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Bonheur à Clifden. Et quel pays, ma doué beniguet !
Stupeur et joie à être dans ce paysage. Ça donne envie de
tout et d'être tout à la fois.
La pierre, l'eau, les monts, le ciel…les algues, blondes, rousses, lumineuses
sur les grèves. Envie de chanter, de marcher à grands pas, de franchir… « nager,
broyer l'herbe…boire des liqueurs fortes comme du métal brûlant…(Rimbaud) ». J'ai
toujours dit que j'aimerais mourir les yeux posés sur un puissant paysage
et vaste avec un peu de vent. Mon instinct d'éléphante m'amènera
peut-être là-bas…
Depuis que nous avons joué ESCALE DÉDALE , on chante Black
is the color dans les rues de Clifden. C'est une chanson populaire écossaise
très connue, l'interprétation de Pol les a littéralement
réjouis et le timbre gratté de sa voix. Les imitations allaient
bon train et on nous saluait d'un début de chanson quand on se croisait
dans la rue ou au pub. Je peux dire que nous avons reçu un accueil carrément
enthousiaste. Il y a un mode d'appréciation qui me plaît beaucoup
chez le public irlandais et j'ai vu ça à chaque spectacle auquel
j'ai assisté. Après un morceau, un texte qu'ils ont aimé,
ils font « hmmm » et dans le silence de la fin d'un morceau,
on entend, voix graves, voix frêles le « hmmm » résonnant
d'une émotion. Et l'accompagnement sourd des pieds dès que la musique
s'emballe un peu.
Un des lieux de représentations du festival, c'est l'église
anglicane. C'est là que nous jouions, programmés une demi-heure
après la messe c'est-à-dire 1H. Bon, difficile de commencer à l'heure… Le
pasteur, un type épatant, visage penché, pour saisir mieux on dirait.
Il nous a cordialement invités à boire un verre chez lui, après
le spectacle de Paula et Théo.
Une
certaine incrédulité à se retrouver là-haut. Grands
sourires sur nos visages. Nous ne nous étions pas vus depuis des années.
Paula Meehan et Theo Dorgan, deux poètes irlandais, fameux, bien connus
ici. Nous lisions leurs textes en français, Bernard et moi, et eux les
disaient en anglais. C'était à Rennes aux Tombées de la
Nuit. Deux amies à nous, traduisaient un recueil de Paula (le seul qui
ait paru en français), le travail n'était pas tout à fait
achevé mais nous avions quelques textes et de Theo aussi. Je n'ai lu que
cela d'eux. J'en ai appris certains par cœur et je les dis encore quand je joue
le « Marché aux Paroles ». C'est frustrant la barrière
de la langue, je me mets à l'anglais dare dare.
Beaucoup d'écrivains, de poètes, des scientifiques aussi, des
analystes du monde, expositions, théâtre et musiques bien sûr,
chansons, dans tous les pubs, hôtels, librairies, lycées. Ateliers
d'écriture, conférences… c'est un festival foisonnant et fluide.
Pas d'engorgement. Public capté, attentif. J'ai vu et écouté des
musiciens excellents, entre autre, Tony Mac Mahon, accordéoniste. J'oubliais
presque que c'était de l'accordéon qu'il jouait tant sa musicalité,
les timbres qu'il émettait de son instrument, tant et tant… que suspendue
dans la musique.
Bonheur à Clifden.
J'embrasse Anne, Caroline Anne, Lyne, Garry…
Michèle K
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