d'y venir. Et tous ces lieux et espaces sont en activité,
du matin au soir. Il y a aussi école. Les lieux d'habitation, soignés,
jolis, dispersés dans la nature en grandes maisons. La nourriture est
faite dans chaque maison et n'arrive pas par cantines insipides. Des mets, des
saveurs, des odeurs et de la place pour le désir…
Qui disait que les voyages forment la jeunesse ? Il doit y avoir une
sacrée bande de sédentaires chez nous… J'ai visité chez
nous ces lieux que l'on appelle Maison d'Accueil Spécialisée, un éducateur
pour 45 résidants, vraiment… !!! Trop peu de moyens accordés
et pourtant, ils se battent comme de beaux diables pour en obtenir.
Nous sommes sur les eaux internationales. Angélique m'apporte un cendrier.
Le ferry est breton et on peut y fumer. J'étire mes jambes, j'allume la
cigarette, première bouffée, une gorgée de whisky…bien-être.
Les hommes de Cork à la table d'à côté protestent.
Ils ont l'accent chantant à Cork. Je les regarde en souriant, ils sont
cordiaux. Beaucoup moins quand il voit JC allumer son énorme cigare. Lui
aussi a étiré ses jambes. Deux pachas regardant la mer. Michèle
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