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Ça y est nous avons quitté la Pologne. Jamais je n'avais pénétré si
en avant dans la masse continentale et d'imaginer tout ce qui s'étendait
encore devant moi, les montagnes, les steppes, les grands froids et que sais-je … de
ces paysages, villes, fleuves que je ne connais pas, de ces milliers de kilomètres à parcourir.
J'aurais voulu continuer. Mais plus de côtier dans le périple !
Trop de terre m'étouffe. Du salin, des grands ports, leurs cargos, les
grues, toute cette effervescence du commerce et des départs, les odeurs
marines et du travail, les goélands polonais à la rescousse des
pêcheurs pour le nettoyage des viscères. Je ne sais même pas
quelles formes ont leurs bateaux. Si notre travail est d'aller jouer partout,
alors je veux aller à Gdansk, Tallin, Odessa, Helsinki… Je vais acheter
une boule de la terre où tout est écrit pour dire où. Toutes
les côtes, tous les ports je voudrais les connaître. Il n'y a pas
seulement que j'aime jouer ou chanter, il y a que j'aime le faire en ayant le
sentiment de vivre la vie du monde avec les gens qui le peuplent, une petite
part dans la multitude des foules et mouvements, ça convient bien à ma
tête qui ne demande qu'à faire connaissance… avec juste, la mer,
un peu plus.
Bon.
Alors nous sommes de retour chez l'ami Christian à Ilmenau après être
passés par Auerbach et Frohburg. D'une certaine façon, rien à dire.
Il y a des moments comme ça où tout se passe normalement. On dit :
c'est bien, voilà, c'était bien, bel accueil. D'ailleurs
partout nous avons été bien reçus et pas seulement aimablement,
avec beaucoup d'attention. A Auerbach, dans une ancienne et très belle église
protestante devenue centre culturel, après le spectacle nous sommes allés
manger dans un restaurant grec, un grand resto très plaisant, et tombés
en sympathie avec le patron, un vrai grec, amoureux de musique…et tu connais
ce morceau, cette chanson, écoute !...A Frohburg nous avons rencontré un
homme avec lequel nous avons parlé longuement (Pol faisait aussi le traducteur).
Un homme dont je me souviendrai longtemps. Parlé surtout autour des poètes
Volker Braun, Grübein, Papenfuss, Pastior…Dans ce grand périple,
déjà presque derrière nous, il y a les paysages, les villes
et les hommes et femmes rencontrés tout au long, humanisant l'espace,
créant la mémoire. Ces moments d'échanges autour d'une table,
d'un verre. Temps accordé, dense. Tatiana, Pola, Marek, Kazimierz, Woijech,
Agnès (je dis son nom en français, j'en ai perdu l'orthographe)…
Bon.
Avant de se retrouver avec Christian devant une pizza à Ilmenau.
Nous sommes allés à Leipzig nous balader. Un petit coucou à Goethe
et Bach. Il est debout cette fois ci Goethe, toujours aussi élégant.
On sillonne la ville. Pol adore, ville de la musique dit-il. Une bonne après
midi de légère errance. Ça fait du bien à nos corps
de cosmonautes de la route.
Demain on confirme notre retour à l'Ouest. Jouerons après demain à Gif
sur Yvette.
Michèle K
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