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Ce soir nous jouerons dans la vieille ville. Tout public.
Hier, étions à Morag. Nous avons navigué durant ces trois
jours en arc de cercle autour d'Olsztyn, du Nord Est au Nord et Nord ouest en
rencontre avec le public d'adolescents. Moments de rires… voire d'éclats.
Au moment du départ, après le chargement, ils rôdaient autour
de nous. Un dernier temps ensemble sur le muretin de la placette du théâtre.
Une cigarette, des maladresses échangées dans un anglo-franco-polonais… A
bientôt ! A bientôt ! On crie par les fenêtres
Juste je raconte…
Nous avons traversé toute la Pologne en diagonale, du Sud Ouest au
Nord Est, avec des embardées plus au Sud Est. Nous avons traversé des
kilomètres de forêts, de plaines, terre sableuse, grise… Une
vache attachée à un piquet, toute seule à brouter la rareté dans
l'étendue… quelquefois deux. Sur des terres plus herbeuses, six…Une
femme à foulard et bottes de caoutchouc promène la sienne vers
des fossés à l'herbe plus drue. Elle est patiente et attentive,
c'est ce que je vois à la vitesse 70 qui est la vitesse moyenne indépassable
(sauf pour les fadas, ce n'est pas une obsession, ils sont nombreux). Une vache
dans un poulailler, je l'ai vue aussi comme dans une peinture surréaliste.
Les bourgs sans lumière. Les hommes dans la nuit noire sur leur vélo
sans lumière, les routes étroites…des piétons, rasant les
fossés, des jeunes parents faisant du stop avec leur enfant dans les bras
du père… des trognes aux carrefours… la fumée noire du charbon
dans les cheminées des villages qui donne un goût métallique
au palais et fait de la brume épaisse, les maisons comme des petits cubes
gris…
Il y a aussi de belles maisons dans les villages, amples et cossues. Sur les
bords des routes, des restaurants, des hôtels, sont ouverts, avant même
d'être terminés. Nous en étions souvent les seuls clients,
pour un café, une bière, une nuit… de très belles régions
comme la Mazurie, petites villes touristiques, les collines, les lacs, les couleurs
rousses si singulières…des vergers tout au long de la route Varsovie Cracovie.
Je sens que je m'attache à ce pays. Et c'est à mon insu…
Il m'irrite la plupart du temps parce que c'est un désert de terres
de sable et de forêts incessant (hormis, comme je l'ai dit, et autres lieux
non vus). C'est un désert de langues aussi. Pas de petits mots en quoique
ce soit. Pour avoir du lait, il faut dessiner le pis de la vache (apprends le
mot au lieu de râler !!!)… désert du sourire, visages fermés…les
petites vierges bleues à la croisée de routes, aux portes des maisons,
rivées au sol par des rubans de couleurs vibrant joyeusement au vent,
le Christ sur sa croix aussi, le Jésus, la Madone, Marie, le corps du
martyrisé gisant sans vie dans les bras de l'Immaculée, tous retenus
comme des montgolfières dans tout le pays. Et la nuit qui tombe comme
un bloc dès quatre heures. Les Carpates que je ne verrai pas, la Baltique…Michèle
K
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