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Nous quittons la Pologne. Dans quelques heures nous serons à Auerbach
dans la Saxe. On file dare-dare parce qu'on joue à 17H30 et qu'il y a
de la route.
Je crois que ces deux derniers jours ont été les plus rudes,
ce qui n'exclut pas l'heureux, mais rudes indéniablement. D'abord vendredi
soir nous avons terminé notre séjour en Mazurie en jouant à Olsztyn.
Et ce fut une vraie joie. Je peux dire ça. Une simple et jolie petite
salle dans une très belle bâtisse. Une toute petite scène
où l'on se touchait presque du coude JC, Pol et moi, un décor fait
rien que pour nous et qu'aucun de nous n'aurait songé à contester...
Au-delà les portes de la salle, largement ouvertes, l'envolée des
escaliers vers la sortie et tout l'espace plein de monde, sur les marches, debout,
jusqu'à la courbe de l'escalier et qu'après on voit plus rien (mais
on peut rêver)…Cette ampleur du bourdonnement des voix avant le spectacle.
Bruno ; (Bubu) au son. Et de l'attention, et de l'émotion et de la
gaîté… nous aurions pu chanter longtemps. Tout le monde le voulait
- eux, nous - et la façon dont nous nous serrions la main après
le spectacle pour dire plus qu'on ne le peut dans le moment…Kazimierz était
auprès de nous de nouveau. Haut et grave comme je l'ai vu la première
fois, heureux ce soir (le sourire que l'on finit par guetter et qui advient est
un vrai cadeau). C'était lui l'organisateur de cette soirée et
d'ailleurs de toute la tournée en Mazurie.
A
cinq heures, le lendemain matin, dedout, direction Sud-Est pour Oberniki. Une
belle diagonale de 500 Km. Bruno est déjà parti. Nous devions
nous saluer à l'aube, ça ne s'est pas fait. Son taxi l'a cueilli
plus tôt que prévu. Appel par téléphone.
Après ces dix heures de route, on décharge, on monte, on fait
les balances, on joue...à Oberniki... Tatiana est là, son mari,
ses enfants. Un lieu que l'on pourrait dire presque luxueux, un vaste salon (?)
tenu par une femme dont hélas j'ai oublié le prénom (dès
fois ça va trop vite), une personne très chaleureuse qui se bat
pour obtenir les moyens d'accueillir les artistes. Un magnifique piano dans la
pièce dont JC s'empare avec une gourmandise toute musicienne. Derrière
moi, sur le petit meuble, la photo de Jean Paul II entourée de fleurs.
Je pose près de lui mon harmonica et le verre de vin offert…la vie !
Je dois dire une chose de notre trio. Jamais la fatigue ne nous a rendus avares
de jouer
ayant hâte que cela se termine. Tout le contraire. Et c'est une
des raisons de notre entente durant le voyage. Souvent nous arrivions sur scène,
comme tannés par la longue route, sans pouvoir nous rafraîchir,
juste comme nous arrivions, avec le temps pour s'installer et quelques minutes
après, jouer, mais c'était respirer, c'était du déploiement,
avec le goût de cette énergie à émettre et qui nous
revenait.
Maintenant on file vers l'Allemagne. J'écris … je dors… j'écris
encore un peu… je dors beaucoup. JC et Pol conduisent. Je prendrai le volant
plus tard. Michèle K
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