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Ce sera le dernier texte. La tournée est close. Je suis à Brest
là, au café le Transat, face au port. A l'Ouest toute. J'aime cette
ville qui file sans concession vers la mer. Après Ilmenau, nous avons
fait halte à Trier, toute proche de la France. Ainsi dès le matin,
nous filions vers Gif sur Yvette où nous jouions le soir. Extrêmement
chaleureuse cette soirée, voire enthousiastique… Et puis à Montreuil,
le lendemain pour un apéro concert du midi. Et puis de retour en Bretagne,
quelques jours plus tard, à Bénodet … et, pour terminer ce long
périple, ce dimanche, à Yffiniac, à la Fête des Chocards.
Cette fin de tournée à Yffiniac a été délicieuse, à l'égal
des pâtisseries qui honorent le nom de la Fête. Un après midi
et une soirée très douce où le public est venu constamment.
Les retrouvailles avec nos amis, présents depuis le début de nos
aventures avec Escale Dédale. Bernard est là aussi et à intervalles,
nous nous lançons en impro avec Pol et JC. Slamons ensemble sur Rimbaud,
Le Clézio, Pessoa… tous les auteurs que nous avons dans la tête.
Une belle fin pour nous (momentanée) de tournée. A la fois sereine
et livrée. 
Maintenant je suis bien à Brest à ne rien plus faire. Je vais
décharger mon dos du bagage de l'Est. Le déposer directement devant
moi, face à l'Iroise et le considérer. J'ai plus qu'aimé cette
tournée. Je réfléchis à ce que je ne sais pas encore
dire. Je mesure cette grâce qui nous fait traverser les pays, à nous,
artistes de tous poils. Et les rencontres qui nous mettent au cœur, souvent,
de la vie des autres. Je pense à Alena à Prague qui a appris le
français toute seule chez elle avec quelques livres. Elle le parlait admirablement
bien. Elle gazouillait comme un oiseau, enivrée de nous parler, d'entendre
le son de sa voix parlant le français, nous soûlant même et
je le dis avec une grande tendresse. Savourant comme des friandises les mots
nouveaux qu'elle découvrait au cours de la conversation, les répétant
avec des sourires d'enfant ravie. Elle comprenait bien moins aisément,
je crois que c'était seulement la deuxième fois qu'elle rencontrait
des personnes avec qui parler cette langue apprise comme un trésor, un
voyage immobile…Je pense à son époux, Jirí, nous amenant
visiter Prague, nous offrant la ville comme un cadeau.
Heureux, oui, nous étions
heureux, avec cette conscience du moment fugitif et précieux à vivre
ensemble…
Quelqu'un, je ne sais plus qui, a dit que nous faisions trop ce que nous savions
faire et pas assez ce que nous ne savions pas…On devrait y penser dès
le matin.
Je vous salue et vous remercie de nous avoir suivis.
Merci au Cri de l'Ormeau et à Acanthique ! De tout cœur !
A bientôt ! J'espère.
J'aime bien écouter les voix au bistrot où je suis en ce moment.
J'aime Brest. Rires, familiarités. La patronne aime bien que j'écrive
sur mon ordi. Elle met le chauffage ambulant tout près de moi pour que
j'aie bien chaud. Le ciel se couvre. Vers le goulet il reste d'or. Je sais qu'il
reste quelques pommes dans le verger à la maison. S'arrêter ?
Michèle K |