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Le soleil ici est bas sur l'horizon. Jamais au zénith. Nous sommes
aveuglés. Toujours la main en visière. Lumière dorée,
légèrement poudreuse. Nous voyons souvent nos contemporains à contre
jour, en silhouettes dans les rues et sur les places. Pour retrouver les couleurs,
il faut marcher dos au soleil. Jamais je n'ai été si désarçonnée
dans un autre pays que le mien que dans celui-ci. Ce n'est pas que j'ai beaucoup
voyagé, mais un peu quand même, je connais l'Espagne, l'Italie,
le Danemark, la Suède, l'Angleterre, l'Irlande, même le Canada… C'est
pas mal somme toute…Là, je butte. Je ne sais contre quoi d'ailleurs. Bon,
d'abord la lumière rase du jour (le froid vient juste d'arriver mais nous
dormons fenêtres ouvertes. J'aime beaucoup le froid dans un ciel bleu),
ensuite la façon péremptoire qu'ils ont de parler comme s'ils nous
reprochaient, des visages fermés aussi, effleurés rarement par
le sourire, les mecs et leurs bagnoles qu'ils conduisent comme des fous dans
la ville, brûlant les feux rouges, hurlements des freins, être piéton
c'est comme partir en guerre…
Voilà, c'est dans cet état de pensées que j'étais
jusqu'à hier soir, et fatiguée parce que, ne rien comprendre, n'avoir
pas même une once d'intuition, ça fatigue tout, l'esprit et le corps.
Et depuis hier soir la chape s'allège. Nous jouions au café de
France. JC et Pol sentant ma fatigue ont installé sans moi. Je suis restée à l'hôtel
Savoy, bien avec mes livres et les rêveries. A cinq heures et demi, je
me suis préparée (le bienfait de la douche avant de jouer, c'est
comme si on recommençait le matin après une nuit de bon sommeil)
et je suis partie à pied vers le café de France et au fur et à mesure
que je marchais vers, je me sentais comme une petite polonaise partant au boulot,
j'intégrais la ville, anonyme, avec un trajet bien défini, c'était
apaisant. Au café, tout est prêt pour que nous jouions, la jolie
petite patronne n'accorde pas un sourire pour le bonjour mais… Tatiana et son
mari Pola arrivent, le public… je ne m'effraie plus des masques. A la fin du
1er set, beaucoup viennent nous parler, Tatiana traduit. La jolie patronne nous
offre un verre et son costaud (il y a beaucoup de costauds derrière les
bars) de mari sourit…on reprend. Ah ! ça respire … nous quittons
le café de France après avoir passé un bon moment à parler
avec les gens et les patrons.
Nous partons dans la nuit, Pola et moi à pied, Tatiana et Pol mettre
la voiture dans un parking gardé, JC avec des amis rencontrés dans
le public. Nous devons nous retrouver au restaurant. En marchant Pola m'explique
la ville, l'architecture, nous traversons le marché aux fleurs qui s'installe
dès le soir sur la place Rynek et reste ouvert une bonne partie de la
nuit.
Au restaurant nous parlons de la Pologne, constamment envahie par ceux-ci
et par ceux-là, la Pologne qui a passé sa vie à se reconstruire.
Nous parlons de nos vies et de nos enfants.
Merci Tatiana, merci Pola.
Michèle K
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