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Belle
surprise au détour de Falls Road que cette murale rendant hommage à Sean
McGuire, fiddler extraordinaire, décédé cette année. Ceol
gan teorainn : Musique sans frontière(s) ! D'un coup
d'archer : une variation, un chorus de violon. Bien sûr, le violon
ici ressemble à tous les autres violons, mais le visage comme l'interprète
sont uniques. Comparée aux murales qui avec autant de couleurs que de
drapeaux, autant de drapeaux que de couleurs nous invitent à soutenir
les catalans et les palestiniens, à boycotter les produits israéliens, à lutter
contre la bigoterie et le racisme, qui nous disent en peinture fluo que Bush
est le pire désastre que l'Amérique ait connu, cette murale-ci
est bien grise.
Pas de décoration, du noir, du blanc, du gris : un violon bien d'ici,
pour un homme bien d'ici : pas de décalco, de déco comme sur
certaines caisses d'instruments, ukulélés ou violons norvégiens.
Finalement, les violons restent encore aujourd'hui d'une silhouette sobre dans
les mains des musiciennes qui arborent tatouages et bijoux. Face à cette
peinture murale j'entends la musique de Sean McGuire comme pour la première
fois. Un vinyle enregistré en concert dans les années 50 à Carnegie
Hall, à New York. Un son, un phrasé, une musique enveloppante,
exubérante et ornée, une joie. A l'époque, ce fut pour moi
une découverte, un bonheur. Je comprends que The Chief dont je
n'ai jamais su le prénom et dont je parlerai plus tard, alors qu'il était
malade ait dit :'Il est trop tard pour le médecin, faites venir
McGuire !'. Il vint. Et au bout de quelques mesures The Chief était
sur pieds. Je revois The Chief à Belfast, canne à la main,
entrer dans la salle où je donnais un concert, il y a bien 20 ans maintenant,
guidé par sa belle-fille Catherine.
Souvenirs. Impressions d'une ville. Silence pesant de Belfast dans la nuit.
Une tuile tombe d'un toit.
Bruits, silences. Musique. 
Qui était-ce déjà qui disait que la musique était
le pire des bruits ?
Ici, au pays des montagnes du Mourne, le voyage devient musical. Paysage musical,
paysage mental. Je retrouve mon vieil ami Tommy. Nous passons la soirée
ensemble autour d'un verre de Bushmills. Nous évoquons des souvenirs,
le passé bien sûr, mais aussi l'état du monde, ses derniers
périples au Bengale, en Bulgarie, puis nous nous égarons dans une
discussion sur les mérites respectifs du future perfect de la
grammaire anglaise et du futur antérieur de la grammaire française.
Vaste sujet ! Il ne s'agit pas de ‘refaire le monde', paisiblement nous
faisons ensemble le point sur nos utopies et projets.
D'ailleurs ce pays conjugue quotidiennement le futur antérieur. La
radio donne quelques échos des troubles, des émeutes, barrages
quotidiens à Belfast cette semaine suivi du bulletin de la météo
marine. Peut-être est-ce déjà la fin de l'été ?
P.H.
Up to the bridge and down to the wire
Over the top, he's a saint, he's a liar,
You can take your fiddle down,
You can throw it in the fire,
For you never heard the likes of Seàn McGuire.
The years went by and my da grew older,
Lying in bed like a dying soldier,
‘One last wish I would require,
Don't mind the doctor,
Send for McGuire.'
Well he came that night and he played to morning,
Music magic, cheerful, charming,
My father cried, ‘I feel no pain', and in no time at all,
He was back on his feet again.
(Tommy Sands)
Nouvelles des coulisses :
Courriels quotidiens avec Johanna (Tuchenn) concernant les dates en octobre et
novembre. Echange avec Tatiana (Pologne). Gwendal récupère la sono à la
maison. J'entame la lecture du nouveau livre de Tommy, j'y reviendrai. Toujours
pas de nouvelles de Jules.
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