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Aujourd'hui,
c'est la route : traversée de l'Irlande d'ouest en est. Nous quittons
Clifden de frais matin pour 5 heures de route. Le voyage me permet de faire
un inventaire des rencontres, des surprises de ce festival, des impressions qui
certainement ne vont pas s'estomper du jour au lendemain.
Dimanche 18, le concert dans l'église protestante de Clifden, bien
sûr. Je crois bien que nous n'avons jamais monté la sono aussi vite,
surtout un dimanche ! Et dans une église de plus ! C'est d'ailleurs
la première fois que je chante Louis Aragon et Pete Seeger dans une église.
Plus étonnant encore, je me suis retrouvé à mettre les pieds
dans la même église, deux fois dans la même journée.
Ce dont j‘ai discuté avec le pasteur plus tard ce soir en buvant un whisky
chez lui. D'ailleurs si sa femme tenait un pub elle ne ferait pas des affaires
longtemps, elle sert le vin ou le whisky avec abondance, générosité et
charité toutes chrétiennes.
Le soir donc j'y ai retrouvé Steve Cooney, l'aborigène de la
musique celtique. Steeve revient de son pays, l'Australie ou il vient de passer
trois mois. Ce soir il accompagne Tony MacMahon qui fait danser dans leurs têtes
toute la congrégation avec sa boîte (box), son instrument
du diable, son accordéon. Théo Dorgan nous fait voyager avec ses
textes, Paula Meehan nous charme et nous émeut. Sacrée belle lecture
de poèmes ! J'avais lu son dernier livre et entendu les camelots
du Marché aux Paroles de Tuchenn dire ses textes en français, mais
entendre l'auteur en chair et surtout en os : un bonheur. Ce festival d'ailleurs
n'est que poésie.
Deux heures avant, autre grand moment à l'hôtel de la Gare :
Ulick 0'Connor, traducteur de Baudelaire en anglais, biographe de Yeats, Brendan
Behan, collègue de littérature et de pub de Behan bien sûr,
mais aussi du poète Patrick Kavanagh, du syndicaliste Jim Larkin, révolutionnaire
et révolté avec ses 80 berges et autant de bouquins, nous sert
par cœur et avec cœur des moments et souvenirs de la vie de Brendan Behan :
extraits de sa pièce 'L'Otage', l'internationale jouée à deux
flûtes…J'y retrouve Dublin où j'ai habité pendant des années,
puisque c'est de Dublin dont il est question. D'ailleurs c'est dans cette ville
que nous arrivons ce soir : retrouvailles avec Yuna (ma fille) qui vit ici,
Gerry, Seàn et Julie. Après un bon repas, les filles restent à la
maison discuter (papoter ?) entre filles et les gars vont abattre deux pintes,
peut-être trois, au Royal Oak.
‘ A good puzzle would bet to cross Ireland without passing a pub' (Ulysses)
Ce n'est pas exactement le but que nous nous sommes donné, mais après
Clifden et Dublin, ce n'est pas encore cette fois-ci que nous résoudrons
ce puzzle de James Joyce de traverser l'Irlande entière sans passer devant
un pub.
Nouvelles des coulisses (le lendemain matin, 22 septembre) :
nous passons des heures à retrouver l'adaptateur électrique qui
a été égaré après la répétition
de hier. Je me réveille progressivement en apprenant que Michèle
qui a fait la lessive de bon matin n'a pas seulement lavé ma chemise,
mais également ma carte bancaire, un carnet de timbres autocollants, un
billet de 5 euros, et mon stylo plume : mon stylo plume a fait partie du
voyage microcosmique dans la machine à laver, et dans une espèce
d'écriture automatique sur support de la dite chemise, a réalisé un
haïku d'une seule syllabe qui prend l'aspect sur le tissu d'un seul idéogramme,
bien coloré, bien rond : une tache quoi ! P.H.
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