|
De retour. Nous logeons chez l'habitant. Tatiana a mis en route ses réseaux
familiaux. Un jeune musicien de jazz, qui vient de terminer ses études
de compositeur. Un petit immeuble à l'extérieur de Wroclaw. Rez
de chaussée, jardins. Piotr, il s'appelle. Il nous récupère
devant l'Opéra. On se suit jusqu'à chez lui. Il conduit polonais
mais pas du tout assassin, je m'accroche. On décharge tout le matériel.
Rien dans la voiture si on ne sait pas la sécurité, c'est la règle.
Et Piotr, il dit, venez avec moi chez mes amis, ce sont des musiciens. Nous partons
dans sa voiture. Ils sont très jeunes, tous jazz. Léna, son ami
Gérard, Woijech.
Nous écoutons leurs musiques. Ils nous montrent les photos et petits cinémas
qu'ils font ensemble, avec leurs amis. Humour, happening, provoc… Nous n'avons
pas parlé de la Pologne et de ce qu'elle devenait, avec eux, juste de
ce qu'ils faisaient. C'était très bien ainsi.
Nous revenons de Varsovie. Le théâtre Rampa, un lieu au potentiel
comme on en rêve. Bonne soirée, bon spectacle. Nous discutons longuement
pendant la pause et après le spectacle, avec un type épatant qui
jongle avec les mots et les langues, malicieux en diable et très doux
aussi. Après au restaurant, l'ami de Pol, Woijech, nous rejoint. JC, Pol
et lui parlent musique, j'écoute. Ça parle et parle beaucoup, avec
ardeur, douceur, tristesse aussi, de tout ce qui se passe, de tout ce que l'on
voudrait qui se passe…Il y a une tendresse des hommes qui m'émeut.
Varsovie est une ville entièrement moderne, (une petite partie, reconstruite
exactement à l'identique du temps ancien) buildings verres et reflets.
Tout est haut et cinglant. En même temps, ville plaisante parce que très
aérée, au flux rapide.
En haut de leurs buildings, crevant le ciel, les marques de grandes entreprises
françaises et autres…
Un homme traverse la route, on le dirait issu des années soixante par
son costume. Un lourd bagage aux bras. Les cheveux bien peignés à l'eau,
qui se décoiffent déjà un peu, du vent. Je le suis des yeux
dans son effort de porter jusqu'au plus loin que je peux.
On dort dans le théâtre. Je dors comme une pierre.
Le lendemain, Pol et moi (nous avons déposé JC à la gare,
il retourne voir ses amis en République Tchèque) décidons
d'une petite virée à Cracovie. (Jours de pause à venir jusqu'à vendredi
matin. Nous étions donc, mardi matin). Et hop, on part, avec des détours
prévus pour voir les campagnes et arrière-pays. Dieu du ciel !
En même temps, je ne peux pas dire, c'était bien ! Mais c'était
jour de Toussaint. Embouteillages, tous les habitants hors de leurs maisons vers
les cimetières en foule, en file, toute la Pologne dehors, des policiers
partout... C'était très impressionnant. Dans la nuit, les cimetières étaient
comme des lieux de fête, des milliers de bougies éclairaient les
milliers de fleurs…
Michèle K
|